"Je suis sincèrement désolé de ce qui est arrivé" : Abdelkader Merah condamne pour la première fois les actes de son frère

"Je suis sincèrement désolé de ce qui est arrivé" : Abdelkader Merah condamne pour la première fois les actes de son frère
Abdelkader Merah à son procès le 2 octobre 2017.

Orange avec AFP, publié le mercredi 11 octobre 2017 à 09h22

PROCÈS. Jugé pour "complicité" dans l'enquête sur les meurtres de son frère, Abdelkader Merah a déclaré mardi éprouver "un mélange de honte, de tristesse, de regrets".



En mars 2012, Mohamed Merah tuait au nom du jihad trois militaires, un enseignant et trois enfants d'une école juive avant d'être tué à son tour par la police. Depuis le 2 octobre, son frère Abdelkader comparaît devant la cour d'assises spécialement composée de Paris aux côtés de Fettah Malki, un ami du tueur au scooter, pour "complicité". Il est accusé d'avoir "sciemment" facilité "la préparation" des crimes de son frère en l'aidant notamment à dérober le scooter utilisé lors des faits.

Mardi 10 octobre, l'accusé a pour la première fois condamné les actes de son frère. L'homme de 35 ans a exprimé "un mélange de tristesse, de honte et de regrets", après le récit, qu'il a qualifié "d'insoutenable", de Yacob Soussan, bénévole survivant de l'école Ozar Hatorah de Toulouse, où Mohamed Merah a tué un enseignant et trois enfants juifs.

LA TUERIE DE L'ÉCOLE D'OZAR HATORAH A DURÉ 36 SECONDES

"J'étais venu assister à la prière de 8h. Je conduisais un camion que j'avais emprunté à l'école et j'ai salué Jonathan Sandler et ses deux enfants qui patientaient devant l'entrée", a expliqué à la cour le témoin, partie civile au procès. "C'est alors que j'ai vu un homme portant un casque traverser la rue et s'approcher de Jonathan pour l'insulter. Je n'ai pas vu son visage mais j'ai senti sa haine", a-t-il ajouté. "Jonathan Sandler, 30 ans, enseignant à l'école, s'est placé devant ses deux enfants Arié, 5 ans, et Gabriel, 3 ans, pour les protéger. L'homme a fait un mouvement circulaire mais je n'ai pas vu qu'il avait une arme automatique (un pistolet mitrailleur Uzi qui s'est enrayé, ndlr), puis il a sorti un revolver et a tiré à bout touchant sur Jonathan Sandler et ses deux enfants".

"Il a eu un mouvement de repli vers l'école. La fille du directeur, Myriam Monsonego, 8 ans, qui se trouvait à leur côté a alors pris la fuite vers la cour de l'école". Dans la précipitation, l'enfant perd son cartable dans lequel se trouvaient ses chaussons de danse et retourne le chercher. Un geste qui lui sera fatal. "Il a tiré à bout touchant sur elle, j'ai entendu un autre tir et je l'ai vu revenir vers moi. Il a alors pris son arme et a fait feu sur le haut du capot de mon camion, avant de remonter sur son scooter et de repartir en trombe", a poursuivi le témoin, précisant avoir souvent revécu cette scène. Il l'ignorait à ce moment là, mais le tir qu'il a entendu a fait une autre victime, Aaron Brian Bijaoui, 15 ans, blessé à l'épaule et aux côtés. Au total, la tuerie de l'école Ozar Hatorah a duré 36 secondes.

"J'AI HONTE"

Un témoignage qui aurait ébranlé Abdelkader Merah, rapporte 20 Minutes. "Je suis dans un état d'émotion... Je veux m'adresser aux croyants, on est tous frères de religion", a-t-il dit. Et de poursuivre : "Je ne m'adresse pas à la cour, aux journalistes, aux magistrats. M. Yacov Soussan. et moi-même on croit en Dieu et entre croyants, je suis sincèrement désolé de ce qui est arrivé. C'est un mélange de honte, de tristesse, de regrets. Déjà moi, de voir les faits de l'extérieur, je trouve que c'est insoutenable. Mais je vois la tristesse dans les yeux des familles. Bien sûr que je condamne les actes de mon petit frère, j'ai honte."



La semaine dernière, à l'ouverture de son procès, sa mère Zoulikah Aziri, avait également dénoncé les actes de son fils Mohamed, tout en le défendant. "Mohamed Merah, ce qu'il a fait, je ne suis pas d'accord. Mais Abdelkader Merah, c'est dur pour lui parce qu'il n'a rien fait, et il est là".


Les excuses d'Abdelkader Merah ont provoqué la colère de l'avocate générale, Naïma Rudloff : "C'est insupportable d'entendre qu'il s'agit ici d'une affaire de croyants. Nous sommes dans une cour d'assises et les liens entre Mohamed et Abdelkader, ce ne sont pas des liens du sang ou des liens de religions mais des liens juridiques !"

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