Huit mois de mobilisation qui ont ramené les banlieues dans l'agenda politique

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Jean-Louis Borloo à Paris, le 1er décembre 2016
Jean-Louis Borloo à Paris, le 1er décembre 2016
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© AFP, JOEL SAGET
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AFP, publié le lundi 21 mai 2018 à 10h22

Ils sont de bords politiques parfois opposés mais ont uni leurs forces pour que la politique de la Ville revienne dans l'agenda gouvernemental: élus et associations sont mobilisés depuis huit mois et attendent beaucoup des annonces d'Emmanuel Macron pour la banlieue mardi.

L'alliance entre des maires communistes et de droite peut paraître contre-nature "mais si ce gouvernement avait été gentil avec les quartiers, on n'en serait pas là", assure Catherine Arenou, maire Les Républicains de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). En cause, les 46 millions d'euros retirés au budget de la politique de la Ville et la fin des emplois aidés décidés au cœur de l'été.

"On a eu l'impression d'être piégés pendant les vacances et on voyait se profiler la loi de Finances 2018", rapporte Mme Arenou. "Très rapidement, s'est posée la question de comment on rouspétait ensemble", ajoute-t-elle.

Première initiative: une tribune dans le Journal du Dimanche le 5 août, dans laquelle six maires déclarent "l'état d'urgence" pour les quartiers populaires, "au bord de l'épuisement".

Derrière ce cri d'alarme, Jean-Philippe Acensi: président de "Bleu-Blanc-Zèbre", une association qui a joué un rôle moteur dans la mobilisation. C'est lui qui a appelé les élus pour rédiger la tribune et leur a suggéré le patronage de Jean-Louis Borloo, avec qui il travaille depuis décembre 2016 sur la question des banlieues.

"La tribune a fait un tabac et on s'est tous vus fin août chez Borloo, les maires, les associations... On était une petite vingtaine. Et l'histoire a commencé comme ça", explique celui qui a fait de l'ancien ministre de la Ville la tête de pont du collectif.

La figure de Borloo n'a pas fait débat. "Il a été maire de Valenciennes, donc il connaît la misère et il connaît les circuits de l'État", salue Philippe Rio (PCF), maire de Grigny (Essonne).

"Les élus ont un souvenir positif de lui, renchérit Gilles Leproust (PCF), maire d'Allonnes (Sarthe), en soulignant que M. Borloo a donné corps en 2004 à l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), qui a changé le visage des quartiers avec 47 milliards d'euros d'investissements.

- "Porte-parole" autoproclamés -

Le 16 octobre, les états généraux de la politique de la ville réunissent 1.000 personnes à Grigny à l'initiative d'une centaine de maires et de "Bleu-Blanc-Zèbre". Il en ressort un "appel de Grigny" listant dix mesures urgentes pour les quartiers.

Leurs auteurs sont invités à déjeuner à l'Élysée un mois plus tard, la veille d'un déplacement d'Emmanuel Macron dans le Nord, où il appelle à une "mobilisation nationale" pour les quartiers prioritaires de la ville. Jean-Louis Borloo se voit alors confier la rédaction d'un rapport, censé servir de base à un futur plan banlieue.

"Quand on a lancé l'appel de Grigny, la feuille était blanche et aujourd'hui, on a un rapport finançable de 160 pages", se réjouit Philippe Rio. "Ce qu'on a fait, c'est unique dans l'histoire de la République", affirme même Jean-Philippe Acensi.

Un enthousiasme que tient à tempérer le député du Val-d'Oise François Pupponi (PS), partie prenante du collectif à ses débuts mais qui a depuis pris ses distances.

Le rapport Borloo contient "des choses qu'on connaît déjà, qui ont déjà été mises en œuvre", regrette l'ancien président de l'Anru, soulignant aussi l'absence de mesures "contre la radicalisation" islamiste ou "d'une politique de peuplement" afin d'enrayer "la ghettoïsation". "Je trouve qu'il peut y avoir de leur part un peu de naïveté", poursuit celui qui a été maire de Sarcelles de 1997 à 2017.

Membre du Conseil présidentiel des villes, instance lancée en mars pour nourrir la réflexion du président Macron sur la politique de la ville et qui se réunira pour la premier fois sous sa houlette mardi, Mohamed Mechmache approuve les conclusions du rapport Borloo dans ses grandes lignes.

Il juge néanmoins la méthode peu démocratique: le fondateur de la coordination "Pas sans Nous" regrette que les acteurs "qui vivent les inégalités et les injustices au quotidien, n'aient pas été associés" au processus. Sans oublier, dit-il, "l'hypocrisie" de certains élus qui se sont érigés en "porte-parole" de la banlieue, alors qu'ils font la "misère aux associations" et pratiquent le "clientélisme". 

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