Incendie mortel à Marseille : Samia Ghali pointe "le squat qui fragilise l'immeuble"

Incendie mortel à Marseille : Samia Ghali pointe "le squat qui fragilise l'immeuble"©CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

publié le samedi 17 juillet 2021 à 18h10

"Nous avons au moins l'existence de deux départs de feu, l'un au sixième étage, l'autre dans la cage d'escalier. Ce qui nous fait partir sur une piste criminelle", a déclaré la procureure de Marseille, Dominique Laurens, lors d'un point presse ce samedi 17 juillet.

Une "piste criminelle".

C'est vers quoi s'oriente l'enquête autour de l'incendie dans un immeuble squatté du 14e arrondissement de Marseille, dans lequel trois migrants nigérians ont péri ce samedi 17 juillet à l'aube, selon la procureure de Marseille, Dominique Laurens.



"Nous avons au moins l'existence de deux départs de feu, l'un au sixième étage, l'autre dans la cage d'escalier. Ce qui nous fait partir sur une piste criminelle", a déclaré la procureure lors d'un point presse, s'inquiétant de la situation très tendue sur place entre des Nigérians squattant la résidence et des trafiquants de drogue.

Pour Samia Ghali, adjointe du maire de Marseille pour l'Egalité des territoires, "s'il reste à déterminer l'origine du drame, ce que l'enquête éclaircira, il n'en demeure pas moins que la situation invivable des squats connus dans les logements depuis de nombreux mois et années génère aux Flamants comme dans d'autres cités de Marseille une dangerosité et des risques importants pour les habitants et les occupants", a-t-elle dénoncé.

Au micro de Franceinfo, elle a également estimé que "c'est le squat qui fragilise l'immeuble". "Ils ont percé les murs maîtres, ils ont tiré les colonnes électriques de l'immeuble d'à côté pour s'alimenter en électricité. Et du coup ils fragilisent eux-mêmes l'immeuble en réalité", a continué Samia Ghali.



"Il faut vite fermer ces logements, les mettre en sécurité pour que personnes ne viennent y habiter", a fermement demandé l'adjointe du maire de Marseille.

Importants problèmes de mal-logement

Trois hommes ont péri et un enfant de deux ans a été grièvement blessé samedi dans l'incendie d'un immeuble en partie squatté dans un quartier déshérité de Marseille, ville frappée par d'importants problèmes de mal-logement.

Les trois hommes qui ont trouvé la mort en tentant de sauter de l'immeuble pour échapper aux flammes sont des migrants sans papiers, a indiqué à l'AFP une source judiciaire. Un enfant de deux ans est lui hospitalisé, entre la vie et la mort. Un autre adulte a également été blessé et huit personnes intoxiquées, selon la préfecture de police.

Des draps noués pendant d'un appartement de ce bâtiment d'une dizaine d'étages témoignent de la panique qui a saisi les occupants voulant fuir le feu par l'extérieur, ont constaté des journalistes de l'AFP.

L'incendie a pris dans les parties communes dans ce bâtiment de la résidence des Flamants, propriété d'un bailleur social, où vivaient également des squatteurs, notamment des migrants nigérians. "Le feu est parti des gaines techniques", à l'aube, a précisé à l'AFP la préfète de police Frédérique Camilleri.

"Il y a un point de deal (de drogue) notoire ici et il y a des tensions entre les habitants et les trafiquants. Notre objectif est de sécuriser les opérations de secours afin que toutes les personnes puissent être mises à l'abri", a-t-elle ajouté.

De nombreuses réactions

"Toutes mes condoléances aux familles des victimes décédées dans l'incendie d'un immeuble à Marseille", a tweeté le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en remerciant les marins-pompiers pour leur intervention.


"Drame terrible" a réagi le maire de Marseille Benoît Payan qui s'est rapidement rendu sur les lieux. "Drame absolu", a abondé la présidente du département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal.



"L'incendie est terminé. Le travail d'évacuation et de relogement des habitants a commencé", a de son côté indiqué à l'AFP la préfecture des Bouches-du-Rhône sans pouvoir préciser combien de personnes sont concernées.

Des familles portant des valises et poussant des chariots contenant leurs affaires quittaient l'immeuble dans une ambiance lourde. Femmes et enfants sont mis à l'abri en priorité dans une salle d'accueil improvisée par l'ONG Médecins du Monde et Sara Logisol, équipe mobile d'aide qui travaille avec le 115.

"L'immeuble incendié n'a toujours pas pu être réhabilité"

La résidence "Les Flamants", construite en 1972, est propriété de 13 Habitat, qui se présente comme le premier office HLM de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur avec 33.500 logements gérés. Elle fait l'objet d'un projet de rénovation urbaine mais "l'immeuble incendié n'a toujours pas pu être réhabilité", a indiqué à l'AFP un porte-parole de 13 Habitat.

"La situation était très préoccupante" sur ce bâtiment qui devait être détruit mais il ne faisait l'objet d'aucun arrêté de péril, selon le président d'Habitat 13, Lionel Royer-Perreault. Au moment de l'incendie, il restait au total 14 locataires légaux dans l'immeuble.

Marseille avait été touchée par un drame de l'habitat insalubre en novembre 2018 lorsque deux immeubles situés dans un quartier populaire du centre s'étaient effondrés, faisant huit morts.

L'ampleur du mal-logement dans la deuxième ville de France avait été révélée en 2015 par le rapport Nicol, qui recensait 40.000 taudis, soit 100.000 personnes concernées sur 860.000 habitants.

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