"Gilets jaunes" et brassards blanc: un service d'ordre pour éviter casse et "violences policières"

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Des membres du service d'ordre des "gilets jaunes", le 12 janvier 2019 à Paris
Des membres du service d'ordre des "gilets jaunes", le 12 janvier 2019 à Paris
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© AFP, LUDOVIC MARIN

AFP, publié le samedi 12 janvier 2019 à 19h01

Brassard blanc autour du bras, ils ont passé la journée à guider le cortège, à parlementer: un service d'ordre de "gilets jaunes" a assuré samedi, pour la première fois, la sécurité de la manifestation parisienne pour tenter d'éviter les confrontations et "les violences policières".

Les heurts autour de l'Arc de Triomphe ont terni la manifestation de l'acte 9 qui avait auparavant traversé Paris sans incidents, de Bercy à la place de l'Etoile, sous l'œil vigilant de tout nouveaux "brassards blancs".

"Je me suis porté volontaire (pour le service d'ordre). On est une quarantaine officiellement, mais on est plus avec ceux qui n'ont pas voulu donner leur nom", explique Anthony, 30 ans.

"Comme dans le mouvement des +gilets jaunes+, on est de toutes les classes sociales, des hommes, des femmes...", ajoute cet ancien parachutiste, béret rouge militaire sur la tête.

Vêtus d'un gilet jaune ou en civil, coordonnés par téléphone ou oreillettes, les "brassards blancs" ont arpenté le défilé, parfois au pas de charge, pour éviter les débordements. 

"On canalise le cortège pour qu'il suive le tracé et pour éviter les confrontations, pour qu'ils (les manifestants) ne répondent pas aux provocations policières", explique Anthony, qui a participé à tous les actes depuis le début du mouvement.

"L'objectif, c'est que ça ne chauffe pas. On fait tampon, on prendra peut-être des trucs (coups et projectiles, ndlr) mais ça évitera que tous les autres manifestants en prennent", explique Bryan, employé dans le bâtiment de 36 ans.

Arrivé "de province", il s'est porté volontaire au départ de la manifestation. "Je suis venu ce matin, ils cherchaient des gens. C'est la deuxième manifestation de ma vie, la première c'était l'acte 8 (samedi dernier, ndlr). Mais j'en ai marre qu'on se fasse gazer et taper, de voir des femmes se faire tirer par les cheveux...", raconte-t-il.

Sur les réseaux sociaux, les violences policières alimentent les conversations depuis des semaines. L'inspection générale de la police nationale (IGPN) a reçu près de 200 signalements sur sa plateforme qui permet aux particuliers d'alerter la police des polices de violences policières.

Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", elle est officiellement saisie de 67 dossiers par l'autorité judiciaire, selon une source policière. 

Par ailleurs, une enquête a été aussi ouverte à Toulon après la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo montrant un commandant divisionnaire donner plusieurs coups de poing au visage à un homme plaqué contre un mur, avant que d'autres policiers s'interposent.

- "Les gens sont en colère" -

Dès le départ, les "brassards blancs" ont veillé à ce que le cortège reste sur l'itinéraire déclaré, et tenté - en vain - de ralentir le tempo du cortège qui défilait à vitesse rapide.

A Bastille, ils ont fait descendre deux personnes qui sautaient sur un abribus. "Ca va leur donner une raison (aux CRS) pour charger", exhorte une jeune femme pour les convaincre de descendre.

Près des Galeries Lafayette boulevard Haussmann, ils ont fait un cordon, bras dessus bras dessus, pour barrer le passage à des manifestants qui voulaient s'en prendre aux forces de l'ordre stationnées dans une rue adjacente, puis écarté ceux qui voulaient s'attaquer aux vitrines. "Vous êtes des putains de moutons de Macron !", a lancé un manifestant masqué, les yeux plantés dans ceux d'un "brassard blanc" stoïque.

La diplomatie, les appels à la "solidarité" et la rigolade n'ont pas toujours suffit, les discussions ont été parfois tendues, parfois appuyées de bousculades.

"Les gens sont en colère et je les comprends", explique Anthony. "Quand on voit des policiers, casqués, armés avec des +flashballs+ face à des manifestants désarmés, et quand on sait ce tout ce qui s'est passé avec des +flashballs+, c'est une provocation. Il y a des personnes âgées, des enfants, des familles... Franchement, vu la colère et le nombre, les gens restent raisonnables", estime-t-il.

Leur présence et leur action ont été globalement bien accueillies par les manifestants.

"C'est une bonne chose d'avoir un service de sécurité comme ça. Ca nous protège de la police qui fait souvent n'importe quoi", souligne Etienne, venu des Yvelines.

"Les affrontements et la casse, ça donne des arguments au pouvoir pour nous décrédibiliser le mouvement", ajoute-t-il: "Castaner a dit qu'on était complices des violences en venant manifester. Là au moins, il verra qu'elles ne viennent pas de nous".

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