La grande distribution commence la vente de masques

La grande distribution commence la vente de masques
De masques dans un supermarché à Nieppe, le 4 mai 2020.

publié le lundi 04 mai 2020 à 18h34

Les masques chirurgicaux sont vendus à 95 centimes maximum. Ceux en tissu n'ont pas de plafond.

À une semaine de la date officielle du déconfinement, des millions de masques ont commencé à arriver dans les rayons des supermarchés français...

Accompagnés de deux polémiques : l'une sur des supposés "stocks cachés" et l'autre sur des prix jugés trop élevés.

Dans le cadre du plan de déconfinement dont le début est prévu le 11 mai, le port du masque devra être obligatoire dans certaines situations. Pour que chacun puisse s'en procurer, et non plus les seuls soignants à qui ils étaient jusqu'à présent réservés, le gouvernement a autorisé la grande distribution à en vendre.


Depuis, les enseignes ont communiqué sur les millions de masques qu'elles avaient commandés afin de les mettre à disposition de leurs clients, soit en caisse, soit à l'accueil de leurs magasins, des chiffres si importants que certains ont dénoncé des "stocks cachés". Attaquée, la grande distribution s'est défendue ce week-end, le président des centres Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, jugeant cette polémique "nulle, puérile, stérile", tandis que son homologue de Système U, Dominique Schelcher, précisait que les commandes de masques dataient "d'après le 24/04, jour de l'autorisation gouvernementale". Sur son blog, M. Leclerc a rappelé que "l'annonce de commandes très importantes par les enseignes visait à rassurer sur un risque de pénurie", disant vouloir "éviter un 'rush comme sur les pâtes'" aux premiers jours du confinement.

La polémique a rebondi lundi sur les prix de ces masques. "Normalement, ils (les distributeurs, NDLR) achètent ça 7 ou 8 centimes d'euro et le vendent 58 centimes (le paquet de quatre, NDLR), c'est-à-dire six fois le prix qu'ils l'ont acheté: ils font des bénéfices pendant une pandémie, c'est du délire", s'indigne German Montes, un Chilien vivant en France interrogé par l'AFP sur le parking de l'hypermarché Carrefour de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Le gouvernement a précisé la semaine dernière que les masques chirurgicaux seraient vendus à 95 centimes d'euro l'unité maximum, mais qu'il n'y aurait pas de plafond pour ceux en tissu, sachant que leur utilisation diffère: les chirurgicaux sont à usage unique, tandis que les textiles sont lavables et donc réutilisables. Pour tous, la durée maximale d'utilisation recommandée est de quatre heures.

"Avec un masque chirurgical disons à 60 centimes d'euro, si on compte qu'il en faut trois par jour pour faire les choses correctement: pour quatre personnes, ça fait 7,20 euros par jour, donc on est à plus de 200 euros par mois", calcule le président de l'UFC-Que Choisir, Alain Bazot. "En principe ce n'est valable que quatre heures. Quatre heures, donc il y en a quatre, chacun quatre... Calculez!", abondent Michel et Joceline, deux retraités rencontrés par l'AFP lors de leurs courses au même Carrefour de Rosny. Si on y ajoute le prix du gel hydroalcoolique, "c'est intenable", renchérit auprès de l'AFP M. Bazot, sachant que le pouvoir d'achat a baissé pour de nombreuses familles en France, affectées par le chômage partiel.

"Dans la mesure où la décision a été prise de rendre les masques obligatoires dans les services publics, les écoles et les transports, la logique aurait voulu que les masques soient mis à disposition des usagers, donc distribués gratuitement ou à vil prix", affirme M. Bazot, pour qui "sinon il y a un problème d'égalité d'accès". Sans compter le risque sanitaire: "les gens, au lieu d'utiliser un masque chirurgical que quatre heures, le garderont durant huit heures pour faire des économies".

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a répondu lundi que le gouvernement aiderait "bien évidemment les plus démunis".

"L'État va prendre 50% du coût dépensé par une commune pour l'achat de masques", a-t-il souligné sur RMC/BFMTV, "une décision très importante" pour permettre "aux plus démunis (...) parmi les personnes qui ont le plus de difficultés (et) qui viennent voir leur municipalité, de pouvoir avoir des masques gratuitement". 

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