Journal de bord d'un réanimateur: "Pas encore de décrue"

Journal de bord d'un réanimateur: "Pas encore de décrue"
Praticien dans un hôpital de la région parisienne, en première ligne depuis janvier pour traiter les patients atteints de formes graves du Covid-19, un anesthésiste-réanimateur livre chaque semaine pour l'AFP son journal de la ...

, publié le mardi 17 novembre 2020 à 07h17

Praticien dans un hôpital de la région parisienne, en première ligne depuis janvier pour traiter les patients atteints de formes graves du Covid-19, un anesthésiste-réanimateur livre chaque semaine pour l'AFP, sous couvert d'anonymat, son journal de la crise sanitaire.

"J'ai l'impression que les choses se calment. Nous avons toujours une quinzaine de lits supplémentaires par rapport à notre activité normale et il y a environ une à deux admissions par jour de patients Covid en réanimation.

Nous avons également accueilli cette semaine des patients venant d'autres régions. Il y a un peu moins de pression sur les lits d'hospitalisation en réanimation en Ile-de-France en ce moment. En réanimation, il n'y a pas encore de "décrue" mais les unités d'hospitalisation standard restent relativement peu sous tension.

Nous espérons que les choses vont continuer à évoluer dans le bon sens. On se satisfait de voir une accalmie, mais il faut tout de même garder à l'esprit que nous travaillons à nouveau en "sur-régime" depuis un mois et demi et que nous souhaitons pouvoir diminuer le nombre de lits de réanimation dès que possible et retourner à un fonctionnement plus standard. 

Les notions épidémiologiques sont assez abstraites pour nous. Tant que nos unités de réanimation sont pleines, que nous accueillons des patients et que nous avons des médecins de garde supplémentaires, cela ne nous parle pas beaucoup au quotidien de savoir si nous avons atteint le pic épidémique ou pas.

En revanche, il y a un réel décalage entre la vision des pouvoirs publics et la nôtre. Nos ministres sont satisfaits de voir que nous sommes capables de déployer des lits de réanimation dans l'urgence et de répondre à une crise sanitaire.

Il est évident que nous n'allons pas laisser les gens suffoquer aux portes de l'hôpital faute de moyens et de lits d'hospitalisation. Il est évident que dans tous les hôpitaux français, les médecins et équipes paramédicales ont pris leurs responsabilités et travaillent sans compter depuis des mois. Mais il ne faut pas s'en féliciter outre mesure.

- Déprogrammations -

Nous, nous souhaiterions avoir plus de lits d'hospitalisation, en réanimation ou non, et plus de personnels au quotidien. Je ne crois pas qu'il faille se satisfaire des déprogrammations, seul moyen que nous ayons à disposition pour libérer des lits et du personnel.

Que certaines choses puissent être reportées dans le temps, bien sûr, mais actuellement nous déprogrammons environ 50% de l'activité médico-chirurgicale de l'hôpital. Nous ne pensons pas que la moitié de notre travail au quotidien à l'hôpital public, et donc la moitié de nos patients, méritent d'être considérés comme "secondaires".

Plus de lits, plus de personnel, des hôpitaux propres et fonctionnels, ça coûte cher, mais c'est ce dont nous avons besoin pour faire notre travail correctement.

Pour le reste, nous sommes comme tout le monde. Si nous pouvons retrouver un peu de liberté sociale rapidement, nous en serons heureux. Nous ne sommes pas là pour donner des leçons sur telle ou telle mesure à adopter.

La seule chose que nous oserons demander lorsqu'un vaccin sûr et efficace sera disponible, c'est que les gens se vaccinent. Mais nous sommes en France, et ce n'est pas gagné...

Enfin, la semaine a été marquée par la commémoration du 13 novembre 2015. Aucune cérémonie officielle à l'hôpital, mais chacun des médecins, infirmiers et aides-soignants de l'hôpital garde un souvenir ému et profondément douloureux de cette atroce nuit. En cinq années, notre métier a bien changé."

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