La mère d'un jihadiste jugée pour financement du terrorisme

La mère d'un jihadiste jugée pour financement du terrorisme
L'accusée assure qu'elle ignorait à quoi servait l'argent, ce dont les enquêteurs doutent.

Orange avec AFP, publié le mardi 05 septembre 2017 à 15h45

Elle est accusée de "financement du terrorisme", mais elle assure que l'argent qu'elle envoyait à son fils, mort "en martyr" en Syrie, n'était pas destiné au jihad. Une mère comparaît à partir de mardi 5 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris, en même temps que son fils cadet, rapporte Le Parisien.


Nathalie Haddadi, 42 ans et résidente de Lingolsheim, dans le Bas-Rhin, a le sentiment d'être persécutée.

"Je ne suis pas inquiète mais en colère, confie-t-elle au Parisien. J'ai perdu mon fils. Ce jour-là, c'est comme si on m'avait ouvert la poitrine à vif. Et je me retrouve devant ce tribunal. J'ai le sentiment d'être à terre et que l'on continue à s'acharner." Pourtant, elle et son fils cadet sont accusés de lui avoir acheté des billets d'avion et envoyé des mandats cash avant qu'il ne rejoigne la Syrie.

Le parcours de ce dernier, Abbes Bounaga, ressemble à celui de nombreux Français qui rejoignent les rangs de l'organisation jihadiste : jeune (il aurait 22 ans aujourd'hui), connu pour trafic de drogue et "violences aggravées", ses centres d'intérêts sont bien éloignés de la religion. Incarcéré à la maison d'arrêt de Strasbourg, il s'y radicalise en 2014 et suit la proclamation du califat à la télévision assure Le Parisien. Un soir d'août 2016, Nathalie Haddadi reçoit un appel depuis une application contenue dans le téléphone de son fils. À l'autre bout du fil, une voix anonyme la félicite pour la mort "en martyr" de son fils.


Sa mère, qui se décrit comme une "musulmane non pratiquante", est catégorique : "Personne ne faisait la prière chez nous."

Avant son issue fatale, le périple d'Abbes Bounaga l'a mené en Allemagne, le 9 novembre 2015, au lendemain de l'émission d'une interdiction de sortie du territoire. De là, il rejoint l'Algérie, dont il a aussi la nationalité. "Il y a passé 6 mois, se souvient sa mère dans Le Parisien. J'avais d'abord des nouvelles rassurantes. En avril 2016, il m'a dit qu'il avait envie de voyager un peu au soleil avant de revenir en France." Il part alors pour un périple de 5 mois qui le mène en Malaisie, aux Émirats arabes unis, en Iran puis en Turquie. Au cours de ses voyages, il aurait demandé à sa mère de l'argent pour payer une amende et une hospitalisation. Les enquêteurs doutent cependant que Nathalie Haddadi ignorait à ce moment-là la destination finale de son fils.

"J'AIME DIEU PLUS QUE TOI"

Finalement, Abbes donne des nouvelles une fois arrivé en Syrie. "Il m'a dit : 'Pardonne-moi maman, je t'aime, mais j'aime dieu plus que toi."

"Il s'agit de la part du parquet d'une approche nouvelle et surprenante, accuse l'avocat du fils cadet, cité par Le Parisien. Ne pourrait-on pas jeter un voile pudique sur la douleur d'une famille non radicalisée ? Apporter un secours financier ne revient pas à cautionner les actes terroristes. Ils ont agi par devoir familial. Mais puisqu'on ne peut plus condamner un mort en Syrie, on va s'attaquer à sa famille, comme s'il s'agissait de les faire payer !" Même son de cloche chez l'avocat de la mère qui dénonce l'amalgame entre "envoi d'argent à titre familial et humanitaire et financement du terrorisme".

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