"Je ne vais pas en faire une syncope": les usagers flegmatiques face à la grève

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Des usagers à la gare Saint Lazare le 9 décembre
Des usagers à la gare Saint Lazare le 9 décembre
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© AFP, JACQUES DEMARTHON

, publié le lundi 09 décembre 2019 à 13h29

Malgré une pluie diluvienne, les trottoirs sont bondés aux abords de la Gare du Nord. Face à la grève massive dans les transports en commun, ceux qui attendent un bus ou terminent leur trajet à pied restent globalement flegmatiques. 

"Bon bah, la ligne 4 est complètement bloquée, je dois y aller à pied": comme cet usager pressé, ils étaient nombreux lundi matin à remonter des sous-sols bondés de Gare du Nord pour se risquer sous la pluie parisienne, en rangs serrés autour des abribus ou zigzagant entre les flaques, les embouteillages et les pistes cyclables du boulevard Magenta.

Emmitouflé dans son écharpe, Quentin s'esclaffe quand on lui demande si le mouvement de grève a eu des conséquences pour lui. "Un peu oui! C'était censé être mon premier jour au boulot", explique cet habitant de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), un peu à l'écart de la cohue. 

Venu par le RER E, en rade à Gare de l'Est, il voulait rallier le quartier d'affaires de la Défense via Gare du Nord. Mais à 9h00, "la ligne 4 ne fonctionne pas, et le bus que je devais prendre est complètement saturé". Résultat: "je pense que je vais rentrer chez moi".

- "Plutôt sympas" - 

Pour autant, le jeune homme de 25 ans "comprend pourquoi cette grève a lieu". "La grève, c'est un combat, et si je ne peux pas aller au travail, je ne vais pas en faire une syncope".

Russe vivant à New York venue visiter la France avec sa mère, Olga témoigne quant à elle d'une forme d'admiration. "Je ne peux pas imaginer ça en Russie et aux Etats-Unis mais peut-être que c'est ça la vraie démocratie, que c'est comme ça qu'on peut influencer le gouvernement".

Si la SNCF avait alerté pendant le week-end sur une affluence en gare pouvant être "très dangereuse", et recommandé à "ceux qui le peuvent d'annuler leurs déplacements" en ce début de semaine, les usagers se montraient "globalement plutôt sympas", selon une agente RATP. 

Guidant les passants à l'extérieur de la Gare Saint-Lazare, elle a "décidé de sortir un sourire jusqu'aux gencives pour (se) blinder" contre toute mauvaise humeur, explique-t-elle. "Mais j'ai froid aux pieds et j'ai la goutte au nez".

Il y a forcément des mécontents. "Les retraites, il y a quand même des choses à faire", s'agace Brigitte Lefebvre. Cette retraitée attend de pouvoir monter dans un train pour Rouen, après un long périple depuis Sélestat (Bas-Rhin). La grève, "c'est trop, ils abusent".

- "Compliqué financièrement" -

"C'est sur que ça pèse", juge pour sa part Elodie, le nez sur l'horaire du prochain Paris-Amiens à Gare du Nord, après avoir pris deux bus depuis Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). En route pour un rendez-vous sur un chantier, elle évoque "une forme de prise d'otage". "Pas pour moi, mais pour les usagers qui n'ont pas moyen de faire autrement".

Aurore, habitante d'Antony dans les Hauts-de-Seine et qui travaille comme infirmière à Paris, est de ceux-là. Elle avait posé des congés en fin de semaine précédente pour éviter les premiers jours de grève mais maintenant, "je n'ai pas trop le choix, c'est compliqué financièrement de poser plus de jours".

Elle redoute des difficultés pour voyager toute la semaine, et "trouve que les grévistes exagèrent". "Il y a des gens qui bossent autant qu'eux et qui ne se plaignent jamais".

A Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), sur le RER A, Nathalie espère que la grève cessera après mardi, date d'une nouvelle grande journée de manifestations après une mobilisation massive jeudi (plus de 800.000 manifestants dans toute la France). "Franchement, je ne me vois pas faire toute la semaine comme ça", soupire-t-elle sur le quai.

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