Jacqueline Sauvage "est morte chez elle et non pas en prison, là où elle n'avait plus sa place", estime François Hollande

Jacqueline Sauvage "est morte chez elle et non pas en prison, là où elle n'avait plus sa place", estime François Hollande
Jacqueline Sauvage en février 2017.

, publié le mercredi 29 juillet 2020 à 15h55

Cette mère de famille, devenue un symbole des violences conjugales, est décédée le 23 juillet à l'âge de 72 ans.

Jacqueline Sauvage "est morte chez elle et non pas en prison là où elle n'avait plus sa place", a réagi mercredi 29 juillet sur France Bleu, François Hollande, à la mort de celle qui était devenue un symbole de la lutte contre les violences conjugales.

Cette mère de famille avait été condamnée pour avoir tué son mari violent de trois balles dans le dos. Elle était sortie de prison en décembre 2016, à la faveur d'une grâce de l'ancien président François Hollande. Elle est morte le 23 juillet à 72 ans, à son domicile de La Selle-sur-le-Bied (Loiret), a-t-on appris mercredi 29 juillet.



"Comme président, j'avais considéré que cette femme avait suffisamment souffert et qu'elle devait terminer sa vie hors de la prison", a rappelé l'ancien chef de l'Etat. "C'était une décision difficile parce que deux cours d'assises l'avaient condamnée à 10 ans de réclusion", a-t-il expliqué. "Aujourd'hui qu'elle est morte, je me dis, dans mon for intérieur et dans ma responsabilité aussi de ma charge de président que j'avais eu raison de la gracier, car elle morte chez elle et non pas en prison là ou elle n'avait plus sa place", a-t-il affirmé. "La disparition de Jacqueline Sauvage c'est surtout le rappel douloureux d'un drame conjugal qui avait bouleversé l'opinion publique parce que cette femme avait été battue tout le long de sa vie et avait souffert de nombreuses violences", a-t-il poursuivi.


L'Etat français "ne fait pas assez" pour les femmes comme Jacqueline Sauvage, a réagi l'actrice Muriel Robin sur Europe 1. "La souffrance de Jacqueline n'aura pas servi à rien. En revanche, la souffrance de beaucoup d'autres, plus de 300 par an, n'est pas entendue", a estimé l'actrice qui avait incarné Jacqueline Sauvage dans un téléfilm en 2018 sur TF1, qui avait fait un carton d'audience. "Il y a plein de Jacqueline Sauvage en France et dans le monde. On ne fait pas assez pour elles. Qui aura ces cadavres sur la conscience ? On a avancé avec le cas de Jacqueline Sauvage, mais dans le même temps on recule. On continuera de se battre", a encore ajouté l'humoriste. 

"On donne des milliards pour sauver l'économie de notre pays, comment ne trouve-t-on pas un milliard pour combattre les violences conjugales ? Je ne comprends pas comment on ne les trouve pas", s'est-elle encore indignée. "Je ne comprends pas pourquoi les bracelets électroniques contre les conjoints violents ne sont pas en place. Je suis en colère et triste". Elle a affirmé avoir rencontré Jacqueline Sauvage qui, selon elle, "avait vécu sa grâce comme une justice, un soulagement un cadeau, mais aussi comme l'injustice pour ceux qui ne l'ont pas cru". "Quand on s'appelait au téléphone, je lui demandais comment elle allait. Elle me répondait : 'Je n'ai plus peur. C'est bien de se lever le matin et de ne pas avoir peur'".


"Je suis extrêmement triste, je suis très choquée. Elle nous quitte jeune. L'ensemble de ces souffrances a participé à ce qu'elle nous quitte si tôt", a estimé l'une de ses avocates, Me Nathalie Tomasini. "Jacqueline Sauvage, par son histoire, par son affaire, a participé à éveiller les consciences par rapport à l'existence de ces femmes qui se sont battues pendant des années dans le huis clos familial et dans l'omerta de la société", a-t-elle déclaré. "C'est le parcours d'une femme qui a souffert le martyre dans le huis clos familial mais aussi après, compte tenu de l'incompréhension des magistrats", a-t-elle ajouté.

A l'instar de son avocate et de Muriel Robin, d'autres femmes politiques ont appelé à ne "plus fermer les yeux" sur les violences conjugales. "Voilà plus de 4 ans qu'elle a été graciée. Je ne regrette rien du combat mené avec ses proches. De trop nombreuses victimes continuent de souffrir en silence. Ne fermons plus jamais les yeux !", écrit notamment sur Twitter Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône.
 

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