Grève à la SNCF : l'autre conflit à résoudre pour le gouvernement

Grève à la SNCF : l'autre conflit à résoudre pour le gouvernement
Face à l'impasse dans les négociations internes sur le temps de travail à la SNCF, le gouvernement a décidé d'intervenir et d'éviter ainsi un autre front social.
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, publié le mardi 31 mai 2016 à 22h11

- A dix jours de l'Euro 2016, la situation se complique encore pour le gouvernement : le conflit sur le temps de travail des cheminots se télescope de nouveau avec la fronde contre la loi travail. La SNCF a entamé mardi soir une nouvelle grève, cette fois illimitée.

Si la CFDT a levé son préavis, les trois premiers syndicats (CGT-SUD-Unsa) entendent, eux, peser dans la phase finale des négociations sur le temps de travail des cheminots. Soucieux d'apaiser ce foyer secondaire, l'exécutif fait pression pour tenter de faire aboutir les négociations. -

Pour la huitième fois depuis début mars, les employés de la SNCF (transporteur officiel de l'Euro) ont entamé une grève, cette fois-ci pour une durée illimitée. Centré sur le temps de travail des cheminots, ce conflit n'est pas directement lié à l'opposition animée par les syndicats contestataires (la CGT en tête) contre la réforme du code du travail. Mardi soir, le trafic semblait peu perturbé sur les grandes lignes, davantage pour les courts trajets. De nombreux trains étaient ainsi supprimés au départ de Paris pour la banlieue. A Marseille (sud), Jean, retraité depuis un an, s'est "rabattu sur un car" pour rentrer à Montpellier avec son fils. "Prenant son mal en patience", il a précisé "soutenir de plein cœur le mouvement".

SIX TGV SUR DIX EN CIRCULATION MERCREDI

La grève s'annonce relativement forte mercredi avec 60% des TGV, 40% des Transiliens, le tiers des Intercités et la moitié des TER qui circuleront, selon la SNCF. A l'international, la SNCF prévoyait un trafic normal sur Eurostar (Royaume-Uni) et Alleo (Allemagne), 75% des Lyria (Suisse) et Thalys et seulement 40% des Ellipsos (Espagne) et un tiers des trains SVI (Italie).

En Île-de-France, globalement, 40% des trains doivent être assurés. Si le RER A sera épargné (trafic normal), environ un tiers des RER B, D et E rouleront, 40% des RER C. La ligne R du Transilien sera la plus affectée avec 10% seulement des trains. Sur les autres lignes, entre un tiers et la moitié circuleront. En province, la moitié des liaisons TER seront assurées, y compris par des cars de substitution.


LA DÉMISSION DE GUILLAUME PÉPY ÉCARTÉE

Le gouvernement lui essaie de prévenir tout embrasement social : il a annoncé une revalorisation du salaire des enseignants mardi, après avoir sauvegardé la veille, les crédits pour la recherche. "Je ne nie pas qu'il y ait un contexte mais l'idée d'un troc, non !", a déclaré mardi le Premier ministre Manuel Valls. La CGT-Cheminots, premier syndicat à la SNCF, a demandé mardi soir au gouvernement d'obtenir la "réouverture immédiate" de la négociation menée avec toutes les entreprises de la branche ferroviaire pour bâtir une convention collective unique au secteur (fret/voyageurs, SNCF/privé) en vue de l'ouverture élargie à la concurrence à partir de 2020. L'UTP (regroupant SNCF et entreprises privées) considère les discussions closes et a transmis aux syndicats un projet d'accord, ouvert à signature jusqu'au 8 juin.


Les négociations menées parallèlement au sein de la SNCF pour rendre l'organisation du travail plus flexible sont entrées dans leur phase finale. "J'ai souhaité qu'on accélère" les discussions, a expliqué le secrétaire d'État aux Transports, Alain Vidalies, aux manettes des négociations tout le week-end, au point de mettre "la direction SNCF hors-jeu", selon la CGT. Lors de ces tractations, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, "n'a pas menacé de démissionner", assure Alain Vidalies pour tenter de couper court aux rumeurs. "Aujourd'hui le sujet n'est pas à l'ordre du jour", estime le Premier ministre.

D'AUTRES FRONT A VENIR ?

La CGT-Cheminots et Sud-Rail ont été laissés à l'écart de ces négociations de dernière minute. L'Unsa, qui saluait lundi "des avancées", a néanmoins décidé mardi soir de "rester dans le mouvement dans l'attente du projet d'accord" que doit formaliser la SNCF, selon Roger Dillenseger. Le texte arraché par le gouvernement à la SNCF préserve globalement les règles actuelles, notamment les repos hebdomadaires des conducteurs. Mais il prévoit aussi la possibilité, pour les seuls syndicats signataires, de négocier des accords dérogatoires lorsque les "conditions économiques locales ou sectorielles particulières le justifient".

Dans les transports, d'autres mouvements sont annoncés: jeudi à la RATP à l'initiative de la CGT (rejointe le 10 juin par Sud) pour demander la réouverture des négociations salariales et le retrait du projet de loi travail. Mais seules de légères perturbations sont attendues. Dans l'aérien, les négociations entre la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) et l'ensemble des syndicats n'ont pas abouti mardi à une levée des préavis déposés pour les 3, 4 et 5 juin mais le dialogue "n'est pas rompu" et les discussions vont continuer.

Parallèlement, le SNPL, syndicat de pilotes majoritaire à Air France, a voté pour le principe d'une grève dure en juin contre des mesures de productivité. Sur le front des carburants en revanche, l'Union française des industries pétrolières faisait état d'une "très nette amélioration", même si dans plusieurs régions, des entreprises de construction étaient en rupture de ravitaillement et tournaient pour certaines au ralenti.

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