Hénin-Beaumont: début du procès de l'ancien maire, aucun "caractère politique" insiste le tribunal

Hénin-Beaumont: début du procès de l'ancien maire, aucun "caractère politique" insiste le tribunal
Eugène Binaisse pose devant la mairie d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) le 6 novembre 2013, à l'époque où il était le premier magistrat de la ville
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AFP, publié le jeudi 19 avril 2018 à 16h22

Le procès de l'ancien maire d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) Eugène Binaisse (divers gauche) pour favoritisme s'est ouvert jeudi à Béthune, un dossier qui sera jugé sans "caractère politique", a insisté le tribunal, alors que le FN est partie civile.

La présidente du tribunal a d'abord évoqué le "contexte" dans lequel s'inscrit ce procès, sans pour autant le détailler.

Cette commune de l'ex-bassin minier est passée au FN en 2014, dès le premier tour, après avoir été dirigée 4 ans par Eugène Binaisse. Son maire de 2001 à 2009, Gérard Dalongeville (gauche), a lui été condamné en 2013 par ce même tribunal correctionnel à quatre ans d'emprisonnement, dont trois ferme, pour détournements de fonds publics, délits de favoritisme et usages de faux. M. Binaisse est toujours conseiller municipal d'opposition.

Mais il s'agit "d'ôter tout caractère politique à ce dossier", a insisté la présidente.

Lors de l'audience jeudi, le tribunal s'est donc surtout plongé dans les méandres souvent complexes et techniques du code des marchés publics.

Selon l'un des avocats des huit prévenus - trois élus, trois fonctionnaires territoriaux et deux dirigeants de société - le total des six marchés litigieux (étude pour la construction d'une piscine, d'un crématorium, projet d'extension du pôle petite enfance...) "avoisinerait en tout les 100.000 euros".

Eugène Binaisse, 78 ans, en chemise-cravate, a expliqué la difficulté pour un édile de tout contrôler. Quand on est maire d'une commune de 27.000 habitants, "il est impossible de reprendre toutes les pièces des dossiers que le maire signe. Il est obligé de faire confiance à son DGS (directeur général des services)", a-t-il dit. 

"Vous nous dites +Je prends conscience aujourd'hui de la responsabilité d'un maire+? Mais vous avez vécu la période Dalongeville, vous n'êtes pas maire d'une petite commune!", a rétorqué la juge.

A la barre, l'ex-directeur général des services Philippe Thibaut, également poursuivi pour favoritisme, a expliqué qu'un DGS n'était "pas là pour faire, il est là pour faire faire" et que "les chefs de services ne connaissaient pas le fonctionnement des marchés publics", évoquant le faible nombre de "cadres A" à son arrivée à la mairie d'Hénin-Beaumont (cinq sur les 741 employés municipaux).

"Ce procès, et quel que soit son verdict, est la synthèse des errements dans la gestion des affaires de la précédente municipalité", estime de son côté, hors audience, Me Sandrine Colin, avocate de la municipalité. "Heureusement que la commune (aux mains du FN) a signalé ces faits et que le procureur a diligenté une enquête qui débouche sur ce procès. Il y a eu un travail minutieux aussi bien des enquêteurs que des services municipaux", a-t-elle ajouté auprès de l'AFP, en faisant allusion aux plaintes dès 2014 de la nouvelle municipalité du maire Steeve Briois, absent à l'audience.

Le FN a remporté plusieurs résultats électoraux favorables dans l'ex-bassin minier (mairie d'Hénin-Beaumont, cinq sièges de députés), profitant de la volonté d'une partie des électeurs de mettre fin aux "affaires" impliquant les partis traditionnels et qui ont défrayé la chronique dans leur région durement touchée par la crise. 

Le procès devrait s'achever vendredi soir. 

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