L'Assemblée se prononce sur un budget de la Sécu grevé d'incertitudes face au Covid

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Des équipes médicales s'occupent d'un patient dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lariboisière, le 14 octobre 2020 à Paris
Des équipes médicales s'occupent d'un patient dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lariboisière, le 14 octobre 2020 à Paris
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© AFP, LUCAS BARIOULET

, publié le mardi 27 octobre 2020 à 14h47

La "deuxième vague" va encore alourdir la facture: l'Assemblée nationale vote mardi un projet de budget de la Sécu où le Covid-19 a creusé de déficits abyssaux, qui risquent encore de s'aggraver face au rebond épidémique.

"Nous sommes sur la face nord de l'Everest en plein hiver, la visibilité est vraiment mauvaise", avait reconnu mardi le ministre de la Santé Olivier Véran en ouvrant l'examen en première lecture de ce projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2021.

Traduction concrète: le ministre a demandé une rallonge dès cette année de 2,4 milliards pour aider les établissement de santé, notamment l'ouverture de lits "à la demande" dans des hôpitaux confrontés à une hausse exponentielle des cas de Covid-19.

Cet argent doit aussi servir à honorer l'engagement du Premier ministre Jean Castex d'avancer à décembre des hausses de salaires du "Ségur de la santé" et une "survalorisation" des heures supplémentaires pour des personnels éprouvés par la première vague épidémique, à qui un surcroît d'effort est à nouveau demandé.

Les députés LR ont dénoncé le manque de ressources face à ce nouveau surcroît de dépenses: "tout ça n'est que de la dette pour nos enfants".

La gauche pour sa part a estimé que la hausse des salaires était "la moindre des choses", et encore "loin du compte".

Déjà plombé par des rentrées d'impôts et cotisations moindres ainsi que par des dépenses exponentielles, le déficit de la Sécu se dégrade encore davantage du fait de cette nouvelle enveloppe: 46,6 milliards d'euros cette année et quelque 28 milliards en 2021.

Cette ardoise ne tient pas compte des récents couvre-feux décrétés, à ce stade, dans 54 départements et en Polynésie. Si bien que le projet de budget pourrait déjà être caduc.

Le retour à l'équilibre est compromis pour plusieurs années. Particulièrement mal en point, la branche de l'assurance maladie a prévu de provisionner 4,3 milliards pour les masques, les tests et les arrêts de travail, dont 1,5 milliard pour une campagne de vaccination.

Au titre des réformes, le projet de loi acte un nouveau "forfait" de 18 euros pour les patients allant aux urgences sans être ensuite hospitalisés, qui a été validé malgré de fortes réserves de la gauche. 

Le forfait, qui remplacera l'actuel ticket modérateur, est une mesure de simplification qui "ne rapporte rien" à la sécu, insiste le ministre.  

- "occasions manquées" -

Le financement de la nouvelle branche "autonomie", qui regroupe une grande partie des crédits destinés aux personnes âgées dépendantes ou handicapées, a aussi provoqué de vifs débats.

Majorité et gouvernement ont soutenu une "première étape" dans un projet de longue haleine de meilleure prise en charge du grand âge, avec 2,5 milliards d'euros supplémentaires en 2021 pour la modernisation des Ehpad notamment.

Trop peu pour les oppositions, qui dénoncent un simple "ripolinage" face au défi du vieillissement: en 2040, près de 15% des Français (10,6 millions de personnes), auront 75 ans ou plus.


Dans un des rares moments d'unanimité, les députés ont cependant voté une enveloppe de 150 millions d'euros en 2021 puis 200 millions à partir de 2022, pour augmenter les salaires des aides à domicile, qui ont été essentiels lors de la première vague auprès des personnes âgées. 

Autre moment consensuel: les députés ont donné leur feu vert au doublement du congé paternité, de 14 à 28 jours dont 7 obligatoires, à partir du 1er juillet prochain. Réclamée de longue date par les militantes féministes, les syndicats et nombre de pères, la mesure avait été dévoilée dès septembre par Emmanuel Macron.

Via un amendement parlementaire, le tiers payant obligatoire en cas d'IVG a aussi été approuvé. Mais Olivier Véran a renouvelé ses réserves sur la volonté récente des députés de porter le délai légal pour avorter de 12 à 14 semaines de grossesse.

La majorité vante globalement un projet de loi "ambitieux" et "qui va de l'avant". Mais les oppositions ne devraient pas se prononcer en sa faveur. 

La droite critique une série d'"occasions manquées", de l'absence de mesures structurelles pour la santé au manque de vision sur la politique familiale. A gauche, les parlementaires déplorent une "vision comptable de la santé". 

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