Harcèlements : un documentaire sur les journalistes sportives censuré

Harcèlements : un documentaire sur les journalistes sportives censuré©Panoramic

, publié le lundi 22 mars 2021 à 09h18

Dimanche 21 mars, Canal+ a diffusé le documentaire "Je ne suis pas une salope" de la journaliste Marie Portolano. Le film donne la parole à des femmes journalistes sportives qui racontent leur quotidien, mais une première version aurait été censurée par la direction pour protéger Pierre Ménès, chroniqueur phare de la chaîne, rapportent LesJours.fr et Le Parisien.

La diffusion du documentaire "Je ne suis pas une salope", dimanche 21 mars sur Canal+, a déjà fait couler beaucoup d'encre.

Au-delà des témoignages édifiants de journalistes sportives sur leur quotidien face au sexisme et des faits parfois encore plus violents et graves, un article du site LesJours.fr a mis le feu aux poudres. Le pure player a révélé que des scènes importantes avaient été coupées et qu'une première version du documentaire avait été censurée à la demande de la direction du service des sports. Le but ? Protéger un chroniqueur phare de la chaîne Canal+ et de l'émission le "Canal Football Club" ("CFC"), Pierre Ménès. Le Parisien confirme également ces informations et précise que Marie Portolano a elle-même été victime de sexisme de sa part.



Pierre Ménès n'a pas demandé à être coupé

LesJours.fr a révélé qu'en 2016, hors antenne mais devant du public présent pour le "CFC", Pierre Ménès aurait soulevé la robe de la journaliste avant de lui attraper les fesses. Quelques années auparavant, il aurait forcé Isabelle Moreau, une autre journaliste de Canal+, a un baiser sur la bouche. Mais initialement, Pierre Ménès avait accepté de répondre aux questions et d'apparaître face aux caméras. Selon Le Parisien, il n'a pas demandé à être coupé et la discussion aurait eu lieu "sans agressivité entre deux mondes qui ne partagent pas le même point de vue". Marie Portolano souhaitait donner la parole à des intervenants masculins du milieu. Hervé Mathoux, présentateur du "CFC", ainsi que deux autres journalistes masculins devaient faire partie du projet. Un des témoignages était déjà enregistré.

Officiellement, Canal+ explique que le documentaire était "plus fort en donnant toute la parole aux femmes et rien qu'aux femmes". Mais la décision de ne pas faire apparaître d'hommes, serait, pour Le Parisien, une manière d'accréditer la thèse du choix éditorial et de protéger Pierre Ménès. Les faits autour de "la scène de la robe" ont eu lieu dans un contexte de libération de la parole avec #MeToo, et la chaîne n'aurait pas souhaité ébruiter cette affaire à l'époque. Aujourd'hui, l'ambiance serait délétère à Canal+. Le licenciement de Sébastien Thoen, humoriste qui avait parodié l'émission "l'Heure des Pros", le départ contraint de Stéphane Guy, commentateur qui l'avait publiquement soutenu, et une liste de dizaines d'autres noms qui auraient emboité le pas, mettent la chaîne dans l'embarras. Marie Portolano, de son côté, a quitté Canal+ pour M6.

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