Guerre d'Algérie, occupation allemande, émeutes... Des couvre-feux souvent controversés en France

Guerre d'Algérie, occupation allemande, émeutes... Des couvre-feux souvent controversés en France
Le 17 octobre 1961, une violente manifestation du FLN à Paris fut interdite par un couvre-feu décrété pour les Français musulmans d'Algérie.

, publié le samedi 17 octobre 2020 à 15h00

RÉTROSPECTIVE. Dans l'Histoire de France, le couvre-feu a le plus souvent été utilisé de manière localisée.

À l'échelon national, il faut remonter jusqu'à la dernière Guerre mondiale pour retrouver trace d'un couvre-feu généralisé.

Jugeant "la situation préoccupante", Emmanuel Macron a annoncé mercredi 14 octobre que des couvre-feux seraient imposés dès samedi pour un mois, voire jusqu'au 1er décembre, en Île-de-France et dans huit métropoles de 21H00 à 06H00 afin d'endiguer l'épidémie de Covid-19. Le terme trouve ses origines au Moyen-âge, quand une cloche signifiait le soir aux foyers qu'il était l'heure d'éteindre ou couvrir les feux afin d'éviter les incendies de nuit. Il désigne désormais par extension une interdiction à la population de sortir à certaines heures.




Mesure arbitraire pour les uns mais nécessaire en temps de crise pour les autres, cette mesure a été le plus souvent utilisée par le passé de manière localisée. A l'échelon national, il faut remonter jusqu'à la dernière Guerre mondiale pour retrouver trace d'un couvre-feu généralisé.

• Crise sanitaire

Outre le confinement imposé au printemps, l'actuelle crise sanitaire avait également déjà donné lieu à des couvre-feux locaux, la ville de Nice de Christian Estrosi (LR) ayant été l'une des premières à annoncer en mars son instauration. Dans la foulée, beaucoup de communes avaient fait de même, plus d'une centaine selon un décompte du Journal du dimanche. Décidées par les préfectures ou les communes, les mesures avaient au final concerné essentiellement des villes du sud de la France ou du nord-est, les plus touchées par l'épidémie. Partout, des dérogations étaient prévues pour les personnels de santé. En région parisienne, Colombes, Asnières et Puteaux, l'avaient aussi instauré.

Certains couvre-feux ont donné lieu à contestation, comme à Cholet (Maine-et-Loire), la Ligue des droits de l'Homme se disant "très vigilante" sur des mesures "pas illégales" dans le contexte mais "prises par des maires zélés, en accord avec leur sensibilité politique".

Depuis mai dernier, la Guyane a également imposé un couvre-feu évolutif. À partir de juin, le préfet a publié des dizaines d'arrêtés successifs, modifiant les horaires et ajoutant des communes à la liste en fonction de l'évolution de l'épidémie. Au risque d'une annulation par le tribunal administratif de Cayenne, le 27 mai, pour 12 des 22 communes pour lesquelles le couvre-feu ne se justifiait pas selon lui.

En 2018, la Réunion fut aussi l'objet d'un couvre-feu pendant la crise des "gilets jaunes.

• Pour les mineurs

En 2009, un couvre-feu décidé par la ville de Nice pour les mineurs de moins de treize ans non accompagnés, fut vivement critiqué par l'opposition socialiste. Il suscita aussi la perplexité de certains syndicats de policiers nationaux, se disant peu enclins "à faire la nounou".

• Les émeutes de 2005

En 2005, des émeutes dans les banlieues ont aussi donné lieu à un état d'urgence, justifiant la possibilité pour les préfets de déclencher des couvre-feux locaux. À l'époque vingt-cinq départements, dont Paris, furent concernés par le décret d'application, mais tous ne décidèrent pas d'y recourir. Ce fut le cas des Alpes-Maritimes, qui instaura un couvre-feu pour les mineurs dans 21 communes de 22h00 à 05h00 du matin. 

Dans l'Eure, autre exemple, un couvre-feu fut instauré aux mêmes heures pour l'ensemble de la population sur une partie du quartier de la Madeleine à Evreux.

• Guerre guerre d'Algérie

Dans le cadre d'un état d'urgence, une telle mesure fut associée aux événements dramatiques du 17 octobre 1961 à Paris. La police, dirigée alors par le préfet Maurice Papon, réprima ainsi très violemment une manifestation du FLN interdite par un couvre-feu décrété pour les Français musulmans d'Algérie le 5 octobre. En septembre 1958, un premier couvre-feu pour la même population, moins contraignant, avait eu peu d'effets.

• L'occupation allemande durant la Seconde guerre mondiale

À partir de la fin 1941, les forces d'occupation allemande imposent un couvre-feu de manière variable, selon les régions et les tensions qui y règnent.L'objectif est le même : surveiller la population, ses allées et venues et les éventuelles actions clandestines. 

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