Incidents médicaux suspects: garde à vue prolongée pour l'anesthésiste de Besançon

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Frédéric Péchier, médecin-anesthésiste de Besançon, le 29 mars 2017, au tribunal de Besançon
Frédéric Péchier, médecin-anesthésiste de Besançon, le 29 mars 2017, au tribunal de Besançon
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© AFP, SEBASTIEN BOZON

AFP, publié le mercredi 15 mai 2019 à 19h08

Le docteur Frédéric Péchier, anesthésiste réputé des cliniques de Besançon, est-il l'auteur de dizaines d'empoisonnements de patients ? Lui clame son innocence mais la question hante de nombreux patients ou leurs familles qui espèrent une réponse après la garde à vue du médecin, qui s'achève jeudi matin.

Déjà mis en examen en 2017 pour sept empoisonnements mais laissé libre sous contrôle judiciaire, avec l'interdiction d'exercer, ce médecin de 47 ans est interrogé depuis mardi 09H00 par les enquêteurs de la police judiciaire.

Objectif: faire la lumière sur son éventuelle implication dans une cinquantaine d'autres incidents médicaux suspects, survenus dans des cliniques où il a exercé.

Parmi ces "événements indésirables graves" (EIG), selon la terminologie médicale officielle, il y a quinze décès, affirme mercredi Le Parisien-Aujourd'hui en France.

Un enfant de 4 ans, opéré des amygdales en 2016 et qui a fait deux arrêts cardiaques mais a survécu, figure parmi ces EIG, a indiqué à l'AFP Me Jean-Michel Vernier, l'avocat des parents qui ont porté plainte.

L'enfant avait été ranimé une première fois par le Dr Péchier, puis par l'équipe soignante, a indiqué le conseil.

Mercredi matin, le procureur de la République à Besançon, Etienne Manteaux, a annoncé la prolongation "pour un second délai de 24h" de la garde à vue du médecin, longtemps considéré comme l'un des meilleurs anesthésistes de la région.

- "Attente" -

L'audition ne pouvant excéder 48 heures, l'interrogatoire s'achèvera au plus tard jeudi vers 09H00, selon M. Manteaux. Ensuite, et en fonction des éléments recueillis lors de la garde à vue, M. Péchier pourrait être déféré, avant une possible mise en examen pour de nouveaux cas d'empoisonnements et un éventuel placement en détention.

M. Manteaux tiendra une conférence de presse jeudi à 17H30, a-t-il annoncé dans un communiqué.

"On attend beaucoup de l'issue de cette garde à vue pour savoir si les charges vont être alourdies ou non", a indiqué à l'AFP Sandra Simard, partie civile dans le premier volet du dossier et cofondatrice de l'association de victimes Avapolvi.

Parallèlement à la garde à vue, la direction ainsi que des personnels de la clinique Saint-Vincent de Besançon, où a exercé M. Péchier, étaient entendus. "Des membres des familles concernées par les empoisonnements sont (également) en cours d'auditions", a indiqué une source proche du dossier.

Les faits à l'origine de la garde à vue s'inscrivent dans le cadre d'une enquête préliminaire, ouverte discrètement en 2017 par le parquet, parallèlement à la mise en examen de M. Péchier pour les sept empoisonnements. Elle porte sur une cinquantaine de signalements d'EIG qui pourraient dissimuler des "faits d'empoisonnement potentiels" dans des établissements où il exerçait, selon une source proche du dossier.

Interrogé mardi soir par l'AFP, l'avocat de Frédéric Péchier, Me Randall Schwerdorffer, a assuré que l'on est "très en-dessous d'une cinquantaine de cas" suspects.

Son client maintient "qu'il n'a jamais été impliqué de près ou de loin dans un empoisonnement", a-t-il ajouté.

La défense de M. Péchier parle "d'acharnement judiciaire", mais "il y a une convergence d'éléments à son encontre", oppose Frédéric Berna, l'un des avocats des parties civiles.

- "Pompier-pyromane" -

Dans la première "affaire Péchier", les sept cas d'empoisonnement identifiés étaient ceux de patients âgés de 37 à 53 ans qui avaient subi, entre 2008 et 2017, des interventions chirurgicales ne présentant pas de difficultés particulières. Ils avaient pourtant fait des arrêts cardiaques, deux d'entre eux étant décédés et les cinq autres ayant pu être ranimés.

M. Péchier, qui n'était pas en charge de ces patients, avait été appelé pour en secourir certains.

L'enquête a établi que des doses potentiellement létales de potassium et d'anesthésiques avaient été administrées volontairement, provoquant les arrêts cardiaques.

Les soupçons des enquêteurs se sont portés sur cet anesthésiste qui exerçait dans les deux établissements où les incidents se sont produits.

Privilégiant la thèse du "pompier pyromane", les enquêteurs le soupçonnent d'avoir sciemment modifié les poches d'injection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

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