IVG médicamenteuse : pour les gynécos, pas besoin d'arrêt de travail

IVG médicamenteuse : pour les gynécos, pas besoin d'arrêt de travail
Une infirmière montre la pillule RU486 au planning familial de l'Hopital Broussais, le 25 octobre 2000 (illustration).

Orange avec AFP, publié le mardi 21 juin 2016 à 15h47

- Le syndicat des gynécologues estime que les arrêts de travail ne sont pas nécessaires pour les femmes ayant subi une IVG médicamenteuse, et déplore que les sages-femmes aient désormais le droit d'en octroyer. -

Depuis le 5 juin 2016, un décret permet aux sages-femmes de réaliser des interruptions volontaires de grossesse (IVG) médicamenteuses.

Elles peuvent aussi prescrire un arrêt de travail de 4 jours (renouvelable une fois) à la suite de l'intervention. Cette mesure vise à faciliter l'accès des femmes à l'IVG dans le cadre de la loi de modernisation du système de santé. Mais elle ne semble pas plaire au Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof), qui estime que l'IVG médicamenteuse ne justifie pas un arrêt de travail, et que celui-ci ne devrait pas être fourni par les sages-femmes.

UN JOUR FÉRIÉ OU DE CONGÉ

Ce sont les propos de la présidente du syndicat qui ont particulièrement suscité l'indignation sur les réseaux sociaux. En évoquant l'égalité entre hommes et femmes dans le monde du travail, Élisabeth Paganelli explique dans un message publié sur Facebook que "s'il y a nécessité de quatre jours d'arrêt de travail, ce n'est pas une IVG médicamenteuse normale". Elle suggère, "si tout se passe bien", de "proposer à la patiente de choisir le jour de l'expulsion un jour férié (...) ou de poser un jour de congé" à cette occasion.



"Si on considère que la femme est l'égale de l'homme au sein du travail et qu'elle puisse enfin être payée comme l'homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes", justifie la praticienne sur sa page Facebook.

Ainsi, les femmes dont l'IVG s'est "bien passée" ne devraient pas bénéficier d'un arrêt de travail, mais plutôt poser un jour de congé ou profiter d'un jour férié pour réaliser leur IVG. Une position dénoncée par l'organisme du Planning familial, qui estime que "chaque femme choisit le moment qui lui convient le mieux" pour procéder à cet acte. Cet avis est également partagé par le médecin Martin Winckler. Interrogé par Libération, il rappelle que l'IVG médicamenteuse n'est pas un acte anodin et qu'"un arrêt de travail de 4 jours renouvelable une fois, ce n'est pas scandaleux, loin de là". "C'est la femme qui sait en quoi une IVG perturbe ou non sa vie, et c'est à elle de dire ce qui rendra les choses confortables", écrit également le médecin sur sa page Facebook.



LES SAGES-FEMMES DANS LE VISEUR DES GYNÉCOLOGUES

Le syndicat considère par ailleurs que les sages-femmes n'ont pas les compétences pour délivrer un arrêt de travail. Dans son communiqué, le Syngof met en garde contre "les prémices d'une médecine pleinement exercée par une profession qui ne l'a jamais apprise". Mais pour les organisations de sages-femmes, la pratique des IVG médicamenteuses s'inscrit pourtant dans la continuité de leurs compétences. "Les sages-femmes peuvent déjà prescrire des arrêts de travail au cours de la grossesse, d'une durée de 15 jours maximum", rappelle Élisabeth Tarraga, secrétaire générale de l'Organisation nationale des syndicats de sages-femmes, dans les colonnes de Libération.

Suite à la polémique crée par ce communiqué, qui a suscité l'indignation de certaines femmes et de la profession des sages-femmes, le Syngof a tenu à éclaircir sa position. Dans un nouveau communiqué, le syndicat "se félicite que l'IVG médicamenteuse de ville puisse être réalisée par une représentation plus étendue du personnel médical", et rappelle que "son propos s'applique à l'IVG médicamenteuse de ville pour les grossesses de moins de 5 semaines".

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