Chimiothérapie 5-FU : le test de toxicité désormais obligatoire

Chimiothérapie 5-FU : le test de toxicité désormais obligatoire
Une infirmière installe une perfusion à une patiente avant une séance de chimiothérapie, le 17 janvier 2007 au centre hospitalier Oscar Lambret de Lille.

Orange avec AFP-Services, publié le mercredi 01 mai 2019 à 13h29

Les traitements contre le cancer à base de 5-fluorouracile (5-FU) peuvent provoquer des effets toxiques mortels chez certains patients souffrant d'un déficit d'une certaine enzyme. L'Agence du médicament rend obligatoire le dépistage, après les plaintes de quatre familles de victimes, en février dernier. 

C'est une victoire pour les patients souffrant d'un cancer. Les chimiothérapies à base de "5-FU" ne pourront désormais être prescrites que si un test de sensibilité a été réalisé, a annoncé l'Agence du médicament (ANSM) lundi 29 avril. Les anticancéreux à base de 5-FU, ou son précurseur la capécitabine, sont très utilisés en chimiothérapie, seuls ou associés à d'autres médicaments. Mais, chez certains patients présentant un déficit d'une enzyme particulière, les effets toxiques du 5-FU sont décuplés car ils ne parviennent pas à éliminer le médicament. Il faut alors adapter la dose ou utiliser d'autres molécules. 

Le test se fait "par simple prise du sang et mesure de l'uracilémie par un laboratoire d'analyses", qui permet de s'assurer que l'enzyme fonctionne correctement, précise l'ANSM. 

Un test à 40 euros, remboursé par l'Assurance maladie

Concrètement, le médecin prescripteur devra mentionner "Résultats uracilémie pris en compte" sur son ordonnance, et le pharmacien qui délivre le produit devra s'assurer "de la présence de cette mention avant toute dispensation". Franceinfo, qui a révélé l'information, précise que le test coûte 40 euros et sera remboursé par l'Assurance maladie. 

En février, quatre familles de victimes de la toxicité de cette molécule - dont trois cas mortels - ont porté plainte contre X. Elles reprochent aux autorités sanitaires de ne pas avoir recommandé plus tôt ce test, pratiqué depuis plusieurs années par certains centres hospitaliers. C'est en décembre 2018 que les autorités ont recommandé la réalisation systématique du test permettant de dépister les patients à risque avant de démarrer le traitement. 

"Il aura fallu 19 ans pour réussir à rendre obligatoire un test qui aurait pu sauver la vie de milliers de personnes"

Pourtant, selon Céline Lis-Raoux, présidente de l'association de lutte contre le cancer RoseUp, interrogée par Franceinfo, les premières alertes de pharmacovigilance sur les dangers du 5-FU datent de 2000. "Ça veut dire qu'il aura fallu 19 ans pour réussir à rendre obligatoire un test qui aurait pu sauver la vie de milliers de personnes", regrette-t-elle. 

Chaque année en France, environ 90.000 personnes atteintes d'un cancer - principalement digestif, du sein ou ORL - sont nouvellement traitées avec le 5-FU, d'après l'Institut national du cancer (INCa). Selon l'ANSM, entre 0,05% et 0,1% de la population présente un déficit complet de l'enzyme en cause (DPD), et 3% à 8%, un déficit partiel. L'Agence européenne du médicament (EMA) a entamé une "réévaluation" du 5-FU, à la demande de l'agence française du médicament, pour "renforcer les conditions d'utilisation" mentionnées dans les autorisations de mise sur le marché.

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