Janna C. ou la "banalité" d'une apprentie-kamikaze de 18 ans

Janna C. ou la "banalité" d'une apprentie-kamikaze de 18 ans
Une salle d'audience du tribunal de Paris le 16 avril 2018
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AFP, publié le vendredi 12 juillet 2019 à 18h47

Janna C. avait 18 ans quand elle a été interpellée, après avoir fait des recherches sur les attentats à l'explosif et donné "rendez-vous au paradis". Jugée vendredi à Paris, elle a raconté la "banalité" d'un tel projet pour la jeune radicalisée qu'elle était alors.

Visage juvénile encadré de nattes, voix affirmée teintée d'accent du sud, la jeune femme âgée aujourd'hui de 21 ans comparaît détenue devant le tribunal correctionnel.

A l'époque, "j'étais dans mon délire", explique-t-elle d'entrée au tribunal.

Le 10 août 2016, la jeune radicalisée, abreuvée de la propagande ultra-violente de l'organisation Etat islamique (EI), avait été interpellée dans un jardin public de Clermont-Ferrand après avoir envoyé des messages sans équivoque.

"J'ai quelqu'un qui recherche des soeurs pour un projet", "il a des plans pour faire des ceintures Louis Vuitton", "je pense que je suis prête", disait-elle à une "soeur" mineure.

La veille de son interpellation, elle avait recherché sur internet "comment fabriquer une ceinture explo" (sic) ou la technique de "fabrication du TATP", un explosif artisanal très instable prisé des jihadistes. Sur Snapchat, elle avait donné "rendez-vous dans le paradis éternel".

L'idée d'un attentat lui était venue à l'été 2016 "en parlant avec une femme sur Telegram", explique-t-elle. Elle venait de passer quelques semaines en prison pour de petits délits, se sentait "seule" dans un contexte familial compliqué et discriminée car elle portait le jilbab, qui ne laisse voir que l'ovale de son visage.

Sur internet, elle avait noué des contacts avec d'autres "frères" et "soeurs" radicalisés.

"C'est moi" qui devais porter une ceinture, raconte-t-elle.

Pour tuer qui, où ? Sous l'insistance du tribunal, elle finit par évoquer "ceux qui représentent la France, les fonctionnaires".

"Des policiers, juges, militaires, instituteurs ? l'interroge la présidente.

- Ouais, voilà, tout ça.

- Pourquoi la France ?

- Je voyais des vidéos de ce qui se passait en Syrie, en Irak et tout. Du coup voilà.

- Du coup voilà ?

- Ben, j'avais la haine".

- "Cuisine entre soeurs" -

Sur internet entre "soeurs", "on parlait de tout et de rien", dit Janna C.

La présidente objecte: "Commettre un attentat ?

- Pour moi, c'était banal. 

- C'est tragique, c'est monstrueux, certainement pas banal.

- Je ne sais pas comment vous expliquer. J'étais dans ma bulle, en fait".

Le tribunal diffuse un extrait d'un numéro d'"Envoyé spécial" de 2017 consacré aux "soeurs, la face cachée du jihad".

Sur le forum Telegram "Cuisine entre soeurs", une journaliste infiltrée avait contacté Janna, qui s'y faisait appeler "Amina".

Voix d'adolescente, accent chantant, Janna parlait de martyr en envoyant des anasheed (chants religieux) des frères Clain appelant à tuer.

"Tout ça, c'est banal ? lui demande la présidente.

- C'était ça mon quotidien. Je ne dormais pas, je ne mangeais plus".

La jeune femme assure qu'elle ne veut plus "mourir en martyr". "Je crois toujours qu'il y a une vie heureuse après la mort, mais on ne doit pas tuer des gens pour y arriver".

L'enquête avait débuté après un appel à commettre des attentats en France par le propagandiste français de l'EI Rachid Kassim, relayé sur une chaîne du réseau social Telegram.

Les enquêteurs avaient repéré Janna C. en remontant le fil des échanges de la créatrice de cette chaîne Telegram, alors mineure et poursuivie dans un dossier distinct.

Outre la préparation d'un attentat, Janna C. est aussi poursuivie pour avoir incité cette mineure à commettre un attentat et avoir voulu rejoindre la Syrie.

Djelika S., 25 ans, qui était très proche d'elle sur internet, est jugée à ses côtés. Elle avait avoué à la police qu'elle-même devait commettre une attaque au couteau et qu'elles voulaient toutes deux "tuer le maximum de personnes", mais a expliqué au tribunal qu'il s'agissait de mensonges.

Le procès se terminera dans la soirée.

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