La France rapatrie sept enfants de jihadistes détenus dans des camps de déplacés syriens

La France rapatrie sept enfants de jihadistes détenus dans des camps de déplacés syriens
Un enfant syrien regarde à travers la clôture d'un camp de déplacés, soupçonnés d'être liés à des combattants du groupe Etat islamique, en décembre 2020.

, publié le mercredi 13 janvier 2021 à 17h10

Au total, 35 enfants de jihadistes français ont été ramenés de Syrie depuis l'effondrement du groupe Etat islamique. Quelque 200 enfants français, en danger "immédiat" selon l'ONU, sont toujours détenus dans des camps de déplacés.

Sept enfants de jihadistes français, retenus dans des camps de déplacés sous contrôle kurde en Syrie, ont été rapatriés sur le sol national mercredi 13 janvier. Ces jeunes enfants, âgés de deux à onze ans et "particulièrement vulnérables", ont été remis à leur arrivée en France aux "autorités judiciaires" et "pris en charge par les services sociaux", a annoncé le ministère français des Affaires étrangères, sans plus de précisions. Ils avaient été remis mardi à une délégation française emmenée par Eric Chevalier, directeur du Centre de crise et de soutien au ministère français des Affaires étrangères.



Selon une source au sein de l'administration semi-autonome kurde, qui gère la région, ces enfants, qui étaient détenus dans les camps de Roj et Al-Hol, "appartiennent à des familles de l'EI (groupe Etat islamique, ndlr). Trois enfants sont de la même famille et sont orphelins. Pour les quatre autres, leurs mères ont accepté leur retour en solitaire, en raison de leur état de santé délicat". Ils avaient besoin de "soins médicaux spécifiques non disponibles" dans les territoires kurdes, a ajouté un responsable au sein des Affaires étrangères de l'administration semi-autonome kurde, Fener Al-Kaït.

Au total, 35 enfants de jihadistes français ont été ramenés de Syrie depuis l'effondrement du groupe Etat islamique en mars 2019. Le précédent rapatriement remontait à juin 2020 et concernait dix mineurs. Il s'agit d'orphelins ou d'enfants confiés par les rares mères ayant accepté de s'en séparer.

Des retours au compte-goutte critiqués

Ces nouveaux rapatriements ont relancé les interrogations des familles de jihadistes français qui réclament en vain le retour en France des quelque 150 adultes et 200 enfants toujours retenus en Syrie - plus quelques cas en Irak - depuis la chute de l'EI. "Cette opération laisse un goût amer, même si elle prouve encore une fois que la France a la capacité de rapatrier qui elle veut, quand elle veut", a estimé le Collectif des familles unies.

Les autorités françaises refusent de ramener les adultes, hommes et femmes, qu'elles estiment complices de l'EI, et souhaitent voir jugées sur place. Elles soulignent aussi que le retour des enfants est subordonné à l'autorisation des parents. 

La mère d'une Française détenue à Roj depuis deux ans avec ses quatre enfants en a appelé mercredi au président Emmanuel Macron, alors que les nouvelles de sa fille, souffrant d'une tumeur selon son entourage, sont alarmantes. "Elle ne peut plus s'alimenter ni aller aux toilettes, son système digestif est bloqué (..) A la moindre occlusion intestinale, elle est condamnée. Je suis désespérée et j'en appelle au président Macron", a déclaré Pascale Descamps, habitante du Pas-de-Calais.

Des conditions de vie précaires

Les familles de membres de l'EI sont détenues dans des camps surpeuplés, où s'entassent aussi des milliers de civils ayant fui les combats contre les jihadistes, dans des conditions décrites comme "épouvantables" par l'ONU.

Les autorités kurdes appellent les pays concernés à les rapatrier ou à créer un tribunal international pour les juger. Nombre d'observateurs évoquent aussi les risques d'évasion depuis ces camps ainsi que des prisons où les hommes sont détenus alors que l'EI connaît une résurgence sur le terrain en Irak et en Syrie. Treize jihadistes françaises, dont Hayat Boumedienne, la compagne de l'un des auteurs d'attentats en France en janvier 2015, se sont ainsi évadées selon le Centre d'analyse du terrorisme (CAT).

Comme la France, la plupart des pays, notamment européens, rechignent à rapatrier leurs ressortissants face à des opinions publiques souvent hostiles. Paris, qui compte un des plus forts contingents européens de jihadistes dans la zone, est particulièrement montré du doigt.

Début décembre, le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a jugé que les plus de 200 enfants français détenus dans les camps de tentes du nord-est syrien y étaient en danger "immédiat", avec des "risques de dommages irréparables pour leurs vies, leur intégrité physique et mentale et leur développement". La Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) demande pour sa part le retour de tous les enfants et des mères de Syrie ainsi que des jihadistes "condamnés à mort en Irak".
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.