"La maîtresse part en live" : quand une institutrice cartonne sur YouTube

"La maîtresse part en live" : quand une institutrice cartonne sur YouTube
Un écolier chez lui, à Montlouis-sur-Loire, le 21 mars 2020.

, publié le samedi 11 avril 2020 à 15h14

Commencée pour ses élèves de petite section, la classe virtuelle de Marie-Solène Letoqueux s'adresse maintenant aux enfant de 3 à 6 ans.

C'est presque comme à l'école. D'ailleurs, le décor a été reconstitué, l'emploi du temps est respecté...

Et les enfants sont ravis. Une institutrice de maternelle, qui invite ses élèves à la suivre sur sa chaîne YouTube lancée en plein confinement connaît un succès fulgurant, avec déjà 14.000 abonnés.

Petit train des jours de la semaine, chenille de l'alphabet, "p'tit loup" et ses manteaux de couleur... Marie-Solène Letoqueux, enseignante de petite section à Luitré (Ille-et-Vilaine), réinvente l'école en pleine épidémie de Covid-19, avec sa chaîne "La maîtresse part en live". Pendant une heure, pauses comprises, et à raison de quatre jours par semaine, la Bretonne de 32 ans reproduit les rituels d'une journée de classe pour tenter de garder un lien avec ses 26 élèves. 

L'enseignante, qui n'est théoriquement pas tenue de s'investir autant dans la continuité pédagogique, proposée uniquement à partir de la grande section, a lancé sa classe virtuelle sur proposition de son mari, producteur d'émissions scientifiques sur Youtube, qui la filme avec trois caméras, leur fillette de cinq mois en porte-bébé. Côté technique, un modérateur répond en direct aux questions des parents via le tchat, tandis que le réalisateur de l'émission, basé à Limoges, renvoie les images avec 15 secondes de différé.


"Il y a beaucoup d'outils pédagogiques à partir du CP mais il n'y pas grand chose en maternelle, et beaucoup d'enseignants se rendent compte que pour continuer à créer du lien, il faut que les enfants les voient", explique Mme Letoqueux, qui avoue s'être "prise au jeu" mais n'a pas non plus "compté son temps". À chaque semaine son thème, du carnaval à Pâques en passant par les animaux sauvages. À chaque jour son histoire mimée et son atelier, entre apprentissage des sons, manipulations et fabrication d'objets.

De leur côté, les parents sont ravis. "Mon fils est très demandeur, il adore l'école et a eu beaucoup de mal à accepter de ne plus y aller", témoigne Audrey Hany, mère de Nathan, quatre ans, assurant que son fils arrive "très vite à se détacher de l'écran". "Noé est ébahi à chaque fois qu'il voit sa maîtresse à la télé, et nous on trouve qu'elle a beaucoup de mérite", témoigne Valérie Prioul, dont le fils a quatre ans. "Avant le confinement il s'arrêtait de compter à trois ou quatre et là il compte jusqu'à 10 avec la frise des chiffres de la maîtresse qu'on a affichée dans notre salon", se félicite-t-elle. 

Des messages du monde entier

"Il y a eu un effet boule de neige, j'ai commencé avec mes élèves de petite section et j'ai élargi jusqu'à la grande section. Aujourd'hui je reçois des messages d'Asie, du Chili ou de La Réunion", s'amuse l'institutrice qui a enregistré jusqu'à 51.000 vues pour une émission où elle apparaissait déguisée. 

Le plus difficile ? "Les élèves ne sont pas présents et il n'y a pas de répondant, même si mon mari me lit, à la pause, les réponses des enfants rédigées à travers le tchat par les parents", reconnaît l'enseignante, qui fait néanmoins comme si ses élèves étaient devant elle en leur posant des questions et en tendant l'oreille. 

Interrogée par l'AFP, Véronique Boiron, chercheuse à l'université de Bordeaux et spécialiste de la maternelle, se dit "très réservée" sur la classe virtuelle dans la mesure où elle expose les tout petits aux écrans. Mais de reconnaître toutefois que "les enfants souffrent de ne pas voir leurs copains et leur enseignant".

"C'est une initiative intéressante car les ressources pédagogiques à distance sont rares pour l'école maternelle", estime pour sa part Pascal Plantard, professeur à l'Université de Rennes 2, anthropologue des usages des technologies numériques. "Très majoritairement, les enseignants tentent par tous les moyens de garder le contact avec les élèves et les familles dans la période de confinement et une chaîne vidéo est un bon moyen pour cela", assure ce spécialiste.

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