La France est l'un des pays d'Europe où les inégalités de revenu sont les plus faibles, d'après France Stratégie

La France est l'un des pays d'Europe où les inégalités de revenu sont les plus faibles, d'après France Stratégie©DENIS CHARLET / AFP

publié le mercredi 02 décembre 2020 à 18h20

D'après cet organisme rattaché à Matignon, la France a "des marges de progrès" pour améliorer l'efficacité de ses politiques de redistribution. 

La France est-elle un pays inégalitaire ? Ce sujet fait l'objet d'une intense controverse entre économistes, qui sont en désaccord sur l'ampleur des inégalités, leur origine et la manière dont les Etats peuvent les réduire, avec en ligne de mire des oppositions sur le niveau de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires jugé efficace et acceptable.

Pour "clarifier" ce vif débat, France Stratégie, centre de réflexion économique et sociale rattaché à Matignon et chargé de conseiller le gouvernement, a publié mercredi 2 décembre un rapport basé sur des données de 2017. Selon l'organisme, la France est l'un des pays d'Europe où les inégalités de revenu sont les plus faibles, même avant redistribution via l'impôt et les prestations sociales. 


"Notre objectif c'est de clarifier ce débat, de situer le niveau des inégalités en France par rapport aux autres pays, et de voir parmi ces inégalités ce qui vient des inégalités primaires (inégalités de revenus avant redistribution) et ce qui vient de la redistribution", a expliqué Gautier Maigne, directeur du département société et politiques sociales de France Stratégie, lors d'une visioconférence de presse.

Conclusion de l'étude, "ce n'est pas parce qu'on aurait des inégalités primaires très élevées en France qu'on serait obligé de redistribuer beaucoup". "On a bien fait un choix politique de redistribuer beaucoup", estime-t-il. En effet, l'étude montre que les inégalités primaires en France sont inférieures de 2% à la médiane européenne et à celles de 19 des 29 autres pays européens analysés (hors Allemagne, non intégrée à l'étude par manque de données). 

Il faut toutefois noter que cette étude ne prend pas en compte les réformes fiscales sur le capital décidées par Emmanuel Macron et appliquées à partir de 2018 (flat tax, transformation de l'ISF). Elle ne prend pas non plus en compte les impacts de la crise sanitaire, alors que l'épidémie et ses conséquences économiques font craindre une hausse des inégalités.

Mieux cibler les aides

Pour parvenir à ces résultats, l'étude a utilisé comme critère l'indice de Gini, un coefficient qui mesure les inégalités entre 0 et 1, 1 correspondant au niveau maximum d'inégalité. Ces inégalités sont évaluées en comparant les revenus primaires des individus (essentiellement revenus d'activité intégrant les cotisations sociales, retraites, revenus du patrimoine).  

Si en France le taux de chômage, plus important qu'ailleurs, accroît les inégalités, ce phénomène est compensé par une moindre proportion d'inactifs dans la population en âge de travailler (personnes ne cherchant pas de travail, étudiants, etc.). De même les inégalités de revenus du patrimoine sont moins fortes en France, tout comme les inégalités de revenus entre hommes et femmes.

Par ailleurs, les mesures de redistribution réduisent davantage les inégalités en France qu'ailleurs en en Europe, note France Stratégie. "Ce résultat est obtenu pour moitié par l'effet des prestations sociales en espèces (allocations logements, chômage, etc.) et pour moitié par les prélèvements obligatoires directs sur les ménages (impôt sur le revenu, taxe d'habitation, etc.)", explique l'étude. Mais cela s'explique surtout par l'importance des volumes redistribués, plutôt que par le ciblage de cette redistribution, souligne l'étude. 

Ainsi, si les prestations sociales sont un peu plus ciblées en France qu'ailleurs pour un volume à peine supérieur, le volume des prélèvements obligatoires est nettement plus élevé en France, puisqu'il représente 37% du revenu primaire des ménages, contre 34% pour la moyenne européenne, et avec un ciblage identique. France Stratégie estime donc que le pays a "des marges de progrès" pour améliorer l'efficacité de la redistribution, principalement en augmentant leur ciblage

Certains pays comme le Danemark parviennent ainsi à réduire davantage leurs inégalités de revenu que la France, malgré un niveau d'inégalités primaires plus important. Un meilleur ciblage pourrait permettre soit de réduire les volumes transférés sans accroître les inégalités, soit de réduire davantage les inégalités sans accroître les masses transférées.

La première perspective aurait de quoi satisfaire ceux qui plaident pour une modération de la dépense publique ou une baisse des prélèvements obligatoires. La deuxième option irait, elle, dans le sens d'une plus grande efficacité des politiques publiques en matière de lutte contre les inégalités.
 

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