La maire d'Aix-en-Provence écope d'un an de prison avec sursis et 10 ans d'inéligibilité pour favoritisme

La maire d'Aix-en-Provence écope d'un an de prison avec sursis et 10 ans d'inéligibilité pour favoritisme
Maryse Joissains-Masini en 2013

AFP, publié le mercredi 18 juillet 2018 à 18h49

La maire LR d'Aix-en-Provence Maryse Joissains-Masini a été condamnée mercredi à un an de prison avec sursis et 10 ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêt, pour avoir notamment promu indûment son chauffeur. 

"C'est tellement énorme, incongru, grotesque!", a réagi l'élue après la décision du tribunal correctionnel de Montpellier, annonçant qu'elle allait faire appel pour "défendre (son) honneur". Cet appel est suspensif.

Le 14 mai, le parquet avait requis 18 mois de prison dont neuf ferme, et 10 ans d'inéligibilité à l'encontre de Mme Joissains-Masini, 75 ans. Le procureur Dominique Sie avait estimé "parfaitement constitués" les délits de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêts, "d'une gravité extrême car ils sont le contraire de la probité attendue d'un élu".

"Mon territoire a besoin de moi, de mon honnêteté, de ma rigueur...", avait rétorqué l'avocate à la retraite, également condamnée à 10 ans de privation des droits civiques.

Soupçonné d'avoir bénéficié d'emplois de complaisance au sein de structures sportives où il aurait brillé par son absence, et poursuivi pour "concussion", le fils du chauffeur et conseiller de la maire Christophe Achouri a été relaxé.

Maire d'Aix-en-Provence depuis 2001 et députée de 2002 à 2012, Mme Joissains-Masini était jugée pour la promotion éclair de son chauffeur et l'embauche à la Communauté du Pays d'Aix (CPA) d'une collaboratrice en charge de la protection animale alors que ce domaine ne relevait pas des compétences de cette collectivité.

Alerté en 2012 par une lettre anonyme, le parquet d'Aix-en-Provence avait ouvert une enquête et "pour la bonne administration de la justice", le procès avait été délocalisé à Montpellier. Les enquêteurs avaient pointé "un somptueux mélange d'autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l'engagement des deniers publics".

- "Démonstration de méchanceté" -

Mme Joissains-Masini avait obtenu, avec l'aval de la commission paritaire ad hoc, la promotion d'Omar Achouri, son chauffeur et conseiller, alors qu'il figurait à la 43e place sur une liste dressée par ordre de mérite. "Il a un engagement total que j'ai voulu récompenser par une promotion sociale", avait assuré la maire lors de l'audience, soulignant "la capacité à régler les problèmes" de son chauffeur.

Ce dernier avait notamment été décrit aux enquêteurs comme un "personnage clef du système de clientélisme" aixois par un haut responsable administratif de la CPA, licencié pour "perte de confiance" fin 2010 par Mme Joissains-Masini selon la mairie.

Il était également reproché à l'élue l'embauche à son cabinet de la CPA d'une militante de la cause animale, Sylvie Roche, 50 ans, pour une mission ne relevant pas des compétences de cette collectivité. Mme Joissains-Masini, qui défend la cause animale depuis les années 1970, a mis en avant le "savoir-faire avec les animaux maltraités" de Mme Roche, et son propre "pouvoir discrétionnaire" pour ce type de nomination.

Sylvie Roche et Omar Achouri avaient bénéficié d'un non-lieu mais la promotion du chauffeur a été définitivement annulée en mai par le Conseil d'Etat, qui a estimé que l'élue avait "commis une erreur manifeste d'appréciation de la valeur et de l'expérience professionnelle" de M. Achouri.

Mercredi, entourée d'une trentaine de membres de son conseil municipal dans son bureau de la mairie d'Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini a vivement réagi à sa condamnation: "M'avoir mis 10 ans d'inéligibilité, c'est une démonstration de méchanceté à mon âge !".

Elle s'en est pris aux magistrats, notamment "le juge d'instruction, le procureur et le président du tribunal (qui) n'avaient aucune compétence sur le plan administratif". Elle a également estimé que l'affaire avait débuté par un "allumage politique venu tout droit du cabinet noir de (François) Hollande".

"Si j'arrive à faire reconnaître mon innocence, je me représenterai en 2020", a ajouté l'édile, qui a succédé avec 18 ans d'écart, en arrivant à la mairie en 2001, à celui qui était alors son mari. Alain Joissains, maire de la ville de 1978 à 1983, avait été condamné en 1986 en appel pour recel d'abus de biens sociaux.

Sa propre fille Sophie Joissains, sénatrice UDI, présente dans son bureau mercredi, pourrait "être sur la liste" en 2020, a ajouté mercredi Maryse Joissains-Masini: "Elle porte le même nom que moi, sa mère ne peut que lui apporter du bien !".

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