Coup de théâtre au procès Pastor: les avocats de Wojciech Janowski avouent pour lui

Coup de théâtre au procès Pastor: les avocats de Wojciech Janowski avouent pour lui
Croquis d'audience montrant Wojciech Janowski, le 17 septembre 2018 aux assises d'Aix-en-Provence

AFP, publié le mardi 16 octobre 2018 à 18h58

Coup de théâtre mardi devant les assises des Bouches-du-Rhône, à la veille du verdict: Wojciech Janowski a bien commandité l'assassinat de sa belle-mère, la milliardaire monégasque Hélène Pastor, ont reconnu ses avocats, après des semaines de dénégations de l'homme d'affaires polonais.

Devant leur client en pleurs dans le box des accusés, alors qu'il était jusqu'à présent resté stoïque, Me Eric Dupond-Moretti et Luc Febbraro ont en revanche assuré qu'il n'avait pas demandé que soit tué le chauffeur de Mme Pastor, Mohamed Darwich.

"Wojciech Janowski est coupable d'avoir commandité l'assassinat d'Hélène Pastor. Ces mots que vous attendiez de lui sortent de ma bouche. Ces mots, il a tenté de les exprimer, il a voulu s'exprimer mais n'a pas été cru, il s'est vu opposer tout au long de la procédure un mépris permanent, un mépris de classe", a lancé Me Dupond-Moretti.

"Il a compris qu'il était le minable de service", devant les enquêteurs comme lorsqu'il est rentré dans la famille Pastor, a poursuivi l'avocat: devant les policiers, Janowski que l'on présente "comme un type abject (...) comprend très vite qu'il a 70 ans et qu'il va crever en prison comme un rat".  

Le gendre de la milliardaire avait reconnu en garde à vue avoir été l'instigateur du guet-apens qui a coûté la vie à Hélène Pastor et à son chauffeur avant de se rétracter et d'assurer que ces aveux lui avaient été extorqués par des enquêteurs qui lui "avaient tout fait sauf lui arracher les ongles". Mais la projection d'une vidéo de sa garde à vue, à l'audience, a sérieusement ébranlé la défense de l'homme d'affaires polonais. 

Mardi ses deux avocats ont fait volte-face en son nom, se transformant en "porte-voix de celui qui n'en a plus", selon eux, et affirmant aux jurés que Wojciech Janowski avait agi pour protéger sa compagne Sylvia Ratkowski, la fille d'Hélène Pastor, alors malade et malmenée psychologiquement par sa mère, selon eux.

- "Un seul espoir" -

L'accusation, qui a requis la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté, avance quant à elle un mobile financier et soutient qu'il voulait détourner à son profit et pour renflouer ses sociétés la part d'héritage de Sylvia.

"Il lui reste une seule chose, un seul espoir, mourir ailleurs qu'en prison et (obtenir) le pardon de celle qu'il a aimée", a plaidé Me Febbraro. 

Les avocats de Wojciech Janowski ont en revanche demandé aux jurés de l'acquitter pour le meurtre du chauffeur de la milliardaire, assurant qu'il ne l'avait pas demandé, contrairement à ce qu'affirme son coach sportif, Pascal Dauriac.

Selon ce dernier, chargé par Janowski d'organiser l'assassinat, l'homme d'affaires polonais avait demandé de tuer le chauffeur et de voler le sac de la milliardaire pour faire croire à un crime crapuleux. "Si l'on doit choisir une parole, il n'y a aucune raison que l'on privilégie la vôtre", a lancé Me Dupond-Moretti à l'adresse de Pascal Dauriac, le seul des 10 accusés à avoir toujours reconnu sa pleine et entière participation à la machination.

Mardi matin, les avocats du guetteur et du tireur présumés, à l'encontre desquels l'avocat général avait aussi requis la perpétuité, ont demandé aux jurés une peine "proportionnée" pour leurs clients. 

"La perpétuité, c'est le retirer du monde, c'est le fer rouge, c'est l'exclure du genre humain", a plaidé Me Michel Pezet, avocat de Al Haïr Hamadi, guetteur et "recruteur" présumé. "L'argent rend fou, l'argent rend dépendant, ce que vous acceptez pour l'un, vous le retirez à l'autre? ", a lancé l'avocat, faisant allusion à la peine plus légère, 30 ans de réclusion criminelle, demandée à l'encontre de l'organisateur du double crime, Pascal Dauriac. 

Hélène Pastor, 77 ans, héritière d'un empire immobilier monégasque, et son chauffeur égyptien Mohamed Darwich, 63 ans, avaient été mortellement blessés par balles, le 6 mai 2014, devant un hôpital à Nice.

Le verdict de ce procès-fleuve, dans lequel comparaissent 10 accusés depuis la mi-septembre, est attendu mercredi. 

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