"Je ne me considère pas comme privilégiée": des cheminots témoignent

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 Un train express régional (TER) de la SNCF, le 26 février 2018 à Lille

Un train express régional (TER) de la SNCF, le 26 février 2018 à Lille

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© AFP, PHILIPPE HUGUEN

AFP, publié le jeudi 15 mars 2018 à 13h08

Horaires décalés, astreintes, travaux dangereux... Qu'ils soient conducteurs, techniciens ou commerciaux, des cheminots témoignent de leurs conditions de travail et réfutent l'image de "privilégiés" qui leur colle à la peau.

"Je ne me considère pas comme privilégiée, c'est difficile à gérer, cette image. Dès que je suis entrée à la SNCF, j'ai eu des remarques méprisantes", raconte Samantha, conductrice de train à la SNCF. "Pourtant on ne nous vend vraiment pas le statut de cheminot pour nous recruter."

Entrée à la SNCF en 2008 en tant qu'agent commercial, la jeune femme de 34 ans, membre du syndicat SUD-Rail, a suivi une formation pour devenir conductrice. "Quand j'étais agent commercial de réserve, je n'avais aucun planning fixe et je travaillais en horaires décalés. On pouvait m'appeler la veille pour le lendemain, mais aussi les week-ends et jours fériés. Désormais conductrice, j'ai aussi des +découchés+ deux fois par semaine, mais je gagne un peu plus". Soit un salaire pouvant aller jusqu'à 2.500 euros par mois avec les primes, contre 1.500 euros auparavant. Dans le jargon des cheminots, les "découchés" sont les nuits passées hors du domicile.

Si Samantha apprécie certains avantages comme d'être "rattachée à la caisse de prévoyance" de la SNCF ou d'avoir des billets à prix réduits, c'est avant tout la "sécurité de l'emploi" qui l'a attirée. 

"S'il n'y a plus de garantie contre le licenciement économique avec la privatisation et la réforme du statut, je ne me vois pas rester", témoigne Arnaud, 25 ans, chargé de la maintenance des rames. "D'autant que l'on gagne moins que dans le privé", précise ce technicien qui déclare un salaire de base de 1.300 euros par mois. 

Arnaud s'inquiète aussi des dégâts sur la santé qu'impliquent ses horaires de nuit: à sa semaine du matin qui commence à 6h10 et se termine à 14h10, succèdent quatre jours de travail de 22h10 à 6h10. "C'est un roulement qui ne me convient pas du tout, je suis complètement déphasé".

- Difficile physiquement -

Autant de contraintes qui, pour Samantha, permettent de parler de "contreparties plutôt que de privilèges" et de s'insurger contre une certaine "désinformation", comme quand un présentateur télé "dit qu'on a 60 jours de congés payés, alors qu'on en a 28". 

"Je ne vois pas pourquoi on parle d'emplois à vie. On ne peut pas être viré pour raison économique, mais on le peut pour plein d'autres raisons", défend Arnaud. Membre du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), il voit de plus en plus de cheminots se faire "réformer", car devenus inaptes physiquement et non reclassés. 

Pascal, chargé de l'électrification des lignes du réseau, se dit, lui, "satisfait" de sa carrière. Mais, à 58 ans, trop fatigué physiquement, il a renoncé à la prolonger et ne touchera pas l'intégralité de sa pension. 

"Je travaille depuis 36 ans à 6-8 mètres de hauteur, à côté de lignes de 25.000 volts et souvent la nuit", raconte-t-il. "C'est devenu difficile physiquement. On intervient de plus en plus pendant nos astreintes, car les lignes sont moins entretenues et que mon unité est passée de 33 à 18 personnes."

Pascal et Arnaud mettent en cause "une politique de risque calculé" de la SNCF aux dépens de la sécurité. "J'ai déjà exercé mon droit de retrait pour un travail sur des toits de TGV que je jugeais dangereux", rapporte Arnaud. 

Quant au statut des cheminots, "est-ce qu'en le réformant, les trains vont mieux rouler ? Non, le problème n'est pas là. On essaye de monter les gens les uns contre les autres", dénonce Pascal. 

"On a tout fait pour que le statut disparaisse depuis la loi Juppé" de 1995. "A l'époque on avait gagné, mais aujourd'hui c'est plus difficile de mobiliser les jeunes car ils ne peuvent pas se permettre la grève financièrement", ajoute-t-il, rappelant que les cheminots grévistes ne sont pas payés. Peu optimiste, Pascal compte toutefois répondre à un éventuel appel à la grève.

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32 commentaires - "Je ne me considère pas comme privilégiée": des cheminots témoignent
  • DE quoi se plaint ce cheminot qui travaille de nuit deux fois par semaine?
    Pense t'il à ceux qui font les trois huit en usine, ou les infirmières ou aides soignants qui assument le travail de nuit pour veiller sur les patients
    S'il y a astreinte, ce n'est pas pour rester au lit, mais assurer une urgence.
    Comment font les toubibs et chirurgiens?
    Les ouvriers en trois huit ont-'ils le bénéfice de gratuité des produits de leur usine pour leur travail? NON
    Les infirmières et soignantes ne paient-ils pas leurs frais d'hospitalisation? NON !
    Les toubibs ou chirurgiens sont-ils opérés gratuitement? NON !
    Et je pourrais citer encore de nombreux exemples,
    Alors messieurs, mesdames les cheminots, que vous vous battiez pour garder votre statut OK!
    Mais pensez à tous ceux qui n'ont aucun des avantages que vous avez et qui coûtent des millions d'Euros à la SNCF,
    En tant qu'usager, on nous fait payer des billets de trains bien cher pour compenser VOS avantages.
    J'ai maintenant 75 ans et commencé avec 54 heures par semaine, maintenant l'Etat Macron me "vole" 1,3% de CSG sur ma pension, alors que j'ai cotisé 48 ans
    Et je n'aurais pas les moyens de me payer une maison de retraite. (mes enfants eux devront mettre la main à la poche)
    Vous, vous avez des centres à prix réduits, des colonies pour vos enfants, une mutuelle exceptionnelle, des centres de vacances même des coopératives alimentaires à prix très réduit etc....
    Vous faites bénéficier votre épouse, vos parents vos enfants, même vos beaux parents de tarif réduits pour leurs voyages par train etc...... J ne vous jalouse pas tant mieux si jusqu'à ce jour vous en avez profité, mais il serait temps de mettre vos pendules à l'heure (exemple prime charbon pour un conducteur TGV????). Nous sommes au 21 éme siècle et les conditions de travail ont bien changés..
    Alors de grâce, cessez de vous plaindre. Pensez à vos anciens (même cheminots)qui EUX ont vraiment travaillé à la sueur de leur front de jour, de nuit qu'il neige ou qu'il vente.
    Soyez plus réalistes, soyez plus moderne,nous ne sommes plus dans les années 60 !!!!!!!!....

    Ca c'est argumenté et bien répondu bravo Monsieur, et respect!

  • ce monsieur dit une semaine de 6 H 10 à 14 h10,et bé,monseigneur,moi c'etait 6 h à20 H.

  • A ceux qui se plaignent à cause de leur conditions de travail, observez bien le gars qui livre les bouteilles de butanes : il décharge les bouteilles pleines à la force du poignet avant de recharger les bouteilles vides dans son camion.
    Ce que je décris, peut en être le témoins.
    Quant à l'âge de départ à la retraite, il doit être plus élevé que pour le personnel de la SNCF.

  • pour les horaires décalés les horaires de nuits etc.... n'oublions pas les gens qui travaillent dans l'hôtellerie restauration, les métiers de bouches, de soins de sécurités...

    tout à fait et également dans certaines entreprises

  • Bientôt, il n'y aura plus qu'une seule personne à avoir un statut : Brigitte Macron !

    Cela n'a aucun sens......