La "convergence des luttes": on n'y est pas encore selon les experts

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 Etudiants à Bordeaux lors du début de la grève des cheminots de la SNCF le 3 avril 2018

Etudiants à Bordeaux lors du début de la grève des cheminots de la SNCF le 3 avril 2018

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© AFP, GEORGES GOBET

AFP, publié le vendredi 06 avril 2018 à 12h20

La "convergence de luttes" espérée par certains syndicats, la gauche et des étudiants apparaît encore comme un vœu pieux aux yeux d'historiens et spécialistes des mouvements sociaux, qui pointent du doigt absence de stratégie commune et division syndicale. 

Cette semaine, le député LFI François Ruffin a proposé l'organisation d'"une grande manifestation nationale commune" le samedi 5 mai, lors d'une "assemblée générale" devant des cheminots, étudiants et personnel médical en grève.

Pour l'un des initiateurs du mouvement "Nuit debout" il y a deux ans, "il faut essayer quelque chose", "appeler à la convergence des luttes, qui est une condition nécessaire mais insuffisante".

Des étudiants, qui protestent contre la loi sur les nouvelles modalités d'accès à l'université, n'en disent pas moins, se prenant à rêver d'un nouveau mai 68. Certains ont d'ailleurs manifesté aux côtés des cheminots mardi.

Côté syndicats, Philippe Martinez, numéro un de la CGT, mène depuis quelques semaines le combat de la convergence, pointant du doigt le mécontentement des cheminots, des fonctionnaires, dans les hôpitaux, les maisons de retraites et dans le privé (Air France, Carrefour). Solidaires aussi. A l'inverse, FO et la CFDT se montrent nettement plus frileuses.

"Ce n'est pas un terme FO", a tranché cette semaine Jean-Claude Mailly, son numéro un, quand Laurent Berger (CFDT) balaye cette option. "Je ne suis pas dans une approche politique. Je crois à des résultats secteur par secteur", a-t-il expliqué.

Les spécialistes doutent aussi. 

"D'abord, il faudrait un objectif politique commun comme faire tomber le gouvernement. Or, personne dans les syndicats n'a cette vision", souligne le politologue Philippe Braud. Ensuite, selon lui, il n'y a pas de "figure charismatique" qui incarne la mobilisation. Enfin, il rappelle la désunion syndicale.

- "Alignement des planètes" -

Pour preuve, l'appel à une journée de mobilisation, lancée par la CGT pour le 19 avril, n'a été rejoint par aucun syndicat pour le moment. Et une rencontre, révélée par Jean-Claude Mailly, devant en principe réunir mi-avril les numéros un des cinq principaux syndicats n'a pas été confirmée par la CFTC, la CGT et la CFE-CGC.

Selon l'historienne Danièle Tartakowsky, "la convergence" est "avant tout un slogan pour cristalliser des espoirs et le symptôme de l'absence de stratégie unifiante". 

Philippe Martinez refuse qu'on voie dans son appel à la convergence des luttes un discours politique. Or Mme Tartakowsky voit dans ce "discours défensif" une "faiblesse" de la mobilisation et une contradiction avec la nature du syndicalisme qui s'est "construit historiquement comme un acteur politique".

De son côté, le politologue Jean-Marie Pernot se montre "moins catégorique" sur l'impossibilité d'une "convergence" des luttes, une "stratégie syndicale qui a du sens". Il rappelle qu'en 1995 aussi, personne ne croyait à l'émergence d'un "grand mouvement".

"Or, les rancœurs sociales aujourd'hui sont très grandes et il y a une vie propre à ces mouvements de mobilisation que les syndicats ne maîtrisent pas", explique-t-il.

En outre, il voit dans la notion de "service public", un moyen d'"agréger les différents mouvements". Une idée que vient appuyer Mme Tartakowsky: "En 68 c'est l'idée d'une cible politique commune à tous (le général de Gaulle) qui a unifié. Aujourd'hui, la notion de service public pourrait présenter cette dimension d'intérêt général". 

Quant à créer un éventuel mouvement d'entraînement, c'est celui des cheminots qui est considéré comme "stratégique" par les trois spécialistes.

"Les cheminots sont sur le devant de la scène. Il faudrait vraiment qu'ils gagnent pour que les autres fronts prennent de l'ampleur", affirme Philippe Braud.

Toutefois, il se montre pessimiste sur ce scénario, estimant qu'il y a un "alignement des planètes en faveur de l'acceptation des réformes" par le grand public. "Le taux de soutien aux grévistes est faible alors qu'en France d'habitude, les gens soutiennent majoritairement les mouvements sociaux", ajoute-t-il.

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