"Gilets jaunes": La Réunion secouée par une flambée de violences

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Des "gilets jaunes" barrent une route à Saint-Denis-de-la-Réunion, le 19 novembre 2018
Des "gilets jaunes" barrent une route à Saint-Denis-de-la-Réunion, le 19 novembre 2018
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© AFP, Richard BOUHET
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AFP, publié le mardi 20 novembre 2018 à 20h24

Paralysée depuis quatre jours par le mouvement des "gilets jaunes", l'île de La Réunion est confrontée à une flambée de violences comme elle n'en avait plus connu depuis près de trente ans et qui a largement débordé la question du pouvoir d'achat.

"L'évolution du mouvement est intolérable : les blocages routiers durant la journée se transforment en violences urbaines la nuit", a dénoncé mardi soir la ministre des Outre-mer Annick Girardin, en évoquant des violences commises par "des jeunes gens qui n'ont rien à voir avec les gilets jaunes".

En dépit d'un couvre-feu décrété par la préfecture, de nouveaux incidents ont éclaté mardi soir, notamment au Chaudron, un quartier populaire de Saint-Denis-de-La-Réunion. Une grande surface a été pillée et des voitures incendiées.

Voitures brûlées, commerces incendiés, automobilistes rackettés et caillassés: les incidents de la nuit de lundi à mardi avait déjà conduit le préfet Amaury de Saint-Quentin à instaurer mardi un couvre-feu partiel sur la moitié des communes de l'île.

Jusqu'à vendredi au moins, il sera interdit d'y circuler entre 21H00 et 06H00, "une mesure forte, inédite" et "adaptée à cette menace", selon le préfet.

En attendant, tous les établissements scolaires, des crèches à l'université, ainsi que les administrations étaient fermées mardi. La quasi-totalité des événements culturels et sportifs ont été annulés. L'aéroport international Roland-Garros a fermé à 18 heures locales (15 heures à Paris) jusqu'à mercredi matin, obligeant les compagnies aériennes à revoir leurs horaires ou à annuler des vols.

Selon la préfecture, il y a eu une dizaine d'interpellations et cinq policiers ont été blessés. Des renforts de gendarmes mobiles sont arrivés lundi de Mayotte. D'autres étaient attendus, sans que la préfecture en précise le nombre.

- "France des abandonnés" -

La Réunion n'avait plus connu une telle tension depuis 1991 et les émeutes provoquées par la saisie par l'État de l'émetteur pirate de Télé Free Dom. Huit personnes avaient à l'époque trouvé la mort dans l'incendie d'un magasin de meubles en cours de pillage et une jeune automobiliste s'était tuée après avoir perdu le contrôle de sa voiture à la suite d'un caillassage.

La crise actuelle est partie du mouvement des "gilets jaunes" qui, comme partout en France, ont protesté samedi contre la hausse des prix des carburants et la baisse du pouvoir d'achat. Mardi après-midi, 37 barrages routiers étaient actifs sur les routes de l'île.

Mais cette grogne, pacifique au départ, a rapidement dégénéré lorsque des bandes de jeunes ont organisé des blocages sur plusieurs grands axes et réclamé aux automobilistes un droit de passage allant de 5 à 20 euros.

- Automobilistes agressés -

Pour avoir refusé de payer, plusieurs automobilistes ont été agressés et dépouillés, leurs voitures caillassées.

"Ces marmailles (jeunes en créole réunionnais, ndlr) n'ont rien à voir avec notre mouvement. Ils rackettent les gens qui sont en train de demander à l'État une augmentation de leur pouvoir d'achat. C'est du n'importe quoi", s'insurge Jean-Jacques, un quinquagénaire employé du bâtiment au chômage depuis deux ans qui a participé samedi à un barrage filtrant des "gilets jaunes" au Port (ouest).

Marie Andrée, jeune mère de deux enfants, partage la même exaspération. "Ces jeunes décrédibilisent le mouvement du 17 novembre. En plus ils brûlent des poubelles, des voitures de particuliers eux-mêmes défavorisés", s'émeut-elle devant un supermarché vandalisé au Moufia, un quartier de Saint-Denis.

Depuis samedi, des dizaines de véhicules ont été incendiés dans plusieurs villes, la plupart des poubelles brûlées. Une quinzaine de commerces ont été pillés et parfois incendiés par des émeutiers dont certains âgés de seulement 14 ans.

"Bien sûr on ne peut pas cautionner la violence. Mais il faut aussi se poser les bonnes questions. Dans certaines familles, les grands-parents, les parents, les grands frères et les grandes sœurs n'ont jamais travaillé. Beaucoup sont en échec scolaire. Tous vivent des minima sociaux. Que des gamins de 12 ans issus de ces familles soient sur les barrages, c'était couru d'avance", estime un représentant syndical. 

"Et puis il ne faut jamais oublier ces chiffres: 28% des actifs sont au chômage et 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté", ajoute-t-il.

Selon Laurent, 23 ans, titulaire d'un master d'anglais et en recherche d'emploi, "c'est toute une réflexion sur le profond +mal-vivre+ de La Réunion qu'il faudrait mener". "On s'apercevrait que le mouvement des +gilets jaunes+ et celui des émeutiers ont la même source: le sentiment d'être abandonnés", insiste-t-il.

La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, qui soutient les "gilets jaunes", a jugé "essentiel de rétablir l'ordre" à la Réunion mais aussi "d'entendre et de renouer le dialogue" avec "cette France des abandonnés qui ne s'expriment plus par le vote" et sont "tentés par le repli et l'expression populaire de la rue".

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