Immigration illégale : un ancien officier de police dénonce des dérives

Immigration illégale : un ancien officier de police dénonce des dérives

Des policiers évacuent un camp de migrants de la Porte-de-la-Chapelle à Paris le 18 août 2017.

A lire aussi

Orange avec AFP, publié le mercredi 13 septembre 2017 à 21h45

Selon cet ex-agent de l'unité de lutte contre l'immigration irrégulière du Val-de-Marne, qui a envoyé un courrier au parquet de Créteil, le service serait régi par des exigences de chiffres.



Interpellations sans motif, objectifs chiffrés, incitation à contrôler en fonction de la couleur de peau, ou en priorité les femmes...

Dans une lettre adressée au parquet de Créteil (Val-de-Marne), en région parisienne, un ex-officier de police judiciaire (OPJ) de l'unité de lutte contre l'immigration irrégulière du département dénonce les dérives de cette dernière. Ce service est rattaché, comme ceux des Hauts-de-Saine et de Seine-Saint-Denis, à une nouvelle sous-direction de la préfecture de police de Paris, explique Le Parisien, qui publie, mardi 12 septembre, des extraits du courrier, dont l'AFP a obtenu une copie.

• DES INFRACTIONS PRÉTEXTES

Premier grief : des contrôles d'identité qui seraient menés sans motif, contrairement à ce que pose le cadre juridique. Pourtant, constate le policier, "l'objet réel de ces contrôles d'identité est le contrôle de régularité du séjour des étrangers et non la recherche d'infractions".

Le fonctionnaire, qui a depuis quitté l'unité, souligne notamment que les contrôles sont "effectués au minimum deux fois par semaine" et "systématiquement" dans les gares RER et métros. Des lieux où l'"on peut légitimement douter" que des infractions telles que les vols par effraction ou les vols de véhicules soient commises, ajoute-t-il.

Interrogée par le quotidien, la préfecture se justifie : "Les flux migratoires constatés sur la capitale et en banlieue, sont tels qu'ils donnent lieu à l'interpellation d'étrangers en infraction aux règles du séjour (...). Ces contrôles (...) concernent toutes les personnes, sans distinction, présentes dans le lieu visé par la réquisition".

• POLITIQUE DU CHIFFRE

Deuxième dérive, pointée du doigt dans le document que s'est procuré le quotidien : les objectifs chiffrés d'interpellations de sans-papiers fixés aux policiers. Selon le policier, elles étaient "initialement" de 5 conduites au poste par opération, avant "de passer à 7 puis à 10 actuellement". L'ex-OPJ affirme dans sa lettre avoir "dû justifier à plusieurs reprises du nombre insuffisant d'étrangers en séjour irrégulier conduits au poste".

Le fonctionnaire dénonce les "risques" de cette politique. "Certains de mes collègues contrôlaient les identités de personnes choisies non pas aléatoirement mais en raison de critères laissant penser qu'elles étaient étrangères, notamment la couleur de leur peau", affirme-t-il ainsi.

Des affirmations là aussi démenties par la préfecture, qui assure qu'"aucun objectif chiffré n'est fixé aux policiers en matière de lutte contre l'immigration irrégulière".

• REMPLIR UN CENTRE DE FEMMES "JUSQU'À CE QU'IL DÉBORDE"

L'ancien officier s'inquiète également du cas du centre de rétention administrative (CRA) de femmes de Paris, que la préfecture aurait demandé de "remplir jusqu'à ce qu'il déborde". Une consigne qui aurait été formulée en juin, par le sous-directeur de la lutte contre l'immigration irrégulière, dans un mail que Le Parisien reproduit. Peu remplie à l'époque, la partie réservée aux femmes du CRA de Paris, situé dans le Bois de Vincennes, risquait de fermer. Il aurait fallu "aller les coucher au Mesnil-Amelot", en Seine-et-Marne, explique le mail du sous-directeur, qui craint de "perdre du temps".

Sur ce point encore, la préfecture a une réponse. "Le CRA femme va fermer ses portes dans quelques semaines. Son taux d'occupation inférieur à 30% est très faible. Ceci démontre qu'aucune instruction n'est donnée pour augmenter le nombre de femmes conduites au CRA", assure-t-elle au Parisien.

• NE PAS PERDRE DE TEMPS AVEC LES MIGRANTS NON EXPULSABLES

Enfin, l'auteur de la missive regrette qu'on demande aux policiers de cibler les migrants expulsables, c'est-à-dire ceux qui n'ont ni demande de titre de séjour en cours d'examen, ni rendez-vous en préfecture. Pour "des résultats probants", il est demandé aux fonctionnaires de cibler les "Dublinais", ces étrangers qui ont déposé une demande d'asile dans un autre État, qui peuvent, eux, être expulsés. Selon ce qu'affirme le policier, cité par le quotidien, "ils sont interpellés lors d'opérations ciblées notamment dans les centres d'hébergement d'urgence ou au guichet de la préfecture".

Grotesque, répond la préfecture. "Comment peut-on cibler des Dublinais lors d'un contrôle d'identité ? À supposer que ce soit légalement possible, ce qui n'est pas le cas, c'est en tout état de cause, impossible dans la réalité".

Le président Emmanuel Macron a récemment jugé que "nous reconduisons beaucoup trop peu" d'immigrés en situation irrégulière à la frontière. "Je veux que l'on engage la refondation complète de notre politique d'asile et d'immigration", a-t-il déclaré le 5 septembre, souhaitant voir une nouvelle loi début 2018.

 
39 commentaires - Immigration illégale : un ancien officier de police dénonce des dérives
  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]