Hollande : "Cette guerre contre le terrorisme, nous la gagnerons"

Hollande : "Cette guerre contre le terrorisme, nous la gagnerons"
Le président de la République, François Hollande, mardi 26 juillet à l'Élysée.

, publié le mardi 26 juillet 2016 à 21h18

- François Hollande s'est exprimé ce mardi soir depuis l'Élysée après l'attentat perpétré dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen (Seine-Maritime), où un prêtre catholique de 85 ans, Jacques Hamel, a été égorgé par "deux terroristes se réclamant de Daech". Le chef de l'État a appelé les Français à "faire bloc" pour gagner la guerre contre "la haine et le fanatisme".

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"Cette guerre sera longue. Ce qui est visé, c'est notre démocratie. Elle est la cible, elle sera notre bouclier", a déclaré François Hollande lors de cette allocution télévisée depuis l'Élysée. "Françaises, Français, faisons bloc, c'est ainsi que nous gagnerons la guerre contre la haine et le fanatisme. Car je vous l'assure, cette guerre nous la gagnerons", a ajouté le président de la République.


"Tuer un prêtre, c'est profaner la République, qui garantit la liberté de conscience", a expliqué François Hollande. C'est semer l'effroi, car ce que veulent les terroristes, c'est nous diviser, nous séparer, nous déchirer". "Les catholiques de France et du monde sont meurtris et ce sont tous les Français quelles que soient leur confession et leurs convictions qui se sentent atteints au plus profond d'eux-mêmes", a ajouté le chef de l'État.


PAS DE MESURES D'EXCEPTION

François Hollande a également répondu aux critiques de l'opposition. Le président des "Républicains", Nicolas Sarkozy, a notamment mis la pression sur l'exécutif ce mardi, en appelant à être "impitoyables" avec les terroristes et à oublier "sans délais" les "arguties juridiques, les précautions" et autres "prétextes à une action incomplète". "Cette situation doit nous conduire à la plus grande lucidité et à enfin comprendre que nous devons changer profondément la dimension, la mesure, la stratégie de notre riposte", a expliqué l'ancien chef de l'État et ministre de l'Intérieur. "Notre ennemi n'a pas de tabous, n'a pas de limites, n'a pas de morale, n'a pas de frontières", a-t-il martelé.

Depuis plusieurs mois, une partie de la droite demande au gouvernement d'aller plus loin dans sa réponse législative au terrorisme. Elle demande notamment de mettre en rétention administrative les fichés S soupçonnés de radicalisation (la fiche S est un simple élément de surveillance créé par les services de renseignement) ou encore d'instaurer la rétention de sûreté à l'issue de la peine pour les personnes condamnées pour des crimes terroristes. Des mesures non retenues par le gouvernement et la majorité, car jugées contraires à la Constitution et au droit international, ou tout simplement inefficaces.

"Restreindre nos libertés, déroger à nos règles constitutionnelles n'apporterait pas d'efficacité à notre lutte contre le terrorisme et affaiblirait à coup sûr la cohésion nécessaire à notre nation", a expliqué ce mardi soir François Hollande. "Le gouvernement applique et appliquera avec la plus extrême fermeté les lois que nous avons fait voter et qui donnent à la justice, aux préfets, aux forces de l'ordre, la capacité d'agir, amplifiée par la prolongation et le renforcement de l'état d'urgence", a assuré le chef de l'État. "Il mobilise tous les moyens humains et matériels avec une présence d'un niveau jamais atteint sous la Ve République de nos policiers, gendarmes et militaires sur l'ensemble de notre territoire", a-t-il ajouté

LE FN APPELLE À "SE LEVER CONTRE L'ISLAMISME"

Des responsables du Front national, au premier rang desquels Marion Maréchal-Le Pen, ont eux adopté un ton offensif pour appeler "les chrétiens" à "se lever" face à "l'islamisme", au risque d'attiser des tensions déjà vives depuis l'attentat le 14 juillet à Nice (au moins 84 morts). "Ils tuent nos enfants, assassinent nos policiers et égorgent nos prêtres. Réveillez-vous !", a tweeté peu après l'attentat Marion Maréchal-Le Pen, cheffe de l'opposition régionale en Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

"En Occident comme en Orient, les chrétiens doivent se lever pour résister à l'islamisme !", a-t-elle tweeté plus tard, annonçant sa décision de "rejoindre la réserve militaire" face à cette menace, et invitant "tous les jeunes patriotes à faire de même". La députée du Vaucluse a laissé entendre sur RTL que "si l'État français ne protège plus les Français", ils "finiront par se protéger eux-mêmes", appelant à une "stratégie globale" et à une "révolution intellectuelle", alors que les gouvernements de droite et de gauche ont fait "l'apologie du multiculturalisme (...) qui a fabriqué des formes d'hybrides des Français qui sont devenus des ennemis de l'intérieur".

L'OBJECTIF ? "PROVOQUER UNE GUERRE DE RELIGIONS" POUR VALLS

"L'objectif" de l'attentat dans une église catholique est de "provoquer une guerre de religions", a estimé pour sa part le Premier ministre Manuel Valls sur TF1, peu après le discours du président. "En s'attaquant à un prêtre, à l'Église catholique, on voit bien quel est l'objectif : jeter les Français les uns contre les autres, s'attaquer à une religion pour provoquer une guerre de religions", a-t-il affirmé.

Le Premier ministre Manuel Valls a renchéri en déclarant que l'exécutif "avait aujourd'hui tous les outils" pour combattre le terrorisme. "Nous n'allons pas inventer une nouvelle loi à chaque attentat", a-t-il lancé, moins de quinze jours après la tuerie de Nice (84 morts). "Ce qui compte dans la lutte contre le terrorisme, c'est bien sûr faire bloc mais c'est aussi la persévérance. Ceux qui diraient aujourd'hui qu'une loi ou un dispositif permettrait d'éviter un attentat se tromperaient et mentiraient aux Français", a jugé Manuel Valls.

Un prêtre a été égorgé mardi lors d'une prise d'otages dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, un attentat revendiqué par l'organisation État islamique (EI) et perpétré par deux jihadistes, dont l'un au moins avait été mis en examen pour des tentatives de rejoindre la Syrie. L'assassinat d'un prêtre dans une attaque terroriste est une première en France. Un autre otage a été très grièvement blessé.

Les deux assaillants de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray étaient équipés "d'armes blanches", d'un "vieux pistolet inopérant" et d'un "dispositif factice" faisant penser à un engin explosif, selon une source proche du dossier. Ils ont pénétré dans l'église à l'heure de la messe matinale et "pris en otages cinq personnes", selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet. Les policiers de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Rouen les ont abattus lorsqu'ils sont sortis. Les tueurs auraient crié "Allah Akbar" en sortant, selon une source proche du dossier.

François Hollande a annulé une nouvelle fois son déplacement en République tchèque, prévu mercredi. Ce déplacement visant à discuter des suites à donner au vote sur le Brexit, initialement prévu mercredi 20 juillet, avait été annulé une première fois pour gérer les suites de l'attentat de Nice (84 morts). Il avait été reprogrammé ce mercredi, sans les étapes initiales prévues en Autriche et Slovaquie.

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