"Gilets jaunes" : les commerçants redoutent le "samedi de trop"

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Des "gilets jaunes" manifestent à Bourges, samedi 12 janvier
Des "gilets jaunes" manifestent à Bourges, samedi 12 janvier
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© AFP, GUILLAUME SOUVANT

Orange avec AFP-Services, publié le samedi 19 janvier 2019 à 07h13

De Toulouse à Nantes, en passant par Bordeaux et Paris, les commerçants sont inquiets de la tournure que prendra l'acte 10 des "gilets jaunes", samedi 19 janvier. Tous redoutent une baisse du nombre de clients et de nouvelles violences contre leurs boutiques.

Pour nombre d'entre eux, l'acte 10 pourrait être le "samedi de trop". Dans les grandes villes, les commerçants sont à bout. "Il n'y a pratiquement plus aucun distributeur de billets en service dans le centre, les transports sont perturbés, et les jets de projectiles et gaz lacrymogènes sont devenus monnaie courante...", énumère Claudia, responsable d'un magasin de bijoux et accessoires à Toulouse. Dans ces conditions, "qui peut encore avoir envie de faire des achats ?", lance-t-elle, dépitée.

Dans la ville rose, des centaines de boutiques ont placardé une affiche "À VENDRE" sur leur devanture, pour interpeller sur "l'urgence de la situation". Carine a vu la vitrine de sa boutique caillassée, samedi 12 janvier, lors d'une manifestation qui a réuni au moins 6.000 personnes. "Il n'y a pas d'autres solutions : l'ordre doit être assuré pendant les manifestations, avec l'intervention de l'armée s'il le faut", estime-t-elle.

Recettes divisées par deux

Outre les gérants de boutiques, les employés sont aussi affectés par les baisses des ventes. À Toulouse, Franck Limorté, propriétaire d'un magasin de décoration, a renoncé à embaucher trois personnes en CDD pour le mois de décembre, comme il le fait d'ordinaire. "Pendant la période des fêtes de Noël, on fait 40% à 50% de notre chiffre d'affaires annuel. Cette année, depuis la mi-novembre, nos gains sont divisés par deux tous les samedis, on n'a plus aucune marge, on n'y arrive plus", déplore-t-il. Il redoute que l'acte 10 n'engendre des fermetures et dépôts de bilan.

"10% des commerces de Bordeaux risquent de disparaître"

Même cri d'alarme à Bordeaux, autre grande ville en pointe de la mobilisation des "gilets jaunes". Selon Christian Baulme, président d'une association de 1.200 commerces, "10% des commerces de Bordeaux risquent de disparaître". À Lyon également, "on ne voit plus le bout du tunnel", affirme Clément Chevalier, directeur de My Presqu'île, une association qui rassemble 240 enseignes, commerçants, artisans et entreprises dans le centre-ville.

Dans l'Est, les entreprises les plus touchées sont plutôt celles situées en périphérie, près des barrages dressés par les "gilets jaunes", selon la Chambre de commerce de Nancy. À dix kilomètres de là, la zone commerciale "Grand Air" à Frouard a ainsi accusé une perte de cinq millions d'euros de chiffre d'affaires sur les quatre samedis de décembre, avec la mise en chômage partiel d'une partie du personnel des grandes enseignes.

Grève des impôts ?

Certains préparent du coup une riposte : à Toulouse, un collectif de commerçants en colère menace d'une "grève" de la collecte fiscale et des cotisations, si des violences sont à nouveau commises. L'État "ne fait pas son boulot pour maintenir l'ordre pendant les manifestations" et dans le même temps "on nous fait recueillir la TVA, les cotisations sociales employeurs, et maintenant l'impôt à la source", s'indigne pour l'AFP Philippe Léon, un animateur du collectif.

Le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, s'est fait l'écho de ces demandes et de cette exaspération auprès d'Emmanuel Macron, qu'il a rencontré jeudi sur une base militaire lors des vœux du chef de l'État aux armées. Pour cet élu, le ras le bol des commerçants doit faire réagir : " si tout cela ne cesse pas, on va assister à des débordements, à des initiatives où les gens voudront faire justice eux-mêmes", avec le risque de basculer dans une seconde phase très très préoccupante", a-t-il affirmé.

La région Occitanie a débloqué vendredi un "fonds d'intervention exceptionnel" de trois millions d'euros. Cette ligne de crédit doit aider les commerçants "impactés par les violences", pour les travaux de réparation des dégradations et des prêts à taux 0% notamment, selon un communiqué.

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