Guerre d'Algérie : Emmanuel Macron va faire un geste mémoriel envers les "pieds-noirs"

Guerre d'Algérie : Emmanuel Macron va faire un geste mémoriel envers les "pieds-noirs"
Emmanuel Macron à Berlin, en Allemagne, le 25 janvier 2022.

publié le mardi 25 janvier 2022 à 22h04

Les relations restent compliquées entre l'exécutif et les rapatriés depuis qu'Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité".

Emmanuel Macron poursuit sa série d'actes mémoriels autour de la guerre d'Algérie. Et c'est au tour des rapatriés, les "pieds-noirs", d'être le centre d'attention du président.

Mercredi 26 janvier, il évoquera officiellement la fusillade de la rue d'Isly à Alger, dans laquelle des dizaines de partisans de l'Algérie française furent tués par l'armée en mars 1962.

Le chef de l'Etat va porter "une parole de reconnaissance" lors d'une rencontre à l'Élysée avec des associations de rapatriés d'Algérie, communément appelés les "pieds-noirs", a indiqué mardi la présidence française.

"Un des points saillants du propos du président de la République tournera autour de ce qu'il s'est passé le 26 mars à Alger, rue d'Isly", a ajouté la présidence, sans plus de précisions. Une semaine après la signature des Accords d'Evian et le cessez-le-feu, le 19 mars 1962, en Algérie, des manifestants civils partisans de l'Algérie française qui tentaient de forcer le passage vers le quartier de Bab El-Oued, dans le centre d'Alger, étaient mitraillés à un barrage tenu par l'armée française.

La fusillade qui dura plus d'un quart d'heure fit, selon différentes sources, au moins une cinquantaine de morts, tous civils, parmi les manifestants. La fusillade de la rue d'Isly marqua le début de l'exode massif des pieds-noirs d'Algérie.


Cette "reconnaissance" s'inscrit dans une série d'actes mémoriels, depuis le début du quinquennat et à l'approche du 60e anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie avec les Accords d'Évian puis l'indépendance de ce pays le 5 juillet 1962. 

Le 14 septembre 2018, Emmanuel Macron a ainsi reconnu, "au nom de la République française", que le jeune mathématicien communiste Maurice Audin avait été "torturé à mort, ou torturé puis exécuté par l'armée française" en 1957. Le 3 mars 2021, il reconnaissait que l'avocat nationaliste Ali Boumendjel avait été "torturé et assassiné" le 23 mars 1957 par l'armée française, contredisant la version initiale d'un suicide.

Le 20 septembre 2021, le chef de l'État a demandé "pardon" aux harkis, supplétifs algériens de l'armée française, qui furent "abandonnés" par la France. Un projet de loi, actant ce "pardon" et tentant de "réparer" les préjudices subis, est en cours d'examen en Parlement et devrait être adopté d'ici la fin du mois de février.

Emmanuel Macron a aussi dénoncé des "crimes inexcusables pour la République" lors des 60 ans du massacre par la police française de manifestants algériens, le 17 octobre 1961 à Paris.

"L'objectif reste le même, construire à terme une mémoire apaisée, partagée, commune à tout ce qu'ont été jusque-là les mémoires liées à la guerre d'Algérie et à la colonisation", en reconnaissant la "singularité de chacun", a souligné l'Elysée.

La colonisation, un "crime contre l'humanité

Les relations restent compliquées entre l'exécutif et les rapatriés depuis qu'Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité" lors d'un déplacement à Alger en 2017. Nombre d'associations appellent au retrait de ces propos et l'une d'elle, Le Cercle Algérianiste, a décliné l'invitation à l'Élysée tant qu'il n'en serait rien. L'Elysée réfute de son côté les accusations de visées électoralistes avec ces différents gestes mémoriels à l'approche de la présidentielle d'avril.

"Si certains esprits chagrins considèrent que convaincre, c'est électoraliste, grand bien leur fasse. Mais en l'espèce, le président s'est fixé une mission", apaiser les mémoires, a lancé un conseiller du président.  

Les échanges mémoriels restent en revanche au point mort avec l'Algérie. "La France a fait un certain nombre de gestes. La main est toujours tendue et le président attend que quelqu'un la prenne", fait observer l'Élysée.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.