Jean-Louis Maisin, 72 ans, disquaire farouchement indépendant et transformiste

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Jean-Louis Maisin dans son magasin de disques à Chambery, le 24 août 2021
Jean-Louis Maisin dans son magasin de disques à Chambery, le 24 août 2021
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© AFP, PHILIPPE DESMAZES
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publié le vendredi 17 septembre 2021 à 09h32

À 72 ans, Jean-Louis Maisin, reste un disquaire farouchement indépendant, grand amateur de Dalida qu'il diffuse tous les jours dans sa petite boutique de Chambéry et qu'il incarne dans ses shows transformistes.

"Mon rêve, ce serait de mourir ici", lance avec un sourire le dernier disquaire indépendant de Savoie, qui avec ses milliers de vinyles, CD et cassettes audio, a résisté à tout, à l'arrivée des grandes enseignes, la crise du disque, puis celle liée à la pandémie de Covid-19.

La musique est sa passion depuis son plus jeune âge. Dalida, toujours à ses côtés. 

Tout petit, il découvre un 45 tours de la chanteuse d'origine italienne née en Egypte que son père possède, parmi d'autres. Puis, "à chaque bonne note à l'école", ses grands-mères lui offrent un peu d'argent. Le bon élève en profite pour découvrir la discographie de la "Callas des variétés". Il crée aussi un petit duo musical avec une amie d'enfance, proposant des concerts aux voisins du quartier.

"On s'appelait Les Hirondelles", se souvient-il, toujours avec le sourire. Il se flatte d'avoir vu Dalida "plus de 150 fois en concert" à Chambéry, à l'Olympia à Paris et ailleurs en France.

Son assiduité lui permet d'entrer dans le petit cercle de son idole: il s'introduit dans les loges et réussit à rencontrer la chanteuse qui, séduite par son enthousiasme, l'invitera ensuite régulièrement à ses concerts. 

Il la connaît si bien, sa gestuelle, ses spectacles, les paroles de ses chansons... il devient "elle" le temps de son propre spectacle, dans ses robes, maquillé, coiffé, devant un micro. 

- "Le droit d'aimer" -

"La première fois, c'était il y a douze ans, pour les cinquante ans de mon mari", raconte-t-il. 

Pour cet anniversaire, il chante aussi du Piaf, "devant 140 personnes", il choisit "Le droit d'aimer". "Ça correspond bien à notre histoire", dit-il avec tendresse.

Depuis, ce petit homme chauve d'apparence discrète a donné 23 spectacles transformé en Dalida, 19 en Edith Piaf. Il est "transformiste et non travesti", insiste-t-il. 

"Ecoute mon p'tit, lui lance un jour le résident d'un Ehpad de l'Ain où il s'était produit. J'ai revu en toi la Môme Piaf". À l'évocation de ce souvenir, son habituel sourire laisse place à un regard embué.

Pour l'instant, le disquaire a suspendu ses shows transformistes car faute d'exercice pendant les confinements il a "trop grossi et ne peut plus enfiler ses robes".

Dans son magasin, Dalida chante encore "tous les jours". Il redoute de lasser ses clients, jeunes et moins jeunes, mais se réjouit quand on lui passe commande d'un de ses albums.

Quand il a quitté l'école à 13 ans, il avait quatre métiers en tête: "musicien, ou plutôt travailler dans la musique, coiffeur pour femmes, préparateur en pharmacie ou croque-mort". 

Le hasard lui ouvre les portes d'un magasin vendant des pianos, en 1971. Il y a là un petit rayon disques qu'il décide de développer "sans demander l'autorisation" à son patron. 

L'expérience est concluante. En juin 1980, le magasin est vendu, il l'achète avec l'aide de ses parents, abandonne les pianos et se consacre aux disques. "Free Music" est né. 

"Pour le nom, on a fait un petit concours et demandé aux clients leur avis", raconte-t-il. 

Le vainqueur du concours était étudiant à l'époque, il est devenu musicien, il est toujours client: "Jean-Louis est là où il doit être dans son magasin, ouvert et attachant", explique Didier Venturini, 62 ans.

Jean-Louis Maisin voudrait que sa mort soit l'occasion d'une fête, il souhaite des visages joyeux, dans la rue, devant sa vitrine. "Mourir sans la moindre peine / D'une mort bien orchestrée / Moi, je veux mourir sur scène / C'est là que je suis née", chantait Dalida. 

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