Glyphosate: de la difficulté de concilier écologie et économie

Glyphosate: de la difficulté de concilier écologie et économie

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert à Pomacle le 27 novembre 2017

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AFP, publié le mardi 28 novembre 2017 à 18h46

Dans un apparent cafouillage, la réaction du ministre de l'Agriculture au renouvellement du glyphosate en Europe illustre la difficulté de concilier aspirations écologiques et réalités économiques des agriculteurs, qui redoutent une explosion de leurs coûts de revient s'ils doivent de nouveau utiliser la charrue.

Lundi, alors que le président Emmanuel Macron, annonçait une interdiction du glyphosate en France "au plus tard dans trois ans", Stéphane Travert s'était félicité que les Etats membres de l'UE aient voté un renouvellement pour cinq ans de cet herbicide controversé.

Une déclaration qui a fait sensation au point que M. Travert a dû démentir mardi tout "cafouillage" dans la communication du gouvernement dans ce dossier. 

"Mobilisons l'ensemble des professionnels pour trouver des alternatives durables dans le temps demandé par le président de la République: trois ans", a ajouté le ministre sur LCI.

Car pour les agriculteurs, l'utilisation du glyphosate est aujourd'hui une nécessité économique. Ce n'est pas un hasard si cet herbicide est le plus vendu au monde: il est terriblement efficace pour un prix modeste et permet par exemple de contenir les coûts de revient des céréales alors que les cours mondiaux sont très bas.

S'il n'existe aujourd'hui aucun produit chimique pouvant s'y substituer, les agriculteurs travaillent avec les instituts de recherche pour en mettre au point.

Mais il n'y a "pas de solution miracle" encore pour en réduire l'usage, selon les chercheurs. Pour atteindre l'objectif de réduire de 50% les produits phytosanitaires à l'horizon 2030, l'Inra travaille sur une "combinaison de plusieurs approches": une amélioration de la sélection génétique, des progrès en agronomie et sur le biocontrôle, expliquait tout récemment le président de l'Institut national de recherches agronomiques, Philippe Mauguin, aux députés.

Cependant, "le désherbage mécanique, le labour et l'allongement des rotations culturales sont moins efficaces, plus chers et plus compliqués à mettre en oeuvre", souligne la Plateforme glyphosate France, qui réunit la plupart des entreprises commercialisant en France des produits à base de glyphosate.

"Nous réaffirmons que les alternatives techniques existent", mais "si elles ne sont pas massivement utilisées par les paysans aujourd'hui, c'est en grande partie pour des raisons économiques", assure pour sa part la Confédération paysanne, syndicat agricole opposé aux pesticides chimiques.

- Distorsion de concurrence -

Seul consensus entre les acteurs, le coût important des solutions de substitution.

Alors que l'agriculture française connaît un marasme depuis plusieurs années, voir la France limiter l'utilisation du glyphosate au bout de trois ans, quand les autres pays européens y auront droit durant cinq ans, refait surgir le spectre d'une distorsion de concurrence avec ceux qui deviennent de féroces adversaires quand il s'agit d'exporter.

Les producteurs de blé français, qui ont cédé leur place de premiers exportateurs européens aux Allemands en 2016, sont les premiers à s'en inquiéter.

"Cinq ans pour un plan de sortie du glyphosate, c'est déjà beaucoup trop court quand on vit au quotidien dans le principe de réalité économique qui veut qu'au niveau international, les autres producteurs peuvent l'utiliser sans contrainte", regrette l'interprofession des céréales et oléagineux (AGPB, AGPM, CGB, FOP) dans un communiqué commun mardi.

"Il y a eu deux ans de débat et un vote à la majorité qualifiée, et deux heures après, le président français dit +moi, je m'assois dessus+. Que deviennent les agriculteurs là-dedans?" s'est emporté le secrétaire général adjoint de la FNSEA Eric Thirouin, qui craint que, comme avec le Ceta, le traité de libre échange Europe-Canada, on "interdise de produire en France ce que les Français ont le droit de manger".

M. Travert a répondu à cette inquiétude devant l'Assemblée nationale en indiquant "qu'il y aurait surtransposition si nous restions inactifs pendant trois ans, en attendant le couperet de l'échéance. Ce n'est évidemment pas ce que souhaite le président de la République", a-t-il assuré. 

"Il faudrait une clause de sauvegarde, comme pour le diméthoate" interdit l'an dernier en France sur les cerisiers, a argué Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne.

Après avoir interdit cet insecticide en France en 2016, le gouvernement avait aussi interdit l'importation de fruits traités avec ce produit des autres pays européens, tant pour éviter les distorsions de concurrence que pour protéger les consommateurs français.

 
159 commentaires - Glyphosate: de la difficulté de concilier écologie et économie
  • Bayer n'est pas à une victime prés puisque pendant la seconde guerre mondiale cette firme achetait des déportés des camps pour expérimenter ses produits

  • Le couple franco-allemand a du plomb dans l´aile. L´Europe de l´Ouest au départ devient au final, l´Europe de l´Est. L´écologie a l´allemande c´est . J´arrête les centrales et utilise le charbon. Je suis écolo mais je pourris l´environnement de pesticides. Je produis de belles voitures mais qui consomment un max. Ah Mr Hulot vous avez du pain sur la planche bien discrètement savonnée par les US a Bruxelles.

    Vous en voulez au monde entier ! ! !

  • "Glyphosate: de la difficulté de concilier écologie et économie "

    Absolument pas !

    Il s'agit de trancher entre le bénéfice des multinationales de l'agrochimie et la santé des citoyens.

    L'Europe a tranché... Allemagne en tête ! Ce pays soi-disant modèle écologique ... se met à genou devant BAYER...

    Tout est dit ! Reste aux citoyens d'apprécier ce que vaut leur santé pour ces gens ....

    bravo pour votre commentaire

    Absolument.
    Il est temps que les citoyens (producteurs et consommateurs) se prennent en charge et sélectionnent ce qui est le meilleur pour eux : un bon produit même s'il est plus cher est en définitive un bon plan pour la santé comme pour le portefeuille.

  • La solution viendra des consommateurs qui doivent CHOISIR de ne PLUS se laisser empoisonner en privilégiant les produits exempts de pesticides.Les français doivent se responsabiliser en refusant d'avaler tout et n'importe quoi ; nous avons en France tellement de bons produits .
    moins de viande mais de bonne qualité , beaucoup de bovins sont nourris aux céréales pleines de pesticides ... Privilegier le local etc
    Contrairement à ce que l'on pense manger mieux ne coûte pas plus cher ,il faut juste manger moins en evitant de se gaver de produits qui se révèlent toxiques à la longue .
    Se nourrir est un besoin ,manger est un plaisir et avec de bons produits l'équilibre est facile à trouver .

    mais pour cela faut-il que ce soit précisé sur les produits

    On ne veut pas de pesticide mais;simultanément on refuse aussi les OGM qui peuvent éviter l'emploi de pesticides ! ! !

    Le bon geste est de lire les étiquettes ,plus la liste d'ingrédients est longue plus c'est suspect ...
    Éviter les produits importés de pays qui utilisent tout ce qui est pesticide et...OGM (pour canseliet )
    On peut très bien s'alimenter sans s'empoisonner mais aujourd'hui les gens privilégient la quantité à la qualité,ce qui fait exploser l'obésité et les maladies chroniques ...donc mieux manger mais moins ne peut être que bénéfique .

    se nourrir a peu près correctement on arrive a trouver encore de bons produit même s'il sont un peu plus chère il faut mieux consommer moins et de meilleur qualité sans acheté du tout fait de temps en temps cela dépanne il faut rester dans le raisonnable

  • le procès de Nuremberg n'a servi à rien.

    Vraiment hors sujet ! ! !

    que vous dites canseliet!

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