La bataille de Verdun effacée des manuels scolaires ? "Une polémique sans fondement", dénonce Jean-Michel Blanquer

La bataille de Verdun effacée des manuels scolaires ? "Une polémique sans fondement", dénonce Jean-Michel Blanquer
À Verdun, en septembre 1918.

Orange avec AFP-Services, publié le mardi 26 mars 2019 à 08h09

Une polémique est née ce week-end autour d'une possible disparition de la bataille de Verdun des manuels scolaires. Le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer dénonce une "polémique sans fondement". 

Des responsables de l'opposition et des élus de l'est de la France se sont émus ce week-end d'une "disparition", selon eux, de la bataille de Verdun des nouveaux programmes du lycées, prévus pour septembre prochain. Des élus locaux, dont le maire de Verdun, Samuel Hazard, et le président de la région Grand est, Jean Rottner, avaient dénoncé "la disparition" de la bataille de Verdun des programmes d'histoire en classe de Première. Samuel Hazard a évoqué sur M6 "une faute historique, politique et morale". Le maire de Verdun a même écrit à Emmanuel Macron et en appelle à son "sens de l'histoire". 



Marine Le Pen, Nadine Morano, Valérie Pécresse ou encore Nicolas Dupont-Aignan, tous ont condamné "un mépris", "un irrespect" pour les soldats français. "Le gouvernement dépossède les Français de leur histoire glorieuse et foule aux pieds le sacrifice ultime de nos soldats", a tweeté la présidente du Rassemblement national.


 


 


 



D'où vient cette polémique autour d'une possible "disparition" de la bataille de Verdun dans les programmes d'Histoire des élèves de première, année d'étude de la guerre de 14-18 au lycée ? Les nouveaux programmes listent dans les "points de passage et d'ouverture" plusieurs batailles dans le chapitre "La Première Guerre mondiale : le suicide de l'Europe et la fin des empires européens". Y figurent Tannenberg et la Marne en août et septembre 1914, l'offensive des Dardanelles en 1915, la bataille de la Somme en 1916 et la dernière offensive allemande en mars 1918. Mais pas Verdun.

Dès dimanche, le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer indiquait dans un tweet que la bataille de Verdun était "indissociable de la bataille de la Somme" qui elle figure bien au programmes des élèves de premières. "La bataille de #Verdun sera évidemment étudiée en 1ère", affirme le ministre. 



Qu'en pensent les spécialistes ? 

Penser que l'on enseigne l'histoire sous la forme d'une liste de dates ou de batailles "est une conception désuète et peu productive intellectuellement", selon Nicolas Offenstadt, historien, spécialiste des guerres, interrogé par l'AFP. Pour lui, cette polémique sur Verdun est motivée par des "raisons politiques, de valorisation locale (par les élus), ou de politique identitaire nationale. Mais cela ne répond en rien aux enjeux de l'enseignement".

C'en est fini depuis longtemps de "histoire-bataille". L'approche de la Première guerre se fait à travers le vécu des soldats, des civils, des femmes à l'arrière, des violences à un peuple (tels que le génocide arménien), ajoute-t-il. Mais il ne s'agit pas d'"opposer l'histoire sociale et humaine à l'histoire chronologique car les deux s'entremêlent".

Franck Schwab, enseignant dans un lycée de Nancy et responsable régional de l'association des professeurs d'histoire et géographie (APHG), "comprend le sentiment d'injustice" d'élus locaux de l'est de la France. "Mais il est évident que Verdun, une tragédie française, est incontournable dans l'étude de la Première guerre mondiale. Il n'apparaissait pas non plus dans les programmes précédents mais cela ne nous empêchait pas d'en parler", relève-t-il auprès de l'AFP.




"Verdun est forcément un objet d'enseignement, pas besoin que cela soit écrit explicitement", renchérit Thibaut Poirot, professeur dans un lycée de la Marne. On ne peut pas étudier la bataille de la Somme sans parler de Verdun, rappelle-t-il. La Somme, offensive franco-britannique lancée en juillet 1916, répond en partie à l'objectif de desserrer l'étau allemand sur Verdun, qui avait démarré en février 1916, précise-t-il. Les nouveaux programmes "n'excluent en rien Verdun au profit de la Somme. Les événements sont liés les uns aux autres", note Nicolas Offenstadt.

"On ne peut pas parler de la bataille de la Somme sans parler de Verdun"




Dans les colonnes du Républicain Lorrain, Jean-Michel Blanquer défend mardi 26 mars son programme et dénonce "une polémique sans fondement". "Dans les précédents programmes, la bataille de Verdun n'était pas spécifiée. Dans les nouveaux, nous adoptons une approche chronologique et précise de la Première Guerre mondiale avec une partie sur la guerre de position qui, bien entendu, inclut Verdun. Le fait que l'on explicite dans le programme la bataille de la Somme, au titre de 'point de passage et d'ouverture', avec Tannenberg et la Marne, les Dardanelles, et la dernière offensive allemande, renforce la référence à Verdun, puisqu'on ne peut pas parler de la bataille de la Somme sans parler de Verdun. La bataille de la Somme a été en effet conçue pour soulager Verdun. Il ne s'agit donc absolument pas de gommer Verdun", explicite le ministre. 

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