Implant contraceptif Essure : un nouveau scandale en vue pour Bayer ?

Implant contraceptif Essure : un nouveau scandale en vue pour Bayer ?
Présentation d'un micro implant, un "stent occlusif", qui entraîne l'obstruction des trompes, une technique de stérilisation féminine irréversible, le 20 avril 2004 à Marseille.

Orange avec AFP, publié le vendredi 09 décembre 2016 à 10h04

Le Parisien révèle ce vendredi 9 décembre ce qui pourrait être le prochain scandale sanitaire d'ampleur en France : les implants contraceptifs Essure du laboratoire Bayer sont mis en cause par deux plaignantes qui ont eu recours à cette contraception définitive. La raison : des effets secondaires irréversibles.

"Je demande que des experts soient nommés, afin de chiffrer les préjudices dont sont victimes deux patientes que je représente.

On n'est qu'au début d'un très gros dossier de santé publique. Une première audience devrait se tenir en janvier". Charles Joseph-Oudin, l'avocat des victimes du Mediator, s'engage dans un nouveau combat et confie au Parisien qu'il lance la première action judiciaire en France contre l'Allemand Bayer pour ses implants contraceptifs Essure.

Cet implant contraceptif définitif permet aux femmes majeures qui ont des enfants ou à celles sûres de ne pas en vouloir, de provoquer une obstruction des trompes de Fallope, rendant ainsi impossible la fécondation par les spermatozoïdes. En France, elles sont 120.000 à s'être fait poser ce dispositif médical, mis sur le marché depuis 2002. Ils ont la forme d'un petit ressort et sont implantés sans anesthésie générale, sur le modèle de la pose du stérilet.



Or de nombreuses femmes porteuses de l'implant pointent des effets secondaires "dramatiques" : épuisement, dépression, douleurs "terribles" au ventre sont les plus recensés.

"SOUS SURVEILLANCE RENFORCÉE"


Pour l'instant, Me Joseph-Oudin a deux clientes, dont l'une, la Lorraine Marielle Klein, est le visage de cette lutte. Mais Le Parisien révèle qu'il examine vingt-huit autres dossiers. "A 34 ans, je venais d'avoir mon cinquième enfant et je comptais m'arrêter là. Je ne souhaitais pas reprendre la pilule et je n'avais pas non plus supporté le stérilet. Ma gynécologue m'a alors proposé ce fameux jour une technique de contraception définitive que je ne connaissais pas", confie la mère de famille trentenaire au Parisien. "Cela avait l'air sans problème, j'ai dit oui". Après de graves complications, elle s'est fait retirer l'implant en début d'année, mais elle veut comprendre comment ça a pu arriver. (...) J'ai choisi d'aller devant le juge car je veux avoir des explications du fabricant. Je suis sûre que le laboratoire ne nous dit pas tout. Seuls les experts judiciaires indépendants pourront nous renseigner précisément sur ce que contiennent ces implants, et pourquoi ils nous ont rendues si malades. C'est fou de constater que, si je n'avais pas remué ciel et terre, personne en France n'en saurait rien".

Une pétition a déjà récolté plus de 45.000 signatures. Elle demande expressément à Marisol Touraine, la ministre de la Santé, d'agir contre ce dispositif. Et l'ANSM, l'Agence nationale de sécurité du médicament, a placé l'implant Essure "sous surveillance renforcée", en raison d'une hausse du nombre de signalements, "42 en 2012, 58 en 2013, 142 en 2014, 242 en 2015 et 162 entre janvier et octobre 2016."

Du côté des gynécologues, qui sont actuellement réunis en congrès annuel à Montpellier, la vigilance est aussi de mise. "Certaines femmes ont recours à Essure parce qu'elles ont eu leur compte de grossesses et ne souhaitent pas une contraception hormonale. D'autres parce qu'elles ont eu des fausses couches à répétition qui nuisent à leur santé, ou parce qu'elles ont des contre-indications aux hormones", explique dans Le Parisien Israël Nisand. Quatre patientes s'étant fait retirer cet implant pour cause de complications graves doivent témoigner devant les professionnels ce vendredi. Leur objectif : "la nomination d'un comité scientifique chargé de mesurer les effets secondaires d'Essure". Et aviser "si un protocole national de retrait est nécessaire".

Contacté par Le Parisien, le laboratoire Bayer a réagi à cette affaire en bottant en touche. "La sécurité des patients est la priorité première de Bayer. Le dispositif médical Essure est un moyen de contraception présentant un rapport bénéfice/risque positif, pour les femmes qui n'ont plus de désir de maternité et qui souhaitent une contraception définitive. Depuis 2002, la sécurité et l'efficacité de la méthode ont été confirmées par plus d'une décennie de recherches scientifiques. Comme pour toute procédure médicale, des effets secondaires peuvent apparaître : il s'agit principalement de crampes, de nausées, de vomissements, de vertiges, d'étourdissements et de saignements. Des douleurs dorsales, abdominales ou pendant les rapports peuvent survenir".

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