Jean-Luc Courcoult, un créateur de géants à l'âme d'enfant

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Jean-Luc Courcoult, fondateur de la compagnie Royal de Luxe, à Nantes, le 25 septembre 2020
Jean-Luc Courcoult, fondateur de la compagnie Royal de Luxe, à Nantes, le 25 septembre 2020
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© AFP, Damien MEYER

publié le vendredi 19 mars 2021 à 18h53

Jean-Luc Courcoult, l'excentrique et attachant fondateur de la compagnie Royal de Luxe, a promené ses marionnettes géantes fabriquées à Nantes dans des dizaines de villes à travers le monde avec la volonté constante de toucher un public jeune et d'être accessible à tous.

"Quand j'invente une image, je me dis: +est-ce qu'un enfant pourrait comprendre ça?+ (...) Est-ce que l'enfant peut au moins comprendre ces trois images mises ensemble et qu'il peut s'en faire une petite histoire dans sa tête", raconte l'artiste à l'AFP dans sa maison nantaise remplie de couleurs et de livres.

"Si un enfant ne comprend pas (...) pour moi ce n'est pas intéressant, j'échappe à quelque chose, c'est-à-dire que je suis en train de parler à des adultes. Je n'ai rien contre les adultes non plus, j'aime tout le monde, mais il y a une simplicité dans l'enfance qui mesure les choses", poursuit Jean-Luc Courcoult, dont la "Saga des Géants" a été vue par 24 millions de spectateurs.

Pour parler de ces marionnettes, qui représentent une grand-mère, un chien ou un scaphandrier, souvent il s'interrompt, se met à déclamer comme s'il était au théâtre ou récitait de la poésie.

Cachant sa timidité derrière d'immenses lunettes et une cigarette, Jean-Luc Courcoult, 65 ans, n'est pas prompt à parler de lui-même.

-  "Je l'ai vécu comme un rêve"  -

Par bribes, il évoque son enfance "pas pire qu'une autre" mais avec "ses problèmes et ses histoires vécues", les premières fois qu'il a joué dans la rue en faisant la manche et très précis, un spectacle de marionnettes lorsqu'il était écolier à Toulon.

"Je l'ai vécu comme un rêve, mais un rêve réel, c'est-à-dire que j'étais conscient de me laisser embarquer avec les histoires racontées et j'étais conscient, en même temps, que c'était des êtres humains qui manipulaient tout ça."

"D'ailleurs c'est rester tout le temps ça (...) le mélange entre les acteurs et les techniciens", s'amuse M. Courcoult souvent reconnaissable à ses paires de bretelles et vêtements bariolés. 

Dans la "Saga des géants", on voit ainsi une multitude de comédiens s'activer autour de la marionnette pour l'animer. 

Mais les géants sont loin d'être l'unique succès de Jean-Luc Courcoult qui s'est fait remarquer avec les pages gigantesques de la "Véritable histoire de France", la tournée "Cargo 92" aux côtés du groupe Mano Negra et dernièrement via un projet au long cours dans le quartier populaire de Bellevue à Nantes.

"Un palmarès absolument incroyable, d'une richesse absolue", estime l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s'est lié d'amitié avec lui lorsqu'il a accompagné ses débuts en tant que maire de Nantes.

- "Comme si c'était Noël" -

Jean-Luc Courcoult "soigne tout, c'est-à-dire que même s'il est dans l'espace public, il va soigner les détails comme s'il était sur une scène de théâtre, dans un lieu fermé, donc il va soigner le maquillage, il va soigner les voix", remarque M. Ayrault saluant sa capacité à "attirer un public extrêmement divers, qui ne va jamais au théâtre, qui n'y serait même pas aller et qui tout d'un coup va découvrir un univers qui va le faire rêver" avec ces spectacles gratuits et joués en plein air.

"Jean-Luc peut être têtu, extrêmement têtu", complète-t-il, racontant d'épiques négociations pour faire valoir les arguments de l'artiste auprès de la municipalité de Berlin, inquiète du passage des géants très près de ses monuments historiques.

"On a mis toute la ville à l'arrêt pour lui", se souvient aussi Claire McColgan, directrice de la culture à la mairie de Liverpool, où les géants ont fait leur tournée d'adieu en 2018.

A chaque fois qu'un spectacle de Jean-Luc Courcoult "est annoncé, c'est comme si c'était Noël", comme "un match de foot", poursuit-elle, assurant que les habitants de Liverpool le considère comme "un héros". 

Les Chiliens "adorent ce qu'ils font", abonde Carmen Romero, directrice du festival Santiago A Mil qui a accueilli Royal de Luxe à plusieurs reprises dans la capitale chilienne.

"On rencontre notre enfant intérieur avec les histoires qu'il raconte. Avec lui, on retourne en enfance", salue-t-elle.

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