"Gilets jaunes" : des "moyens exceptionnels" pour assurer la sécurité d'un samedi à très haut risque

"Gilets jaunes" : des "moyens exceptionnels" pour assurer la sécurité d'un samedi à très haut risque
Des CRS sur les Champs-Élysées à Paris samedi 1er décembre.

Orange avec AFP, publié le jeudi 06 décembre 2018 à 17h30

Policiers, gendarmes, éventuel recours à des véhicules blindés : quel dispositif prévoit le gouvernement afin d'éviter une nouvelle flambée de violences ?
• Le Premier ministre Édouard Philippe a promis jeudi, devant le Sénat, des "moyens exceptionnels", sans en préciser la teneur.
• À l'avant-veille de "l'acte 4" de la mobilisation des gilets jaunes, le ministère de l'Intérieur met la dernière main à sa stratégie de maintien de l'ordre.
• À Paris, la préfecture appelle les commerçants des Champs-Élysées a baisser le rideau de fer et plusieurs musées resteront fermés, tout comme l'Opéra.


Jeudi 6 décembre, au Sénat, le chef du gouvernement a renouvelé l'appel aux "gilets jaunes" à ne pas se rendre à Paris pour manifester, non pas pour "leur interdire de s'exprimer", mais pour "éviter qu'ils soient pris au piège que leur tendent les casseurs".

"Pour y faire face, le gouvernement va mobiliser des moyens exceptionnels qui s'ajouteront aux 65.000 forces de sécurité qui seront déployées dans toute la France", a déclaré Édouard Philippe sans détailler ces moyens. "Nous continuerons à faire preuve de la plus grande fermeté. Nous nous battrons contre la haine et contre la violence", a promis le Premier ministre.

Des véhicules blindés à Paris

Très rarement utilisés en métropole, les blindés à roues de la gendarmerie nationale vont être déployés samedi à Paris, lors des manifestations des "gilets jaunes" : l'engagement d'une douzaine de ces véhicules dans la capitale est une mesure exceptionnelle. Le Premier ministre a justifié jeudi leur utilisation en invoquant "une mobilisation exceptionnelle" des forces de l'ordre, face aux risques de violences. Les "VBRG", véhicules blindés à roue de la gendarmerie, font parties de l'arsenal du maintien de l'ordre français depuis 1975. Cet engin bleu à quatre roues motrices "protège des tirs d'armes légères d'infanterie à 100 mètres", selon le site du ministère des Armées. De quoi sécuriser le transport de gendarmes mobiles.

Commerces fermés sur les Champs-Élysées

La préfecture de police de Paris appelle les commerçants du secteur de la plus belle avenue du monde à "fermer (leurs) portes et accès" samedi.

Par ailleurs, également à titre préventif, une dizaine de musées parisiens ont décidé de ne pas ouvrir leurs portes samedi : le Petit Palais, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris, le musée Cernuschi, la maison de Victor Hugo, les Catacombes, le Grand Palais, le Palais de la découverte, le Musée de l'Homme et le musée des Arts et Métiers. L'Opéra a annulé ses représentations.

"Un noyau dur à Paris pour casser et tuer"

L'Élysée redoute une "très grande violence" samedi. "Les remontées du terrain sont 'extrêmement inquiétantes' avec le resserrement du mouvement sur 'un noyau dur de plusieurs milliers de personnes' qui viendraient à Paris 'pour casser et pour tuer'", aurait fait savoir la présidence à Franceinfo.

Les services de renseignement ont fait passer tous les voyants au rouge, en alertant sur la mobilisation d'une "ultradroite qui rêve de révolution et d'une ultragauche qui prône l'insurrection", détaille une source à Beauvau. Celle-ci pointe également la "radicalisation" d'une frange des "gilets jaunes" : "ils se radicalisent dans la violence et politiquement". En témoignent, selon cette source, les déclarations d'une des figures médiatiques du mouvement, Éric Drouet, qui a appelé à "entrer à l'Élysée", mercredi soir sur le plateau de BFMTV. "Nous sommes concentrés, au travail sur le dispositif de maintien de l'ordre qui est en cours de finalisation pour Paris mais aussi pour toute la France", fait valoir cet officiel Place Beauvau.

Des forces de l'ordre plus mobiles pour intercepter les casseurs

L'Intérieur est sous le feu des critiques après les violences à Paris le 1er décembre et s'apprête à revoir en profondeur la stratégie de maintien de l'ordre. Dans la capitale, le dispositif de type "fan-zone" sur les Champs-Élysées, avec contrôles et fouilles, a vécu.

Ce choix, assumé par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner comme une main tendue aux "gilets jaunes", s'est soldé par un échec. La célèbre avenue n'a accueilli que 500 à 700 manifestants tandis que de graves incidents se déroulaient aux alentours, au pied de l'Arc de Triomphe et dans les avenues adjacentes, avant de se propager dans d'autres quartiers de la capitale (Rivoli, Haussmann...).

Auditionné au Sénat et à l'Assemblée, Christophe Castaner a promis davantage de "mobilité" pour intercepter les "casseurs". "Jusqu'à présent les forces mobiles (CRS et gendarmes mobiles) avec leur équipement lourd avaient pour ordre de ne pas aller au contact", souligne Patrice Ribeiro, du syndicat Synergies.

"Le risque d'avoir des blessés graves voire des morts"

"Or il y a les BAC, les compagnies de sécurisation et d'intervention (CSI), les sections anti-casseurs chez les unités mobiles, les compagnies d'intervention (CI) avec leurs équipements plus légers qui peuvent aller au contact des casseurs et les disperser ou les arrêter. Il ne faut pas les laisser installer leur propre fan-zone", fait valoir le policier syndicaliste.



Inconvénient majeur : "aller au contact", c'est aussi prendre le risque d'avoir des blessés graves voire des morts, avancent plusieurs experts du maintien de l'ordre. D'ailleurs, Me Laurent-Franck Lienard, un avocat qui défend régulièrement des policiers accusés de violences, a publié sur sa page Facebook un message à l'adresse des forces de l'ordre, comme le relève Le Parisien.

Appel aux "gilets jaunes raisonnables"

"Je sais combien l'affrontement est dur, violent. Je sais combien les personnes que vous avez en face de vous tentent de vous blesser, de vous brûler, voire de vous tuer, froidement, gratuitement. (...) Mais je vous invite à bien réfléchir, à titre personnel, à ce que vous êtes prêts à mettre en œuvre si samedi les événements se reproduisent", écrit-il. "Appliquer un tir létal sur un manifestant ou un casseur peut conduire directement à la guerre civile et au chaos total, avertit-il. Plus que jamais, l'usage de la force létale doit être le recours ultime et le seul moyen, l'unique moyen, de sauver des vies", martèle l'avocat. Il insiste dans les colonnes du quotidien : "On tire seulement pour sauver des vies ou empêcher des morts".



Comme Édouard Philippe, Christophe Castaner invite "les gilets jaunes raisonnables, ceux qui ne soutiennent pas l'action violente, à se désolidariser des extrêmes et à ne pas se rassembler" dans les "lieux qui ont fait l'objet de ces tensions que nous avons connues", à Paris, mais aussi dans les préfectures ou aux barrières de péage.

"À Paris et en province, nous serons vigilants sur tous les symboles de la République", assure-t-on à Beauvau, après les dégradations commises samedi dernier à l'Arc de Triomphe.

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