L'appel des "40 au CAC 40" pour légiférer le salaire des patrons : 100 fois le Smic maximum

L'appel des "40 au CAC 40" pour légiférer le salaire des patrons : 100 fois le Smic maximum
Le conseil d'administration de Renault a décidé de maintenir la rémunération de Carlos Ghosn pour l'année 2015 à 7,25 millions d'euros au titre de PDG du groupe, malgré le vote défavorable des actionnaires.

, publié le jeudi 19 mai 2016 à 11h33

- Face aux polémiques concernant les salaires parfois vertigineux des patrons, quarante personnalités lancent un appel dans les colonnes de Libération, pour que leurs rémunérations soient légiférées et ne dépassent pas 100 fois le Smic. Malgré la menace de François Hollande d'en passer par la loi, Emmanuel Macron a pris ce jeudi le contre-pied du président, estimant que "ce n'est pas la bonne méthode" -

Quarante personnalités, dont des responsables politiques et syndicaux ou des intellectuels, lancent un appel pour demander au gouvernement de légiférer afin de limiter les salaires des patrons, dans l'édition de Libération à paraître ce jeudi.

"Nous demandons au gouvernement de légiférer pour que désormais, en France, un patron ne puisse pas être rémunéré plus de 100 Smic, soit 1,75 million d'euros par an", écrivent les signataires de cet "appel des 40 au CAC 40". Ce jeudi, Stéphane Le Foll l'assure, "s'il faut légiférer, on légiféra".

Emmanuel Macron en revanche, a estimé ce jeudi que la loi n'était "pas la bonne méthode" pour encadrer la rémunération des patrons, contredisant ainsi François Hollande et Manuel Valls. "Je pense que la loi n'est pas la bonne méthode", a dit M. Macron devant une conférence d'investisseurs. "C'est au monde économique de montrer qu'il est à la hauteur de cela, sinon, celles et ceux qui proposent aujourd'hui une loi seront légitimes dans quelques temps à la faire", a-t-il ajouté.

- Le vote des actionnaires, bientôt contraignant ? -

L'initiative de cette pétition intervient après les polémiques sur les salaires de patrons comme ceux de Renault et PSA Carlos Ghosn et Carlos Tavares, et la menace brandie mardi par François Hollande de passer par la loi au nom de l'"exigence morale". Depuis 2014, les salaires des dirigeants d'entreprise en France sont soumis au vote consultatif des actionnaires, un mécanisme appelé "say on pay". Ce vote n'étant que consultatif, le président voudrait rendre contraignantes les décisions des assemblées générales d'actionnaires. Ce mercredi, les députés ont adopté un amendement allant dans ce sens. ll sera examiné dans l'hémyclique le 26 mai.



En mai, la polémique avait enflé après que le conseil d'administration de Renault soit passé outre le vote consultatif des actionnaires, dont l'État détenteur de 20% de l'ex-régie nationale, qui s'étaient prononcés à 54,12% contre la rémunération de 7,251 millions d'euros de M. Ghosn en tant que PDG de Renault. Au titre de 2015, le patron de Total a perçu un salaire fixe de 1,2 million d'euros, auquel s'ajoute une part variable de 1,8 million d'euros (hors attribution d'actions de performance). Pour Patrick Thomas, qui préside le comité des rémunérations du conseil d'administration du constructeur, ce salaire est justifié par le fait que Carlos Ghosn est "le meilleur du monde pour ce poste", rapporte le Figaro.

- Les signataires : des politiques, représentants syndicaux et intellectuels -

Parmi les premiers signataires figurent notamment le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, le président PS de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, la maire de Paris Anne Hidalgo, les députés PS Benoît Hamon et Karine Berger ou encore l'ex-ministre Arnaud Montebourg et la députée écologiste Cécile Duflot. Également signataire, Daniel Cohn-Bendit, cofondateur d'EE-LV, estime que "ces patrons cultivent une indécence".



Les responsables syndicaux Laurent Berger (CFDT), Philippe Martinez (CGT), Carole Couvert (CFE-CGC), Luc Bérille (Unsa), Eric Beynel et Cécile Gondard Lalanne (Solidaires) ont également paraphé l'appel, comme l'économiste Thomas Piketty, le militant écologiste Nicolas Hulot, ou le président de l'Unef William Martinet. Sont aussi signataires les sociologues Dominique Méda et Michel Wieviorka, l'historien Pierre Rosanvallon, la pneumologue Irène Frachon, ou encore l'écrivain et réalisateur Raphaël Glucksman.

- "L'autorégulation a échoué" -

Dans cet appel à l'initiative du quotidien, assorti d'une pétition en ligne, les signataires estiment que l'on vit "une période inédite dans l'histoire du capitalisme contemporain" avec un écart entre le salaire des PDG et le salaire moyen qui a "explosé". Ils soulignent que "le gouvernement a fait en 2013 le pari de l'autorégulation et que celui-ci a échoué", relevant "qu'en 2015, la rémunération totale des patrons du CAC 40 a augmenté entre 5 % et 11 % selon les évaluations".



Ils notent aussi que "le principal argument patronal pour justifier de telles pratiques - celui d'un marché mondial des très hauts dirigeants qui nécessiterait un alignement des salaires par le haut - n'est corroboré par aucune étude économique sérieuse". Et ils soulignent "qu'en se comportant de la sorte, notre élite économique entretient un sentiment de chacun pour soi délétère".

Le PDG de Total a reconnu ce mercredi que les patrons devraient s'autoréguler, mais il juge dangereux qu'on les y contraigne, considérant que cela pourrait entraîner des délocalisations de sièges sociaux.



A ceux qui mettraient notamment en avant un risque de censure du Conseil constitutionnel en cas de loi, ils répondent que "le gouvernement peut trouver les moyens" d'éviter cet écueil et mettent en avant le fait que la France sera pionnière en la matière, "un motif de fierté nationale". Quant aux craintes éventuelles des investisseurs étrangers, ils rétorquent qu'ils "profiteront d'un vivier de dirigeants 'bon marché'".

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