La grande injustice des greffes de rein

La grande injustice des greffes de rein
Illustration. A Paris, les délais d'attente pour une greffe de rein peuvent atteindre 66 mois, contre seulement 13 à Caen.
A lire aussi

leparisien.fr, publié le dimanche 17 juin 2018 à 20h07

Le néphrologue Lionel Rostaing dénonce une injustice dans les critères d'attribution d'un rein. Des inégalités plus «géographiques que médicales», qui ont poussé l'association Renaloo à saisir, nous l'annonçons, le Défenseur des droits.

Patient ayant lui-même reçu une greffe de cornée, Lionel Rostaing sait ce que signifie être en liste d'attente. Mais c'est bien le médecin, néphrologue de renom au CHU de Grenoble (Isère), qui pousse un coup de gueule.

« Dans un pays aussi jacobin que la France, une telle injustice me sidère », tance-t-il. Dans son viseur, le principe édicté dans les années 1980, dit de « rein local ». En bref, l'établissement qui réalise un prélèvement des deux reins sur un donneur décédé a possibilité d'en conserver un pour l'attribuer à un patient inscrit localement. Actuellement, cela représente 44 % des reins prélevés. Le second organe part bien, lui, dans le réseau national.

« Selon le bassin de population, cela donne des disparités d'attente médiane de 1 à 5 ans, reprend le Pr Rostaing. Les critères sont plus géographiques que médicaux. Pour certains malades, cela a un impact négatif sur leur chance de survie, d'autres reçoivent des greffons de moins bonne qualité », assure-t-il.

Le Défenseur des droits saisis

« Une inégalité accentuée par un défaut d'information du patient », abonde Magali Leo, porte-parole de l'association Renaloo qui dénonce des disparités inacceptables et une perte d'espoir pour les malades. Las de répéter sans être entendue, elle vient de saisir, nous l'annonçons, le Défenseur des droits, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) et le ministère de la Santé. Elle demande à l'Agence de la biomédecine, l'organisme en charge des greffes, de « mettre fin à cette pratique ».

Son directeur de prélèvement, le professeur Olivier Bastien, assure que ce « sujet majeur » fait partie des « préoccupations » de l'Agence. « Nous avons mis en place un système par score, calculé selon la compatibilité, les critères d'âge - pas plus de 20 ans d'écart entre donneur et receveur -, la géographie car plus le rein est vite réimplanté, meilleure est la greffe. Des progrès sont nécessaires. Nous continuons à tout faire pour l'améliorer », concède-t-il. « Mais attention, les chiffres sont tout de même à prendre avec précaution, défend-il. A Paris par exemple, le temps est long mais les malades sont inscrits plus vite sur liste d'attente. Pour d'autres régions, il y a des disparités d'équipe et de moyens. »

Pour Renaloo, il faut aller plus loin et en finir avec le rein local. « Quitte, opine Lionel Rostaing, à ce que les temps augmentent pour certains patients pour mettre tout le monde au même niveau. »

Tous sont au moins d'accord sur une chose : il faut développer les dons de rein du vivant pour faire baisser la pression et « conscientiser » les esprits sur l'importance du don d'organe. Au 1er janvier 2018, 14 291 personnes étaient en attente d'une greffe de rein en France.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU