Forte vague de démissions chez les maires

Forte vague de démissions chez les maires
L'Hôtel de ville d'Auxerre. (Photo d'illustration)

Orange avec AFP, publié le mercredi 01 août 2018 à 10h30

Le nombre de maires ayant quitté leur fonction depuis 2014 est en hausse de 55% par rapport à la précédente mandature.

Usés par leur fonction, de plus en plus de maires jettent l'éponge à moins de deux ans de la fin de leur mandat. Selon un calcul réalisé à partir du répertoire national des élus, en tenant compte de l'effet du non-cumul des mandats, le nombre de maires ayant quitté leur fonction depuis 2014 est en hausse de 55% par rapport à la précédente mandature.

"Il y a des mois où je ne savais plus comment payer les employés", déplore Philippe Rion, qui a dû "tailler sur tout", y compris en "arrêtant les commémorations nationales", avant de finir par augmenter la taxe d'habitation.

"Les communes ne sont qu'une variable d'ajustement financière aux yeux de l'État", critique l'ancien maire dont le village de 380 habitants a enregistré une baisse de 50% en cinq ans de sa dotation globale de fonctionnement (DGF), principale contribution financière de l'État aux collectivités.

Selon l'Observatoire des finances locales (OFGL), la DGF représentait 14,8% des recettes de fonctionnement des communes en 2017, contre 21% en 2013.

Malgré une légère hausse de son montant global en 2018, près de la moitié des communes ont vu leur dotation baisser cette année, selon l'Association des maires de France (AMF), qui a réclamé mi-juillet la création "en urgence" d'un fonds spécial pour les communes les plus en difficulté.

Sentiment de n'être qu'un exécutant

La suppression de la taxe d'habitation, qui représente 34% des recettes fiscales des communes, et la forte baisse des contrats aidés, considérés comme une bouffée d'oxygène dans les campagnes, ont encore accru les mécontentements.

Mais c'est la refonte de la carte intercommunale en 2016, issue de la loi NOTRe, qui a suscité le plus de dissensions, les maires devant se plier à des fusions souvent coûteuses en temps et en énergie pour intégrer des intercommunalités de plus en plus grosses.



"Il y a une concentration des pouvoirs au sein des intercommunalités et les maires ont le sentiment de devenir les exécutants de décisions prises ailleurs", analyse Luc Rouban, chercheur au Cevipof. "Ils se retrouvent noyés dans un ensemble d'élus et voient leur capacité d'imagination et d'impulsion encore plus limitée, avec l'impression d'un dessaisissement", abonde Émeric Bréhier, de la Fondation Jean Jaurès.

La confiance envers les maires a baissé de 9 points en un an

Face à cette situation, les associations réclament un véritable statut de l'élu, avec une augmentation des indemnités, un retour à la vie professionnelle facilité et une révision des conditions dans lesquelles la responsabilité pénale des maires peut être engagée.

Du côté des administrés, les exigences n'ont pas diminué, au contraire. "Si un trottoir est un peu défoncé, il faudrait que le lendemain ce soit réparé", se plaint Claude Descamps, maire démissionnaire de Prayssac (Lot). "Les gens veulent régulièrement vous faire des procès", poursuit-il, ajoutant avoir été "à la limite du burn-out".

Selon le baromètre 2018 du Cevipof, la confiance des Français envers leur maire a baissé de 9 points en un an. "Le niveau d'attente augmente d'autant plus qu'il y a un report de problèmes nationaux sur le local, comme la disparition des services publics", observe Luc Rouban, qui s'inquiète d'une "crise des vocations" pour l'échéance de 2020.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU