Hôpitaux de Paris: les urgences toujours mobilisées, avant une grève plus large

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Des soignants des urgences de l'AP-HP attachent des banderoles à l'entrée de La Pitié-Salpêtrière à Paris, le 15 avril 2019, pour protester contre leurs conditions de travail.
Des soignants des urgences de l'AP-HP attachent des banderoles à l'entrée de La Pitié-Salpêtrière à Paris, le 15 avril 2019, pour protester contre leurs conditions de travail.
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© AFP, KENZO TRIBOUILLARD

AFP, publié le jeudi 18 avril 2019 à 17h53

"Porte d'entrée" d'un milieu en souffrance, plusieurs services d'urgences de l'Assistance publique- Hôpitaux de Paris étaient toujours en grève illimitée jeudi, avant le démarrage d'une grève générale de 24 heures vendredi, à laquelle est appelé "l'ensemble du personnel" de l'institution francilienne.

Selon des représentants de SUD et de la CGT, depuis lundi, une dizaine d'établissements ont rejoint le mouvement entamé mi-mars aux urgences de l'hôpital Saint-Antoine, à la suite d'une série d'agressions, sans pour autant perturber la continuité des soins, les personnels pouvant être assignés.

Conditions d'exercice dégradées, impossibilité de faire "son travail correctement", patients qui attendent des heures sur des brancards... Les soignants en ont "ras-le-bol", a résumé pour l'AFP l'urgentiste et syndicaliste CGT Christophe Prudhomme.

"On répète les mêmes choses depuis 20 ans, aucune mesure n'a été prise", s'indigne celui qui aimerait voir "la mayonnaise monter" au niveau national.

Pour l'heure, à l'AP-HP, la direction évoquait jeudi un taux de mobilisation (grévistes absents ou assignés) d'un peu plus de 30%, comme lundi.

"On continue de mettre la pression", s'est félicitée Cathy Le Gac, dont le syndicat SUD réclame, comme la CGT, un renforcement des effectifs et des primes de 300 euros par mois.

"La direction n'est pas sourde à nos revendications", a-t-elle ajouté, en citant les "avancées" obtenues comme "un million d'euros mis sur la table pour la sécurisation des locaux" ou la titularisation progressive des contractuels. Mais "côté effectifs, on est loin du compte", a regretté Mme Le Gac.

La direction vient d'annoncer la création de 61 emplois supplémentaires, à répartir dans l'ensemble des services d'urgences, où les effectifs à l'avenir "évolueront proportionnellement à l'activité", selon un document de synthèse consulté par l'AFP.

Mais il faudrait 700 postes de plus, rappellent les syndicats, qui s'appuient sur les recommandations professionnelles.

Concernant les rémunérations, un "forfait spécifique d'heures supplémentaires" de 250 euros, versé à "titre exceptionnel", s'ajoutera à une "indemnité pour travaux dangereux" de 65 euros par mois.

Une nouvelle réunion de négociation devrait avoir lieu mardi.

- "Une véritable colère" -

D'ici là, l'ensemble des 100.000 agents de l'AP-HP auront été appelés à manifester leur colère, lors d'une grève générale symbolique d'une journée, vendredi, jour d'un conseil de surveillance. 

Fait inédit depuis la réforme du temps de travail en 2015, l'ensemble des principaux syndicats de l'AP-HP (CGT, SUD, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC, Unsa), auquel s'est joint le SMPS (manageurs publics de santé) ont déposé un préavis de jeudi à 21H00 à samedi à 07H00.

Un rassemblement est en outre prévu vers 8H30 devant le siège de l'AP-HP, avenue Victoria, dans le IVe arrondissement.

L'intersyndicale demande "l'arrêt des fermetures de services (...), des plans d'économies et des suppressions d'emplois", une "revalorisation" des salaires ou encore un budget "à la hauteur des besoins de la population". 

Plus généralement, elle s'inquiète du plan de réorganisation de l'AP-HP avec la constitution de "supra-groupes hospitaliers", a précisé Jean-François Mussard, de la CFDT, pour qui le directeur général, Martin Hirsch, "fait passer en force son projet".

Jusqu'à la moitié des lits de gériatrie seront par ailleurs supprimés, a ajouté Cathy Le Gac.

De son côté, la direction a proposé mardi aux syndicats de lancer "une réflexion stratégique sur le développement de l'offre gériatrique, très chère à l'institution", pour tenir compte des évolutions du secteur, selon le directeur général adjoint, Pierre-Emmanuel Lecerf.

Il a par ailleurs rappelé les actions prévues en matière d'amélioration des conditions de travail comme le remplacement systématique des congés maternité et l'intérêt des regroupements pour les "investissements lourds" et les projets médicaux en commun.

Confrontée à une forte dégradation de ses comptes depuis 2017, l'AP-HP a serré la vis sur ses dépenses de personnel, gelées jusqu'en 2023. Cela s'est traduit par la suppression nette de 405 équivalents temps plein (ETP) l'an dernier et une nouvelle diminution prévue de 779 ETP cette année.

"Ça craque de partout. Il y a une véritable colère!" a prévenu Christophe Prudhomme, à l'adresse de la direction du "plus grand CHU d'Europe".

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