Il y a 50 ans, les Shadoks révolutionnent la télé française

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Une personne visite une exposition consacrée aux Shadoks, créés par Jacques Rouxel, au Musée international des arts modestes de Sète le 17 septembre 2016
Une personne visite une exposition consacrée aux Shadoks, créés par Jacques Rouxel, au Musée international des arts modestes de Sète le 17 septembre 2016
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© AFP, PASCAL GUYOT
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AFP, publié le vendredi 27 avril 2018 à 09h08

"Et voilà les Shadoks": le 29 avril 1968, il y a 50 ans, les Français voient débarquer à la télé de drôles d'oiseaux qui font souffler un vent de subversion sur la très sage ORTF, dans un dessin animé controversé qui deviendra culte.

Les Shadoks, ce sont des oiseaux rondouillards longs sur pattes, dont l'activité emblématique est de "pomper". Ils ont quatre syllabes pour tout vocabulaire ("ga, bu, zo, meu"), et tentent de quitter leur planète pour la Terre avec des machines improbables qui ne fonctionnent jamais.

"A gauche du ciel, il y avait la planète Shadok. Elle n'avait pas de forme spéciale, ou plutôt elle changeait de forme", explique le premier épisode de cette "BD de télévision" absurde au dessin minimaliste, créée par l'ancien publicitaire Jacques Rouxel, contée par le truculent comédien Claude Piéplu et rythmée par la musique stridente et les bruitages de Robert Cohen-Solal.

Aux Shadoks, bêtes et méchants, sont opposés les Gibis, bestioles affublées d'un chapeau melon, futées et sympathiques, qui doivent leur nom à la prononciation anglaise des initiales de la Grande-Bretagne. Les Gibis tentent aussi de quitter leur planète, plate et qui penche, pour aller sur Terre.

Cet ovni télévisuel, agrémenté de concepts loufoques comme "le permis de pas conduire", "le tiercé à un seul cheval" ou "l'antimémoire", fourmille de maximes absurdes dont certaines sont passées dans le langage courant, comme "pourquoi faire simple quand peut faire compliqué?"

Rouxel, qui a vécu à New York, est influencé par les "comic strips" américains comme Snoopy, l'illustrateur Saul Steinberg et des auteurs comme Raymond Queneau. Les Shadoks sont fabriqués sur l'animographe, un prototype du service de la recherche de l'ORTF. 

Les épisodes, diffusés juste après le journal du soir, ne durent que deux minutes. Mais leur impact est retentissant dans un pays qui ne compte que deux chaînes de télévision. 

- La France divisée en deux -

Ce programme avant-gardiste détonne face aux succès d'animation policés de l'époque, "Bonne nuit les petits" ou "Le Manège enchanté". L'ORTF croule sous le courrier, scandalisé ou admiratif. 

Certains verront dans ce vent de liberté un signe précurseur des événements de mai 68.

Deux semaines après leur lancement, les Shadoks sont privés d'antenne dans un pays paralysé par une grève générale. Ils reviennent à l'écran en septembre. En février 1969, ils sont rediffusés, suivis d'une émission sur "le courrier des Shadoks", lu et commenté avec dérision par le comédien Jean Yanne.

"La France a été divisée en deux, ça a été une nouvelle affaire Dreyfus, les gens envoyaient des lettres, disaient +Les Shadoks c'est une émission immonde, le dessin n'est pas beau, les auteurs sont des analphabètes+", explique le comédien dans le premier opus des "Français écrivent aux Shadoks".  

Un lieutenant-colonel juge ainsi que "ces dessins sont horribles à voir, ils sont incohérents, les Shadoks n'ont ni queue ni tête".

De nombreuses missives réclament que l'on montre plutôt des "interludes" avec de beaux paysages de France. 

Pour d'autres téléspectateurs, "les Shadoks scintillent comme une étoile au milieu de la nullité des programmes actuels". 

Un jeune de 14 ans "proteste contre le courrier diffamatoire" et se dit "fanatique des Shadoks". 

Après les 52 épisodes initiaux, trois autres saisons seront diffusées, en 1970, en 1974-75 et en 2000 (Canal+), totalisant 208 épisodes. Les Shadoks ont aussi été déclinés en langues régionales, ainsi qu'en BD et jeu sur CD-Rom. Une exposition leur a même été consacrée en 2016 au Musée international des arts modestes de Sète.

Jacques Rouxel "nous a transmis un monde époustouflant qui nous emmenait très loin sur une planète qui était finalement la nôtre, avec des histoires farfelues et des métaphores basées sur une philosophie de la vie et de l'humain", estimait Claude Piéplu en 2004, lors du décès du créateur des Shadoks. 

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