Français tués au Niger : il n'y a pas de "zone zen" dans le pays, dément un expert

Français tués au Niger : il n'y a pas de "zone zen" dans le pays, dément un expert
Un militaire de l'opération Barkhane à Niamey, au Niger, le 22 décembre 2017.

publié le lundi 10 août 2020 à 12h13

"C'est traditionnellement une zone de tous les trafics et de contrebande", alors que le Niger présente des frontières poreuses aux déplacements des groupes armés.

"Il n'y a pas de zone zen" au Niger, a assuré lundi 10 août le directeur de l'institut français des relations internationales (Ifri)Thomas Gomart, contredisant l'avocat de l'ONG Acted, dont 6 salariés français ont été tués dimanche dans une attaque, ainsi que leur chauffeur et leur guide touristique.

"C'est une zone qui, en dépit des points marqués par Barkhane, reste instable", a assuré Thomas Gomart sur France Inter, après cette attaque perpétrée dans la région de Kouré, au sud-est de la capitale Niamey. "Il n'y a pas de zone zen" dans le pays, a prévenu l'historien. "La plus grande vigilance s'impose à tous lorsqu'on y circule", a-t-il encore tranché, le Niger présentant un "système frontalier extrêmement poreux".


"C'est traditionnellement une zone de tous les trafics et de contrebande, donc il ne faut pas se représenter les choses comme des frontières gardées, qui permettraient un contrôle des groupes armés", a indique Thomas Gomart. Ces groupes "bénéficient d'une très grande fluidité de mouvement, favorisée par ces zones semi-désertiques."

Toutefois, cette attaque n'est pas le signe d'une déstabilisation complète du pays. "Il faut y voir plutôt le fait que la force Barkhane porte des coups et donc provoque par effets retours des tentatives de la part de groupes armés de montrer qu'ils sont actifs". Cette opération de l'armée française "porte des coups au sens où elle arrive à tuer un certain nombre de chefs terroristes", selon le directeur de l'Ifri. Sans ces quelque 4.500 soldats français, les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) "auraient le plus grand mal à contenir les assauts des groupes jihadistes". 

Joseph Breham, l'avocat de l'ONG Acted, avait réagi un peu plus tôt à cette attaque sur Franceinfo. "Toutes les équipes d'Acted, les dirigeants, les salariés, sont absolument dévastés, atterrés, révoltés", a-t-il fait savoir. Selon lui, la zone dans laquelle ces personnes se sont fait tuer est "l'endroit le plus zen du Niger, à 45 minutes de la capitale en voiture et pour autant, alors que tous les Français, tous les expatriés vont à cet endroit-là, pour la première fois il y a eu une attaque", a déploré l'avocat. La zone est pourtant classée "orange" par le ministère des Affaires étrangères, qui déconseillent aux ressortissants français de s'y rendre


Emmanuel Macron a dénoncé dimanche soir "l'attaque meurtrière qui a lâchement frappé un groupe de travailleurs humanitaires" et affirmé que "tous les moyens" seront mis en œuvre pour "élucider" les circonstances de cet "attentat", selon un communiqué de la présidence française. Le chef de l'État, qui s'est entretenu avec son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, a ajouté que "leur détermination à poursuivre la lutte en commun contre les groupes terroristes au Sahel" demeurait "intacte".

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