La Mairie de Paris incinère le corps d'une femme juive, son fils porte plainte

La Mairie de Paris incinère le corps d'une femme juive, son fils porte plainte
Le cimetière de Thiais en novembre 2003.

Orange avec AFP, publié le mardi 22 mai 2018 à 18h27

L'incinération est une pratique interdite dans la religion juive. Or, les services funéraires de la Mairie de Paris ont incinéré Antoinette Frenk, une survivante de la Shoah, sans avertir son fils.

En 2012, quand sa mère meurt, Michel Burtin, qui touche le RSA, bénéficie d'une prise en charge en charge de l'ensemble des frais d'obsèques par la Ville de Paris.

Sa mère, Antoinette Frenk, est enterrée en "terrain commun" dans les "Jardins de la Fraternité", situés au cimetière parisien de Thiais, un "carré" réservé aux personnes ne pouvant payer une concession. "Dès que j'aurai un peu d'argent, Maman, je t'emmènerai en Israël", promet à l'époque le sexagénaire à sa défunte mère, survivante de la Shoah.

Une promesse qu'il n'aura malheureusement pas pu tenir, rapportent mardi 23 mai Franceinfo et Le Figaro. Ces sépultures gratuites ne sont accordées que pour cinq à dix ans, afin de laisser le temps aux familles de "transférer la sépulture dans une concession à leur nom", précise la Mairie de Paris à La Croix. "Au terme de cette période, et en l'absence d'opposition connue ou attestée du défunt, la sépulture est exhumée et fait l'objet d'une crémation".

C'est ce qu'il s'est passé pour Mme Frenk, incinérée en mars 2017, sans que son fils soit averti. "À peine un mois après la date limite, sans que personne ne me prévienne, ne m'informe... Une exhumation, une crémation, une dispersion des cendres, et tout ça, en l'absence totale d'information, et j'ai découvert ça moi-même : je me rendais sur la tombe de ma mère deux fois par an, et c'est là où je me suis rendu compte qu'il n'y avait plus la plaque d'identification, que la tombe était vide. Ça devient cynique quand on sait que, non seulement ma mère est d'origine juive, mais qu'elle a été une survivante de la Shoah", a expliqué M. Burtin à France Inter. L'incinération est en effet une pratique interdite dans la religion juive.

"Une faute d'une exceptionnelle gravité"

Il a donc décidé de porter plainte après des mois de démarches infructueuses auprès du Défenseur des droits. "L'administration avait déjà dialogué avec moi après l'enterrement via des mails et courriers, et pouvait donc facilement m'interroger sur la procédure à suivre au vu de l'étoile de David sur le cercueil", assure ce dernier dans les colonnes du Figaro. "L'administration parisienne a commis une faute d'une exceptionnelle gravité en réalisant cette crémation à l'insu de la famille", s'insurge Me Axel Metzker, son avocat.



Une loi de décembre 2008 oblige les maires à rechercher s'il existe "une opposition connue ou présumée" du défunt à la crémation. La présence sur une pierre tombale d'un "symbole d'une religion refusant notoirement la crémation" doit notamment amener le maire "à ne pas (y) recourir", précise la loi, rapporte le quotidien.

Les responsables du cimetière de Thiais rétorquent qu'"il n'y a aucune obligation d'informer les familles". Quant à la Mairie de Paris, si elle assure que "toutes les modalités légales ont été respectées", elle a néanmoins envoyé une lettre d'excuse à Michel Burtin.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.