Trois ans après l'attentat raté de Notre-Dame, le procès de cinq femmes jihadistes s'ouvre aux assises

Trois ans après l'attentat raté de Notre-Dame, le procès de cinq femmes jihadistes s'ouvre aux assises

AFP, publié le lundi 23 septembre 2019 à 14h19

Un attentat raté près de Notre-Dame, une traque de cinq jours et un policier de la DGSI attaqué au couteau: le procès de cinq femmes, jihadistes présumées, s'est ouvert lundi matin devant la cour d'assises spéciale de Paris. 

Dans le box a d'abord pris place Inès Madani, la peau très pâle, les cheveux retenus en chignon. Agée de 22 ans, elle est la plus jeune des accusées mais aurait joué un rôle de "mentor" pour ses "soeurs" du jihad. 

A ses côtés, Ornella Gilligmann, une mère de trois enfants âgée de 32 ans, portant lunettes fines et queue de cheval. 

Toutes deux voulaient faire "un carnage" près de Notre-Dame, selon l'expression des magistrats instructeurs. Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, elles ont garé une voiture remplie de bonbonnes de gaz au milieu d'une rue devant des restaurants et ont tenté de l'incendier. Seul un mauvais choix de carburant a permis d'éviter une explosion meurtrière.

Dans le box, à côté d'Ornella Gilligmann, a également pris place Sarah Hervouët, âgée de 26 ans. Elle est jugée pour la seconde partie de l'affaire, des faits qui se sont déroulés à Boussy-Saint-Antoine.

Après l'attentat raté près de Notre-Dame, Inès Madani s'était retranchée dans cette petite ville de l'Essonne, dans l'appartement d'Amel Sakaou. Toutes deux avaient été rejointes par Sarah Hervouët. 

Le 8 septembre, se sachant traquées par la police, les trois femmes ont quitté l'appartement armées de couteaux de cuisine. Sur le parking, Sarah Hervouët a porté un coup de couteau à un policier en civil de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui se trouvait dans une camionnette. 

Egalement armée d'un couteau, Inès Madani a, elle, couru vers un policier qui lui a tiré dessus et l'a blessée aux jambes. Elle sera notamment jugée pour "tentative d'assassinat sur une personne dépositaire de l'autorité publique". Elle nie avoir voulu s'attaquer au policier et affirme avoir crié "Tue-moi!", voulant mourir en martyr.

Amel Sakaou a refusé de comparaître devant la cour. Ces quatre accusées encourent la perpétuité. Une cinquième femme est elle jugée pour son rôle d'intermédiaire.

- "Commando" -

Un autre accusé important manque au procès: Rachid Kassim, l'inspirateur. Tout au long de l'affaire, il a guidé ces femmes en communiquant via des messageries cryptées. Ce propagandiste du groupe Etat islamique, probablement mort en Irak, est jugé par défaut. Il avait déjà inspiré l'assassinat d'un policier et de sa femme à Magnanville (Yvelines) en juin 2016, puis, en juillet, celui d'un prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie.

La matinée de lundi a été consacrée à l'appel des témoins et à la lecture du dossier. La cour se penchera dans l'après-midi sur la personnalité des accusées, des jeunes femmes très radicalisées qui étaient connues des services de renseignement pour avoir tenté de se rendre en Syrie. 

Ce procès est une première, à plusieurs titres. C'est le premier dossier à être renvoyé aux assises parmi la vague d'attentats et de tentatives d'attentats jihadistes, qui a fait 251 morts en France depuis 2015. 

C'est aussi la première fois que cinq femmes jihadistes présumées - "un commando" comme les avait qualifiées en 2016 François Molins, alors procureur de Paris - sont jugées aux assises. Pour Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme, cette affaire a représenté "un basculement: c'est à partir de ce moment-là qu'on prend conscience du rôle des femmes" dans la nébuleuse jihadiste en France. 

La personnalité d'Inès Madani suscite un intérêt particulier. En avril dernier, la jeune femme a été condamnée à huit ans de prison pour avoir incité des candidats au jihad à rejoindre la Syrie ou à commettre des attaques en France et en Belgique, entre mars 2015 et juin 2016. Elle est connue pour avoir incité des femmes à rejoindre Daesh en utilisant des pseudonymes de combattants sur les réseaux sociaux. Au téléphone, elle modifiait sa voix pour passer pour un homme. 

Elle a ainsi réussi à séduire Ornella Gilligmann, qui n'a découvert qu'après l'attentat raté de Notre-Dame la véritable identité du combattant dont elle était tombée amoureuse sur internet: "Abou Junayd" était en réalité Inès Madani. 

Le procès, qui se tient devant la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels, devrait se terminer le 11 octobre. 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.