Gens du voyage : la peur du Covid à l'origine d'un "décrochage" scolaire

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Un camp de gens du voyage à Toulouse en 2010
Un camp de gens du voyage à Toulouse en 2010
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© AFP

, publié le samedi 06 mars 2021 à 09h15

"Ma petite-fille ne va plus à l'école. Sa mère la garde à la maison à cause du Covid", explique une habitante d'un regroupement de gens du voyage en banlieue toulousaine, qui balaie devant sa caravane.

La peur du virus est palpable sur ce parking temporairement occupé par quelques dizaines de caravanes.

"Avant même le premier confinement, des familles, dans une démarche de prudence, avaient sorti leurs enfants de l'école par crainte du Covid", note Stéphane Lévêque, directeur de la Fédération nationale d'associations solidaires de Tsiganes et gens du voyage (Fnasat).

"Nous n'avons pas de chiffres officiels, mais de nombreuses remontées des associations de la Fnasat font état d'un décrochage scolaire massif", ajoute-t-il.

"Il y a une grosse inquiétude pour les personnes âgées avec lesquelles ils vivent" qui amène les familles de gens du voyage à garder leurs enfants à la maison pour limiter les risques de contagion, explique Guillaume Chemineau, un enseignant spécialisé qui intervient auprès des personnes précaires à Toulouse et ses environs.

Josiane, qui se définit comme une "Tsigane" française de 30 ans, confirme préfère ainsi garder son fils de 9 ans à la maison pour ne pas exposer ses parents et ses grands-parents au virus.

"J'attends la fin du Covid pour le renvoyer à l'école", précise cette Toulousaine semi-itinérante. Elle passe la plupart de l'année sur des "emplacements" non autorisés (parkings, terrains vagues...) car "il n'y a pas de place pour nous dans les aires d'accueil" officielles, souvent occupées par des gens du voyage devenus sédentaires, affirme-t-elle. Chaque été, elle passe quelques mois ailleurs en France. 

- Décrochage massif -

Ce mode de vie semi-itinérant peut rendre plus difficile d'inscrire et d'envoyer les enfants à l'école, même si un décret de juin 2020 permet de remplacer l'attestation de domicile par une déclaration sur l'honneur.

Pourtant, ajoute Josiane, en temps normal, son fils va à l'école et c'est seulement depuis le Covid-19 qu'elle a cessé de l'y envoyer.

Pour Marc Béziat, délégué général de l'Association nationale de gens du voyage citoyens (ANGVC), "le Covid amplifie une déscolarisation qui existait déjà".

En toile de fond, selon lui, chez les itinérants, qui ne sont qu'une partie des gens du voyage, "il y a une crainte de l'assimilation dans une société sédentaire avec une perte de valeurs culturelles" propres à la vie itinérante.

- Méfiance -

Cependant, estime M. Lévêque, le décrochage scolaire est moins marqué dans les départements où il y a des professionnels dédiés de l'Education nationale, comme ceux du Casnav, une structure travaillant entre autres à la scolarisation d'enfants issus de familles itinérantes.

Laurence Ciclaire, directrice du Casnav de l'académie de Toulouse, qui couvre les huit départements de l'ancienne région Midi-Pyrénées, confirme ce "décrochage", mais préfère ne pas donner de chiffres.

Entre septembre et décembre, après un important travail sur le terrain pour rassurer et aider à vaincre la peur, la moitié des "décrocheurs" sont revenus à l'école, précise Laurence Labatut, coordinatrice du dispositif de rescolarisation de l'Education nationale en Haute-Garonne.

A titre d'exemple, elle cite le cas d'un petit garçon de CP: "J'ai rencontré sa famille dans leur lieu de vie. Ensuite, je les ai appelés plusieurs fois pour prendre de leurs nouvelles et pour maintenir un lien. Enfin, on a eu une réunion en décembre à l'école avec le directeur. Là, ils ont pu constater que les enfants étaient masqués. Depuis, le petit garçon est revenu et il est assidu".

"Le lien de confiance a été déterminant" mais tant qu'ils n'ont pas vu de leurs propres yeux comment ça se passait à l'école, ce garçon n'y est pas revenu, souligne Mme Labatut.

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