L'improbable combat d'un agriculteur pour sauver sa ferme

L'improbable combat d'un agriculteur pour sauver sa ferme 
©Panoramic
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publié le mardi 15 juin 2021 à 19h40

En capacité de rembourser sa dette, Jean-Marie Gimza peut tout perdre et sa ferme avec. Retour sur cet incroyable imbroglio judiciaire raconté par Franceinfo. 

 

C'est une situation ubuesque que vit un agriculteur du Nord.

Jean-Marie Gimza se bat en effet depuis plusieurs mois pour sauver son exploitation, à Ferrière-la-Grande dans près de Maubeuge, à cause d'une dette qu'il peut pourtant rembourser. En cause : des sommes que sa mère pensait payer une fois retraitée. « Je recevais des courriers d'huissiers dont je n'avais pas connaissance, ma mère les cachait ne m'en parlait pas, elle ne voulait pas m'inquiéter [...] Elle est assez âgée, c'est une ancienne mentalité », détaille l'agriculteur. Une bonne intention qui se transforme en cauchemar : la dette contractée par le fermier s'élève aujourd'hui à 29 000 euros. « J'étais en intérim dans un chantier sur Laon en décembre 2020, puis en février 2021, j'ai vu les huissiers débarquer chez moi », explique-t-il. Quelques semaines plus tard le couperet tombe : « On m'a annoncé qu'on allait me destituer de tous mes biens, je n'avais eu aucun courrier ni recommandé. On ne parle pas d'une voiture, mais de l'ensemble de mes biens !" se désole le fermier.

Malgré une vie entière passée dans la ferme familiale, Jean-Marie, initialement "dans le monde des chevaux de course" ne s'imaginait pas reprendre l'exploitation. Mais crise sanitaire oblige, l'accès au marché du travail étant devenu plus hermétique, il a dû se résigner : « Mon père a été invalide puis est décédé, ma mère s'est retrouvée seule avec ma sœur handicapée. Je fais tout l'ouvrage qu'il y a à faire, et comme les bâtiments sont anciens, je le fais à la main, ma mère fait ce qu'elle peut de son côté".  

 

Vers une résolution ?

 

Hors de question alors d'abandonner un héritage familial pour lequel il s'est tant investi. Quelques jours lui suffisent pour signer une offre de vente d'une partie de ses terres agricoles pour 60 000 euros. En parallèle, il signe une autre offre de vente de 90 000 euros de la maison inhabitée de ses grands-parents. Des sommes plus que suffisantes pour s'acquitter de sa dette, mais en vain. « L'agente immobilière a envoyé de nombreux mails pour faire un compromis de banque qui consiste à annuler la vente aux enchères et enlever les dettes. À chaque fois, elle recevait des retours négatifs : des documents manquants, des choses qui n'allaient pas, ils m'ont même demandé les actes de propriété alors qu'en venant sur le terrain en vue de la liquidation, ils font tout le parcellaire ! » le processus judiciaire est déjà bien entamé : la liquidation a été prononcée en première instance, les liquidateurs sont inflexibles, « ils ne répondaient même pas à mon avocat » déplore Jean-Marie.

Porté par un emballement médiatique le fermier voit peut-être le bout du tunnel, mais reste prudent, « comme par hasard, maintenant que l'affaire prend de l'ampleur, le liquidateur dit qu'il faudrait faire un projet de compromis de vente. Je sais que la vente de mes biens ne se déroulera pas le 18 juin, mais ça ne me rassure quand même pas. » Rassuré, Jean-Marie Gimza le sera peut-être le 5 juillet, lors d'un arrêt prononcé par la cour d'appel de Douai. 

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