Haute-Loire : hospitalisation d'un enseignant en grève de la faim pour obtenir la régularisation d'un jeune Malien qu'il héberge

Haute-Loire : hospitalisation d'un enseignant en grève de la faim pour obtenir la régularisation d'un jeune Malien qu'il héberge
Des dossiers en préfecture de Haute-Loire.

, publié le lundi 15 février 2021 à 15h55

La préfecture refuse de délivrer un titre de séjour au jeune homme, majeur depuis janvier 2020, mettant en doute l'authenticité de son acte de naissance. Une nouvelle mobilisation du comité de soutien est prévue mercredi.

En grève de la faim depuis 17 jours pour obtenir la régularisation d'un jeune Malien menacé d'expulsion, un enseignant a été hospitalisé après un malaise, a indiqué son comité de soutien. Eric Durupt et sa compagne Véronique de Marconnay, qui hébergent Madama Diawara depuis deux ans, se sont rendus lundi 15 février dans la matinée à la préfecture de la Haute-Loire, au Puy-en-Velay. Se voyant interdire de participer à la réunion prévue avec les services de préfecture, l'enseignant s'est indigné et s'est senti mal.

Les pompiers ont reçu pour consigne d'un médecin du Centre hospitalier Emile-Roux de le conduire aux urgences.



Lors de l'entrevue à la préfecture, Madama Diawara s'est vu notifier un refus de titre de séjour et de titre de travail et une prochaine obligation de quitter le territoire français. "On lui a précisé que le dossier était clos et qu'il ne serait pas régularisé", a indiqué Véronique de Marconnay à l'AFP, en indiquant avoir consulté une avocate pour porter l'affaire sur le terrain judiciaire.

Sur décision du préfet de la Haute-Loire, Eric Etienne, un cordon de police avait été mis en place pour empêcher le couple d'accompagner le jeune homme. Dans un communiqué, le représentant de l'Etat justifiait cette interdiction par les "propos indignes et révoltants à l'endroit de l'Etat et de ses représentants" tenus par le couple. Il cite notamment des propos d'Eric Durupt sur le site internet d'un quotidien régional indiquant que "le refus de délivrance d'une carte de séjour, sur présentation de fausses pièces d'état-civil, est du 'racisme de l'Etat'". 

Le préfet évoque également des propos de sa compagne qui, sur une radio locale, "établissait clairement un parallèle entre le jeune Malien en situation irrégulière et le 'martyr des Juifs' durant la Seconde guerre mondiale qui fuyaient la logique implacable de déportation et de mort du région nazi", selon le préfet. En conséquence, Eric Etienne réclamait "des excuses publiques et le retrait pur et simple de ces allégations infondées". Dans l'attente, il annonçait vouloir recevoir "le jeune Diawara" accompagné seulement d'un interprète.

Interrogée par l'AFP, Véronique de Marconnay a indiqué ne pas avoir eu connaissance de la demande du préfet avant la rencontre prévue. "Sous l'accès du choc psychologique, de la colère, Eric a crié devant la préfecture qu'il allait poursuivre sa grève de la faim et qu'il allait arrêter de boire", a indiqué l'enseignante. "Depuis, je n'ai pas eu la possibilité d'en parler avec lui. On peut dire avec certitude qu'il ne va pas arrêter sa grève de la faim. Pour l'eau, peut-être se laissera-t-il convaincre, ne serait-ce que pour tenir", a-t-elle ajouté.

Une nouvelle mobilisation du comité de soutien est prévue mercredi matin dans le centre-ville du Puy-en-Velay, avec le soutien de Sud Education et le Réseau éducation sans frontières (RESF). Une pétition lancée par le couple a recueilli plus de 32.000 signatures.

En décembre 2018, Madama Diawara, 16 ans, arrivé du Mali quelques mois plus tôt après avoir traversé la Méditerranée puis les Alpes jusqu'à Briançon, avait été accueilli en Haute-Loire par les deux enseignants. Le jeune homme a été scolarisé, puis inscrit dans un établissement pour obtenir un CAP d'ouvrier agricole. Il avait effectué un premier stage chez un couple d'éleveurs en juin 2020 qui lui avait proposé un contrat d'apprentissage.

Mais la préfecture refuse de délivrer l'autorisation de travail et le titre de séjour nécessaires au jeune homme, majeur depuis janvier 2020, mettant en doute l'authenticité de son acte de naissance. Madama Diawara "ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour" et "à défaut de production de documents d'identité authentiques et en cas de refus du bénéfice de l'aide au retour volontaire, une obligation de quitter le territoire français (OQTF)" lui sera notifiée, avait indiqué la préfecture dans un communiqué le 29 janvier.
 

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