Gestion du Covid-19 : l'alerte donnée "précocement", mais le rythme des décisions "extrêmement lent"

Gestion du Covid-19 : l'alerte donnée "précocement", mais le rythme des décisions "extrêmement lent"
L'hôpital Franco-Britannique de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, le 9 avril 2020.

, publié le mercredi 16 septembre 2020 à 12h15

Bernard Jomier, rapporteur de la commission d'enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19, a assuré mercredi matin sur Franceinfo que si l'alerte sur la situation sanitaire sur le Covid-19 a été sonnée largement en temps et en heure, la prise de décisions, notamment sur les tests et les masques, a été très lente. "C'est le mystère", a-t-il déploré. 




Depuis juillet dernier, la commission d'enquête du Sénat auditionne tous les acteurs liés à la crise du Covid-19 pour identifier ce qui a fonctionné ou pas dans la gestion de cette crise inédite. Le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy et le controversé professeur Didier Raoult était notamment entendus mardi 15 septembre. 

"On a commencé par auditionner les acteurs de terrain qui étaient en première ligne, et puis, progressivement, des responsables", a expliqué mercredi 16 septembre sur Franceinfo Bernard Jomier, rapporteur de la commission d'enquête du Sénat. Premier constat : "l'alerte a bien été donnée dans notre pays au mois de janvier, c'est-à-dire très précocement", a-t-il souligné. "(L'ancienne ministre de la Santé) Agnès Buzyn dit qu'elle a alerté les plus hautes autorités de l'État et, manifestement, elle dit la vérité puisqu'on a constaté, par exemple, que dans certaines régions, des réunions de crise étaient organisées sur la question de l'arrivée du virus dans les régions concernées. Au niveau national, le ministère et les agences étaient en alerte", précise-t-il. 

"Ensuite, c'est le mystère", a-t-il cependant ajouté. "Durant le mois de février, on voit que le rythme des décisions a été extrêmement lent et c'est clair sur la question des masques, c'est clair sur la question des tests", a poursuivi l'élu PS. "Comme tous les pays, nous avons reçu le 10 janvier la carte d'identité du virus qui permet de préparer et de fabriquer industriellement le test. L'Institut Pasteur l'a préparé mais la fabrication industrielle ne s'est pas enclenchée", a-t-il précisé. 

"Nous n'étions pas prêt"

Comment expliquer un tel retard à l'allumage ? Est-ce à cause du changement de ministre de la Santé, Agnès Buzyn démissionnant mi-février pour faire campagne pour les élections municipales à Paris, après le désistement de Benjamin Griveaux? "Il y a sans doute des explications conjoncturelles de cet ordre-là", a répondu M. Jomier. Mais pas seulement. "Il y a probablement aussi des explications plus profondes dans ce défaut de réactivité. Nous n'étions pas prêts. Notre dispositif de santé publique n'était pas prêt", a-t-il insisté.  

Le sénateur, médecin de formation, s'est notamment étonné que la France dispose de quatre instances s'occupant de Santé publique et qu'il ait fallu en créer une cinquième pour gérer la crise. "C'est quand même le signe que nous n'étions pas prêts", a-t-il répété. 

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