François de Rugy sur Marine Le Pen : "L'immunité parlementaire ne doit pas faire obstacle à la justice"

François de Rugy sur Marine Le Pen : "L'immunité parlementaire ne doit pas faire obstacle à la justice"
Le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, le 4 octobre 2017.

Orange avec AFP, publié le jeudi 09 novembre 2017 à 16h51

Marine Le Pen a perdu mercredi son immunité parlementaire de députée pour la diffusion en 2015 de photos de victimes du groupe État islamique sur Twitter. Pour le président de l'Assemblée, François de Rugy, l'immunité parlementaire "ne doit pas servir à faire obstacle au bon fonctionnement de la justice".

C'est le bureau de l'Assemblée nationale, sa plus haute instance collégiale, qui a pris cette décision après une requête du procureur général de Versailles, transmise par la ministre de la Justice.

Fin septembre, il avait déjà levé l'immunité de Gilbert Collard pour les mêmes raisons. Cette levée d'immunité doit permettre qu'un "mandat d'amener" soit délivré par le juge et que la députée du Pas-de-Calais soit contrainte, si nécessaire, de se rendre à un interrogatoire de première comparution.

Par les images publiées sur Twitter, les deux frontistes entendaient protester contre le "parallèle ignoble" EI-FN dressé selon eux par le journaliste Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV-RMC. "La liberté d'expression et de dénonciation, qui est consubstantielle au rôle de député, est morte avec cette décision de basse politique politicienne", a réagi la présidence du Front national (FN) auprès de l'AFP.

"NOUS AVONS ÉTÉ OBLIGÉS DE LA LEVER"

"Il faut savoir que Marine Le Pen, comme Gilbert Collard avant elle, ont été simplement convoqués par un juge qui veut les entendre. Il ne veut pas les mettre en garde à vue, en examen, encore moins en détention provisoire. Et pour la première fois, ce n'était jamais arrivé, Gilbert Collard et Marine Le Pen ont dit non, on ne répondra pas à votre convocation du fait de l'immunité parlementaire. Donc nous avons été obligés de la lever pour cela", a poursuivi le président de l'Assemblée sur franceinfo.

Mais pour Nicolas Bay, secrétaire général du Front national, cette levée de l'immunité constitue une "tentative de restreindre la liberté d'expression" de Marine Le Pen. "Quand on fait des poursuites, avec toutes les étapes intermédiaires, c'est évidemment des actes de contrainte", a-t-il affirmé au micro d'Europe 1. Fustigeant "la lâcheté des députés qui ont pris cette décision", Nicolas Bay a dénoncé une justice "politisée". "Les juges ne sont pas au-dessus de la démocratie et du suffrage universel. À un moment donné, il y a un principe de séparation des pouvoirs qui ne doit pas donner un pouvoir absolu au juge sur le législateur", a-t-il affirmé.

"THÉMATIQUE PERMANENTE DE LA VICTIMISATION"

Invité à s'exprimer sur ce même plateau jeudi, le député FN Sébastien Chenu a prédit que Marine Le Pen, "respectueuse de nos institutions", "se rendra" à la convocation du juge, mais "pour contester". "Vous voyez bien que c'est de la mise en scène sur la thématique permanente de l'extrême-droite qui est celle de la victimisation", a déclaré François Rugy.

"Si vous voulez me faire dire que par ailleurs on pourrait s'abstenir de porter plainte à tout bout de champ, pour des procédures de diffamation, de ceci, que Marine Le Pen utilise par ailleurs, oui je pense qu'on pourrait alléger la justice de ce genre de procédures. Mais à partir du moment où elles ont lieu, il n'y a aucune raison que les députés soient au-dessus des lois", a-t-il conclu.

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