L'Agence du médicament interdit un essai clinique illégal sur les maladies d'Alzheimer et de Parkinson

L'Agence du médicament interdit un essai clinique illégal sur les maladies d'Alzheimer et de Parkinson
L'Agence du médicament a ouvert une enquête sur un essai clinique clandestin, censé soigné Alzheimer et Parkinson (photo d'illustration).

Orange avec AFP-Services, publié le vendredi 20 septembre 2019 à 08h48

Au moins 350 patients ont participé à des tests clandestins, menés dans une abbaye près de Poitiers, par deux médecins, les professeurs Jean-Bernard Fourtillan et Henri Joyeux, connu pour ses prises de position anti-vaccins.

"Je suis effondrée, horrifiée, a réagi la ministre de la Santé Agnès Buzyn, jeudi sur France Inter. Il y aura des sanctions et des poursuites", promet-elle. Cet essai clinique sauvage d'une ampleur rare a été interdit par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), jeudi 19 septembre. 

Les tests étaient menés par une structure baptisée Fonds Josefa, dont le site Internet évoque des motivations mystiques. Son vice-président n'est autre qu'Henri Joyeux, un médecin controversé opposé à la vaccination. Ce fonds avait fait l'objet d'un signalement auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en décembre 2018, précise Le Parisien. "On est aux confins du charlatanisme", confirme Bernard Celli, directeur de l'inspection à l'ANSM, selon qui il s'agit "d'une atteinte grave au code de la santé publique et au code pénal".

Les patients hébergés dans une abbaye par des religieuses

Des molécules aux effets inconnus ont été testées sur au moins 350 malades de Parkinson ou Alzheimer, dans les locaux de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers, à Saint-Benoît (Vienne), hors de tout cadre légal. "Il semble qu'ils y passaient une nuit et qu'ils subissaient une prise de sang le matin", explique Bernard Celli. Selon soeur Martina, soeur hôtelière du monastère jointe par l'AFP, "l'abbaye dispose d'une quinzaine de chambres et cela fait une année à peu près" que ces bénédictines hébergent les patients de cet  essai  clinique.

L'expérimentation consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l'espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer ou troubles du sommeil). Selon l'Agence du médicament, ces molécules sont proches de la mélatonine, hormone fréquemment utilisée pour mieux dormir. 

Le risque pour la santé des patients pas connu

Sur le site internet du Fonds Josefa, son fondateur, le professeur Jean-Bernard Fourtillan, revendique la découverte de la valentonine, supposée "protéger notre organisme et assurer la régulation des vies psychique et végétative". "Ni la qualité, ni les effets, ni la tolérance des substances utilisées ne sont connus", réplique l'ANSM, selon laquelle "un risque pour la santé des participants ne peut être exclu". "La confiance de ces patients a été abusée", estime Bernard Celli. 

L'Agence demande aux participants à ces essais "de ne plus utiliser ces patchs" et "de consulter rapidement (leur) médecin traitant pour l'informer de la situation, réaliser un bilan de santé et s'assurer que la prise en charge de (leur) maladie est adéquate".

Le Pr Joyeux se défend

L'ANSM a découvert cet essai illégal grâce à une inspection de contrôle menée début septembre au laboratoire où les prises de sang étaient envoyées pour analyse.

Outre l'interdiction, qui relève d'une décision de police sanitaire, l'Agence a saisi le pôle Santé du parquet de Paris. Mener un essai clinique sans autorisation est passible de 15.000 euros d'amende et d'un an de prison. 

Joint au téléphone par l'AFP, le Pr Joyeux assure que l'expérimentation menée "n'a rien à voir avec un essai clinique". 

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